Écho de presse

L'Algérie colonisée à travers les dessins de presse

le 05/02/2021 par Pierre Ancery
le 13/04/2018 par Pierre Ancery - modifié le 05/02/2021
Extrait du Petit Journal, 30 juillet 1894 - source : RetroNews-BnF

Parus dans l'Univers illustré ou Le Petit Journal à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, de nombreux dessins mettent en valeur la présence coloniale française en Algérie.

Dès les débuts de la presse illustrée, les journaux s'intéressent à la représentation de la colonie française d'Algérie. Dans les années 1870 et 1880, alors que les techniques de reproduction s'améliorent, c'est souvent une image exotique de l'Algérie qui est diffusée dans la presse. En l'absence de photographies, il s'agit d'informer mais aussi de faire voyager le lecteur par l'image.

 

Ainsi de ce dessin représentant des Kabyles marchands d'orange, publié dans L'Univers illustré :

 

 

Ou ici, un bazar à Alger :

 

 

Ou encore, plus tard, en 1895, ce dessin en pleine page d'une « sorcière des rues », vision typiquement orientaliste d'un Maghreb perçu comme une terre de magie et de mystères :

 

 

Mais à cette époque, la presse se sert aussi de l'image pour véhiculer une idéologie colonialiste, au service des intérêts français en Algérie. En 1879, L'Univers illustré publie ainsi un dessin en double page représentant les troupes du général Forgemol, dans le massif des Aurès, « après la soumission des insurgés » :

 

 

À noter que les caricaturistes donnent aussi leur propre vision de l'armée coloniale. Ainsi le journal La Caricature qui publie en 1893 cette page intitulée « Le chic des uniformes en Algérie » :

 

 

Parmi les journaux illustrés, c'est Le Supplément du dimanche du Petit Journal qui va faire figure de star, avec ses unes en couleurs spectaculaires, parfois violentes, destinées à attirer l’œil du public. À partir des années 1890, le journal s'intéresse souvent à l'Algérie.

 

La colonisation y est systématiquement représentée d'une façon positive. Dans ces dessins en pleine page, les Français apparaissent comme porteurs d'ordre et de civilisation. En 1891, le journal met en scène un « indigène » apportant la tête d'un brigand aux autorités coloniales :

 

 

Et en 1893, une « battue aux brigands » :

 

 

Il s'agit aussi, bien souvent, de vanter les réalisations françaises en Algérie, à commencer par les chemins de fer, glorifiés dans cette illustration de 1894 :

 

 

Mais aussi les bienfaits de l'enseignement républicain, à travers la figure récurrente de l'instituteur, comme dans ce dessin de 1903 :

 

 

Même chose dans cette représentation de la visite officielle du président de la République Émile Loubet en 1903, à qui l'on présente un spectacle équestre pour fêter son arrivée :

 

 

 

La présence française est également mise en valeur à travers la mise en scène d'actes d'héroïsme individuels, comme dans cette gravure de 1901 qui met aux prises une courageuse institutrice avec des « révoltés » :

 

 

Le journal commente :

 

« Mlle Goublet, institutrice, était occupée à faire sa classe, lorsqu'une clameur sauvage retentit. Les révoltés accouraient menaçants vers l'école.

 

La noble femme s'élança au seuil de l'école, face aux assaillants, et leur cria : “Tuez-moi si vous voulez, mais ne touchez pas à ces pauvres enfants !”

 

Son audace, sa fermeté en imposèrent aux bandits qui se retirèrent sans avoir fait aucun mal ni à elle ni aux enfants pour qui, si héroïquement, elle avait offert sa vie. »

 

Ici, Le Petit Journal publie une impressionnante scène d'attaque de courrier :

 

 

Les attitudes anti-patriotiques sont pareillement dénoncées. En 1909, Le Petit Journal illustre par exemple le phénomène des agences de désertion, qui facilitent la fuite des légionnaires d'Algérie et du Maroc :

 

 

Quant aux « indigènes », ils sont rarement mis en avant, ou alors sous un jour peu positif. Ainsi dans cette illustration de 1909 où l'on voit un assassin capturé haranguer la foule en grimaçant :

 

« La honte soit sur les lâches qui ne vengent pas les injures. Ô mes frères, on va tuer trois musulmans. Si vous êtes des hommes, demain vous le ferez voir à ces roumis maudits. »

 

 

Plus tard, les progrès de la technique permettront de publier des reproductions photographiques de paysages et de scènes d'Algérie, mettant peu à peu fin au long règne du dessin de presse.

 

 

 

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