Écho de presse

Halifax, 1917 : un cargo explose, une ville s'écroule

le 24/01/2022 par Michèle Pedinielli
le 17/01/2022 par Michèle Pedinielli - modifié le 24/01/2022
Halifax après la catastrophe, 1917 - source : WikiCommons

Le 6 décembre 1917, l’explosion d’un cargo renfermant 2 400 tonnes d’explosif dans le port d’Halifax provoque la plus grande catastrophe jamais recensée jusque-là. Plusieurs quartiers de la ville canadienne sont rayés de la carte et le bilan humain est effroyable.

Il fait particulièrement brumeux en ce 6 décembre 1917. Le navire français de transport d’armes Mont-Blanc s’engage dans le canal du port d’Halifax (Nouvelle-Écosse). Le cargo de 3 100 tonnes et 98 mètres de long doit rejoindre un convoi pour traverser l’Atlantique. Dans ses cales, 2 400 tonnes d’explosifs. Au même moment, le navire norvégien Imo tente de sortir du port par la rive est, dans la voie normalement attribuée aux navires entrants. Les deux bâtiments se retrouvent face à face. Aucun des deux navires ne cède le passage à l’autre. Le capitaine du Mont-Blanc décide alors de s’engager au centre, forçant celui de l’Imo à stopper ses machines. Mais cette action dévie le navire norvégien qui entre en collision avec le cargo français. Un premier incendie se déclare à bord du Mont-Blanc, que l’équipage ne peut circonscrire. Les marins quittent le navire sur ordre du capitaine et le bateau en feu dérive jusqu’à l’une des jetées du port, propageant l’incendie à terre.

À 9h 4m 35s, la cargaison du Mont-Blanc explose.

Les premières dépêches en provenance de New York et Montréal annoncent une « formidable explosion » :

« Une explosion vient de détruire en partie la ville de Halifax, au Canada. Il y a des centaines de tués et un millier de blessés. La moitié de la ville est en ruines. Les pertes sont estimées à plusieurs millions. La partie nord de la ville est brûlée. »

La brièveté de l’information laisse présager une catastrophe d’une ampleur inconcevable. Inconcevable car de mémoire d’homme, on n’a jamais connu une explosion artificielle de cette envergure : seules les deux bombes larguées sur Hiroshima et Nagasaki en 1945 causeront plus de  victimes humaines et de destruction matérielle.

Les 2 400 tonnes d’explosif de la cargaison du Mont-Blanc ont soufflé en un instant plus de 2,5 km2 de la ville d’Halifax. Le quartier ouvrier de Richmond qui jouxte le port est rayé de la carte : tout ce qui a résisté au cataclysme initial est laminé dans un second temps par le tsunami occasionné et par les incendies qui se déclarent.

« Les victimes furent plus nombreuses à Richmond même où les maisons construites en bois sont petites et serrées les unes contre les autres dans des rues étroites. Les femmes qui travaillaient chez elles, les enfants à l'école, les hommes dans les ateliers furent ensevelis sous les décombres, les toits des maisons situées à la partie plus élevée des coteaux qui entourent la baie ayant été soulevés et arrachés par la force de l'explosion, et étant retombés sur les maisons situées plus bas.

La chaleur considérable, produite par la flamme des gaz des obus en combustion, se répandit sur toute la surface du quartier de Richmond, sur lequel gisaient à terre des milliers de tonnes de bois enflammés. Ceux qui avaient échappé à l'effondrement des toits n'échappèrent pas au danger de l'incendie. »

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Très vite, les journalistes dépêchés sur place sont sous le choc de ce qu’il découvre. Le 9 décembre, le reporter du Chicago Tribune parle d’ « horreur » :

« HALIFAX HORROR GROWS ; 2,000 DEAD

100 INJURED ;

EXPLOSION FELT FOR 25 MILES

NOT A SINGLE HOUSE LEFT INTACT IN SEAPORT ; DESOLATION EVERYWHERE

(L’horreur augmente à Halifax ; 2 000 morts, 100 blessés, l’explosion ressentie sur 25 miles [40 km] à la ronde, plus une seule maison intacte à Seaport, la désolation partout). »

Le journaliste américain raconte les scènes d’horreur à chaque coin de rues qui n’existent plus où des fantômes blessés et pantelants errent à la recherche de leurs enfants. Car les enfants étaient tous à l’école à cette heure-là.

« Dans les décombres de la seule école de Dartmouth, à Halifax, on a découvert les cadavres de deux cents enfants.

Sur 550 garçons et filles qui se trouvaient dans les écoles d’Halifax le jour de la catastrophe, on n’en connaît que sept dont la vie soit sauve. »

Écoles, maisons, bureaux, églises, usines, navires, gare de voyageur et gare de marchandises sont anéantis.

« L'explosion a été d'une telle violence que le bruit en a été perçu dans un rayon de plus de 100 kilomètres. À 50 kilomètres à la ronde, tous les instruments téléphoniques et télégraphiques ont été détruits, et dans un rayon de 3 kilomètres tous les trains de marchandises qui circulaient ont été projetés hors des rails. La grande station de North-Street, à Halifax, s'est effondrée. »

Le Mont-Blanc a été pulvérisé vers le haut sous la forme d’une énorme boule de feu. La grande tige de l’ancre du navire est projetée à travers la ville et survole la baie Northwest Arm, à près de 4 km de là, où elle se trouve toujours.

Le blizzard qui s’est levé aide dans un premier temps les pompiers à maîtriser les incendies mais se révèle douloureux pour les survivants qui se retrouvent sans abri à la merci de l’hiver canadien : plus de 1 500 bâtiments sont détruits, et 12 000 sont endommagés, quelque 25 000 personnes se retrouvent sans domicile.

Très vite, l’effroyable bilan humain s’affiche : le Siècle annonce 2 000 morts et 3 000 blessés.

Les secours se mettent en place tant bien que mal : la mairie d’Halifax est débordée, mais les militaires sur place se mettent en ordre pour aider les survivants et de nombreux blessés sont soignés à bord des navires encore intacts. La solidarité des habitants des autres quartiers d’Halifax dans un premier temps puis de toute la Nouvelle-Écosse et des États-Unis voisins répond à l’urgence. Avant même que le gouvernement canadien ne débloque un million de dollars, un train de secours avec médecins et infirmiers arrive en provenance de Boston, USA, pour prodiguer les premiers soins d’urgence. Nombre de ces professionnels de santé seront traumatisés par les blessures auxquelles ils devront faire face, notamment celles des enfants.

Le bilan final  de cette catastrophe est  effroyable : 1 600 personnes sont mortes sur le coup, 400 des suites de leurs blessures. Plus de 9 000 blessés sont finalement recensés. Parmi eux 300 à 500 personnes sont devenues partiellement ou totalement aveugles à cause des éclats de verre reçus dans les yeux.

La « Commission de secours d’Halifax » reste en place jusqu’en 1978, gérant et répartissant les dons venus de particuliers, d’entreprises et de gouvernements du monde entier.

Chaque 6 décembre, la ville d’Halifax fait résonner les cloches en souvenir de la catastrophe. Et chaque année, la Nouvelle-Écosse offre son arbre de Noël à la ville de Boston en remerciement pour ceux qui sont venus immédiatement à leur secours. 

Pour aller plus loin :

Valentine Imhof, Le blues des phalènes (roman), Éditions du Rouergue, 2022.

« L’explosion de Halifax », sur le site du Musée canadien de la guerre.

« L’explosion d’Halifax », sur le site de l’Encyclopédie canadienne.