Écho de presse

Hans Christian Andersen, un conteur pour grands enfants

le 26/05/2022 par Pierre Ancery
le 27/01/2021 par Pierre Ancery - modifié le 26/05/2022
Hans Christian Andersen, photo de Thora Hallager, 1869 - source WikiCommons

L’écrivain Hans Christian Andersen (1805-1875) s’est fait connaître dans toute l’Europe grâce à ses contes. Une revanche pour cet ex-enfant pauvre, qui mettra beaucoup de sa propre vie dans ses histoires.

Le Vaillant soldat de plomb, Les Nouveaux habits de l’Empereur, La Petite sirène, La Princesse au petit pois... Tout le monde connaît les contes d'Andersen, les plus célèbres au monde avec ceux de Perrault et des frères Grimm. Mais rien ne destinait à la gloire ce Danois né en 1805 dans la petite ville d’Odense.

Fils d’un ouvrier cordonnier et d’une lingère, son enfance est marquée par une très grande pauvreté. Le jeune Hans se réfugie très tôt dans l’imaginaire. Il est fasciné par le théâtre, où il se rend avec ses parents une fois par an. Son père, engagé dans l’armée, part en 1812 combattre dans les guerres napoléoniennes : il en reviendra détruit et mourra en 1816. Sa mère plonge alors dans l’alcoolisme. Pour fuir ce quotidien accablant,  le petit Andersen part à 14 ans pour Copenhague où il espère devenir comédien.

Ses débuts sont difficiles mais il persévère grâce au soutien de divers bienfaiteurs, notamment Jonas Collin, directeur du Théâtre Royal, qui lui permettra de faire des études. Devenu jeune homme, il écrit des poèmes, des pièces de théâtre, des romans et des nouvelles. Mais malgré ses premiers succès, la bonne société danoise le considère comme un excentrique. Ses contes, en particulier, sont assez mal reçus.

La Reine des neiges, illustration d'Edmund Dulac, 1911 - source : Gallica-BnF
La Reine des neiges, illustration d'Edmund Dulac, 1911 - source : Gallica-BnF

Andersen en souffre, lui qui par ailleurs multiplie les déceptions amoureuses. Toute sa vie, ce mélancolique éprouvera un profond sentiment d’inadéquation, qu’il transposera dans ses contes les plus fameux [à lire sur Gallica, version illustrée par Edmund Dulac] : Le Vilain petit canard, métaphore de sa trajectoire sociale, La Petite sirène et ses deux mondes tragiquement opposés (celui des profondeurs marines et celui des hommes), La Reine des neiges et La Petite fille aux allumettes et leurs enfants vivant dans la misère, comme lui jadis.

Dès les années 1830, il voyage. Et c’est d’abord dans le reste de l'Europe, en Angleterre et en Allemagne surtout, qu’on lui fait un triomphe, grâce notamment à son roman L’Improvisateur (1834-1835). Andersen gardera l’habitude des voyages, rencontrant à l’étranger les plus grands écrivains de son temps, Heinrich Heine, Balzac, Lamartine, Chamisso ou Dickens.

En 1847, La Gazette nationale raconte par exemple son passage en Hollande : 

« Depuis quelques jours, le célèbre littérateur danois, Andersen, se trouve dans les Pays-Bas [...].

A La Haye, à l’hôtel de l’Europe, il lui a été offert un souper par les littérateurs, les peintres, les musiciens et tous les artistes qui habitent cette résidence, auxquels s’étaient réunis quelques amis des arts, qui ont saisi avec empressement cette occasion de donner au poète danois une preuve de leur estime pour son beau talent.

Andersen [...] n’oubliera jamais, a-t-il répété à plusieurs reprises, ni la Hollande ni les Hollandais.»

Mais la presse française, à cette époque, connaît encore mal celui qui va bientôt devenir l’écrivain danois – voire le Danois tout court – le plus célèbre de son temps. Lorsque Le Journal des débats signale en septembre 1850 la parution de son récit autobiographique Conte de ma vie, le rédacteur, élogieux à propos de ce dernier, se montre en revanche dubitatif quant au succès de ses contes pour enfants, qui commencent à être traduits en français :

« Son conte le plus attachant, c'est une histoire intitulée le Conte de ma Vie. Bien pénible en fut le début ; il peint cependant la misère de son enfance, l'abandon de sa jeunesse avec des couleurs si douces, il en décrit les privations, les rudes épreuves avec une résignation si naïve, une piété si confiante que le récit de ses souffrances est plein d'intérêt sans être amer ni douloureux [...].

La modestie d'Andersen n'a rappelé que les souffrances, les essais, les épreuves, et n'a rien raconté des succès. Ils furent éclatants. Le poète en dut une partie à ses contes. Traduits en allemand, ils ont, dans leur candeur naïve, charmé la vie intime à Vienne, à Stuttgart, à Berlin [...]. 

Plairont-ils autant en France ? Je n'en voudrais pas jurer. Ils abondent en détails dont la simplicité pourrait surprendre des esprits trop raffinés. »

La Petite sirène, illustration d'Edmund Dulac, 1911 - source Gallica BnF

Seize ans plus tard, en 1866, la donne a changé. La gloire d’Andersen, 61 ans, est désormais indiscutable, et son passage à Bordeaux en avril est un événement que relate La Gironde le 26 :

« Lundi, à la première représentation de la Ristori, on remarquait la présence d’Andersen, l’illustre poète danois, arrivé depuis quelques jours à Bordeaux et se rendant en Portugal.

On sait que les ouvrages de ce charmant écrivain, traduits depuis longtemps dans toutes les langues, s’adressent, pour la plupart, aux enfants. Aucun écrivain avant lui, on peut l’affirmer, n’a su mieux parler aux jeunes intelligences, aucun n’a réussi à toucher si vivement leur imagination et leur cœur dans ces nombreux petits chefs-d’œuvre à la fois si spirituels et si émouvants, qui lui ont valu son immense réputation [...].

Andersen a reçu à Bordeaux un chaleureux accueil dans toutes les maisons où il est allé, et il a partout fait apprécier les qualités de son cœur, égales au moins aux dons brillants de l’intelligence que le ciel lui a départis. »

En 1873, Le Journal des villes et des campagnes publie divers contes d’Andersen, faisant précéder le premier (La Vierge des glaciers) d’une notice sur l’auteur :

« Les contes d’Andersen ont ce caractère d’unir toujours à une très grande richesse d’imagination, à une très riante fantaisie, un sens profond. Sous des conceptions parfois bizarres, il cache toujours une idée philosophique. C'est, du reste, à cette double condition seulement que les contes deviennent populaires [...].

Il n’est point d’objet qu’il n’ait touché de sa baguette magique et doué de la vie et de la parole. Ses récits forment comme un concert où tous les êtres se répondent. L’homme y fait sa partie avec toutes choses [...]. Il a l’ironie humoristique, mais il y joint beaucoup de sensibilité et de grâce ; la satire n’est chez lui jamais cruelle. Ajoutez à cela une grande pureté, et vous avez assez exactement, je crois , le caractère général de l’œuvre du conteur danois. »

Lorsqu’il meurt en 1875, le grand conteur reçoit l’hommage de toute la presse française. Marc-Monnier, du Journal des débats, écrit ainsi :

« Hans-Christian Andersen est mort il y a déjà deux mois, le 5 août 1875. J'attendais qu'une plume autorisée rendît un suprême hommage à ce conteur danois, aimé de tous les enfants et par conséquent de toutes les mères et aussi de tous les vieillards, car l'aube et le soir écoutent volontiers les mêmes chansons. Mais les plumes autorisées étant occupées ailleurs, je vais tâcher de faire leur ouvrage.

Je ne sais pas le danois, mais j'ai connu Andersen ; j'ai pour voisin M. Jurgensen, l'un de ses amis les plus anciens et les plus intimes ; j'ai devant moi les versions françaises et allemandes de ses meilleurs contes ; j'ai sous les yeux le plus intéressant de tous, et qui n'a jamais été traduit complètement en français, celui qu'il a intitulé le Conte de ma vie [...].

"Ma vie, écrit-il, est un bien charmant conte. Si, lorsque, petit garçon, j'entrai pauvre et seul dans le monde, j'avais rencontré une fée puissante et qu'elle m'eût dit : 'Choisis ta carrière et le but où tu veux atteindre, je te protégerai, je te conduirai dans le droit chemin', vraiment mon sort n'eût pas été plus heureux, ni ma vie mieux arrangée qu'ils ne l'ont été réellement. L'histoire de ma vie prouvera aux autres ce qu'elle me prouve à moi-même qu'il y a un Dieu plein d'amour qui mène tout pour le mieux." »

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Auteur de 156 contes, Andersen est aujourd’hui toujours traduit et lu dans le monde entier. Au Danemark, où l’on ne compte plus les statues à son effigie ou à celle de ses héros, il est considéré comme « l’écrivain national ».

Pour en savoir plus :

Elias Bredsdorff, Hans Christian Andersen, biographie, Presse de la Renaissance, 1989

Marc Auchet (dir.), Andersen, modernité de l’œuvre, Editions Klincksieck, 2007    

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