Écho de presse

En 1836, l’incendie de Notre-Dame de Chartres

le 11/04/2021 par Marina Bellot
le 17/04/2019 par Marina Bellot - modifié le 11/04/2021
Tableau de Charles Fournier-Désormes représentant l'incendie de la cathédrale de Chartres du 4 juin 1836 - Domaine public

Un incendie d’origine accidentelle, des secours qui s’organisent dans l’urgence, la foule qui afflue et la nécessité de financer la reconstruction : en juin 1836 la cathédrale de la ville Chartres est assaillie par des feux dévastateurs.

Le ciel s’embrase. À l’orée de l’été, en ce 4 juin 1836, alors que la nuit tombe, les habitants de Chartres lèvent les yeux vers un édifice en feu. Leur cathédrale, Notre-Dame de Chartres, un joyau gothique construit entre 1134 et 1260, est assiégée par les flammes. Dans un bref article La Gazette Nationale relaie la nouvelle le 6 juin 1836 :

« Un accident déplorable vient de détruire en quelques heures l’un de nos plus beaux monuments d’architecture gothique. Le feu a consumé en grande partie la magnifique Cathédrale de Chartres. Nous ignorons encore les détails de cet incendie, dont les conséquences sont malheureusement irréparables. »

 

Acte de malveillance ? Il s’agirait plutôt d’une cause purement accidentelle, comme pense le savoir La Gazette nationale : « On croit que le feu a été mis par l’imprudence de quelques ouvriers plombiers ».

Dans son édition du 7 juin 1836 Le Constitutionnel retranscrit ce compte-rendu d’un informateur sur place qui permet d’étayer la piste accidentelle. Surtout, ce récit permet de prendre la mesure de l’impréparation face à un tel événement :

« Voici la cause assignée à ce désastre : des plombiers étaient occupés à faire des soudures dans les galeries du comble ; ils laissèrent leurs réchauds pendant quelque temps sans surveillance ; le vent ou toute autre cause jeta une étincelle de ce foyer au milieu de l'immense charpente appelée la forêt, qui soutenait avec tant d'art le comble, le feu prit, ils voulurent l'éteindre sans appeler de secours, ils luttèrent pendant quelque temps ; mais, à six heures, le feu se déclara avec une telle violence, que le mal était désormais sans remède, car on n'avait ni eau, ni pompe à proximité dans le premier moment. »

 

La nuit avance et le bouche à oreille se propage comme le feu. La population se presse pour être témoin du drame, tandis que les secours s’organisent, comme le rapporte La Gazette nationale le 9 juin 1836 :

« Toute la population se rua en masse de ce côté, suivie par la compagnie de voltigeurs du 1er bataillon de la garde nationale, qui était de service d’incendie. La flamme gagnait déjà le comble de la nef.

Des secours furent à l’instant même dirigés sur le foyer de l’incendie, auquel il fallait arriver après avoir franchi une élévation assez grande. Le clocher neuf a 378 pieds, et la première galerie est plus qu’à la moitié de cette hauteur. [...] Toute la couverture de la nef est en plomb ; l'intensité du feu ne tarda pas à la mettre en fusion. [...]

On s’occupa d’établir le service autour de l’édifice : la troupe de ligne, la gendarmerie, la garde nationale, appelées par la générale, s’emparèrent des issues, et l’on organisa des chaînes. Malheureusement les secours ne pouvaient atteindre le feu ; on chercha alors à sauver tout ce que l’église possédait de précieux : les saintes reliques, les ornements, les tableaux, la Vierge, tout fut enlevé, et déposé dans des maisons éloignées ; mais ici le danger se renouvela. Le plomb tombait en fusion par les ouvertures au travers desquelles on descendait des lustres ; des globes le feu retombaient avec fracas, et lorsque l’on eût débarrassé l'église des objets combustibles, l’ordre fut donné d’en faire sortir tout le monde. »

 

La foule assiste alors à l’inévitable : tandis que les flammes continuent de dévorer la charpente, les trois cloches perdent leur assise et s’effondrent, précipitant à leur tour la chute des poutres en feu. La Gazette brosse, dans un style ardent, une nuit apocalyptique :

« À l’intérieur, la flamme du dehors, que reflétaient les magnifiques vitraux, offrait un coup d’œil effrayant. On croyait être au milieu d'une pluie de feu. « Le vent, qui soufflait avec force, donnait de justes sujets d'alarmes pour la ville. L’hôpital voisin de l’église fut à l’instant vidé, les malades emmenés, les papiers mis dans les caves. »

La nuit semble ne jamais finir. Les curieux et l’aide affluent des communes voisines également. Gardes nationaux et pompes sont dépêchés. Alors que le jour jette sa lumière sur l’édifice, les secours viennent à bout du feu. Et tous peuvent constater les dégâts inventoriés par ce témoin dans Le Constitutionnel du 7 juin 1836 :

« [...] le comble construit tout en châtaigner, la couverture en plomb, les charpentes des clochers, les cloches, excepté le bourdon, tout a péri ; le plomb et le bronze coulaient dans les rues comme l'eau par un temps de pluie ; ainsi qu'on le pense bien, les constructions de la nef, encore bien qu'elles soient en pierres extrêmement dures, ainsi que celles des clochers, ont éprouvé les plus grandes dégradations; les magnifiques vitraux peints qui décorent les bas-côtés de la nef, du chœur, et les rosaces, sont presque tous brisés. La perte est évaluée à plus de 3 millions non compris la valeur des ouvrages d'art, tels que les vitraux, qui étaient d'un prix inestimable. »

 

 

Comment rebâtir ? Très vite, la question du financement se pose. L’évêché lance une souscription. Des crédits d'Etat sont débloqués comme en atteste cette décision du roi Louis Philippe...

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