Séquence pédagogique

Gastronomie française : rayonnement culturel et diplomatie

le par - modifié le 23/12/2020
le par - modifié le 23/12/2020
RetroNews et Clionautes se sont associés pour proposer des séquences pédagogiques sur les sujets du programme d'Histoire. L'objectif principal de cette séance est d'identifier et expliciter la notion de « gastrodiplomatie » tout en procédant à l’analyse critique d’un document selon une approche historique.
 
Niveau Terminale | Thème 4 - Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques | Chapitre Le repas gastronomique français, facteur de rayonnement culturel en France et objet d’action diplomatique.

SÉQUENCE PÉDAGOGIQUE CLÉ EN MAIN

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« […] Pour terminer, une dernière réflexion. La cuisine française paraît seule capable de fournir matière à un volume aussi considérable que celui de Gouffé : cette supériorité culinaire est-elle une gloire qu’il faille revendiquer ? Eh ! … Pourquoi pas ? »
- L. Jablonsky Le Moniteur Universel, 15 décembre 1867

 

Introduction

Questions :

  1. Présentez le document. Insistant sur l’auteur en effectuant une brève recherche sur ce dernier.

  2. Dans le document, soulignez la phrase qui définit la gastronomie. Selon Brillat-Savarin en quoi cette dernière est une forme de synthèse ? Quelle est la phrase du document 2 qui fait écho à l’idée de synthèse de Brillat-Savarin ?

  3. Par quelles phrases Brillat-Savarin reconnait à la gastronomie directement ou indirectement un poids et un rôle politique et économique 


Problématique de l'exercice : pourquoi et comment le repas gastronomique, élément reconnu du soft power français s’est-il imposé comme un facteur de rayonnement culturel et diplomatique au point de donner naissance à une diplomatie gastronomique ?

Document d’accroche : une définition de la gastronomie Brillat-Savarin, Physiologie du goût, ou Méditations de gastronomie transcendante. Chapitre Méditation III, « Influence de la gastronomie sur les affaires », tome 1, Paris, A. Sautelet et Cie libraires, 1826, pp.41-42

« La gastronomie est la connaissance raisonnée de tout ce qui a rapport à l’homme, en tant qu’il se nourrit. Son but est de veiller à la conservation des hommes, au moyen de la meilleure nourriture possible. Elle y parvient en dirigeant, par des principes certains, tous ceux qui recherchent, fournissent ou préparent les choses qui peuvent se convertir en aliments. Ainsi, c’est elle, à vrai dire qui fait mouvoir les cultivateurs, les vignerons, les pêcheurs, les chasseurs et la nombreuse famille des cuisiniers, Quel que soit le titre, ou la qualification sous laquelle ils déguisent leur emploi à la préparation des aliments. La gastronomie tient : à l’histoire naturelle, à la physique, à la chimie, à la cuisine, enfin à l’économie politique, par les ressources qu’elle présente à l’impôt, et par les moyens d’échange qu’elle établit entre les nations. Elle considère aussi l’action des aliments sur le moral de l’homme, sur son imagination, son esprit, son jugement, son courage et ses perceptions ; soit qu’il veille, soit qu’il dorme, soit qu’il agisse, soit qu’il se repose […] »

Les origines de la gastronomie

Cette partie est réservée au groupe 1.

Questions : 
 

  1. Document 1 : effectuez une brève recherche et rédigez une brève notice biographique de Grimod de la Reynière en indiquant :

    • Ses dates

    • Ses œuvres principales et leur originalité : que recherche Grimod de la Reynière ? Que valorise-t-il dans son Almanach ?

    • Son apport au monde de la gastronomie et l’ouvrage actuel qui fait référence dans le domaine de la gastronomie 
       

  2. D’après le document 3, quelle est la place du repas en politique ? Est-ce une nouveauté au début du XIXème siècle ?
     

  3. D’après le texte, qu’est-ce que la gastronomie politique ? Expliquez le texte : quel rôle joue-t-elle et comment ?

Document 1 : la reconnaissance de la gastronomie, les rôles de Grimod de la Reynière et de Brillat-Savarin

Document 2 : la reconnaissance des sciences gastronomiques
 

« Cette science, que nos aïeux un peu grossiers appelaient brutalement : science de la gueule, n’est plus connue aujourd’hui que sous le nom plus décent et plus gracieux de science gastronomique. Cette science, si importante sous tous les rapports, a suivi, et quelquefois même devancé, les progrès de la civilisation. Tous les arts et toutes les sciences y aboutissent comme leur centre naturel ; il serait facile de prouver qu’elle domine toutes les autres, qu’elle rentre même avec autorité dans la science politique et dans l’art de gouverner les hommes. Elle a sa théorie et sa pratique, ses professeurs et ses disciples, ses écoles d’enseignement mutuel, ses académies et sa littérature. 
Cette littérature vient de s’enrichir d’un ouvrage intitulé : Physiologie du goût. Cette production, dont Monsieur Grimot de la Reynière et Monsieur de Périgord, honneur de la cuisine moderne pourraient seuls apprécier dignement le mérite. [...] ».

Document 3 : repas et politique
 

« […] On sait que chez les hommes encore voisins de l’état de nature, aucune affaire de quelque importance ne se traite qu’à table ; c’est au milieu des festins que les sauvages décident la guerre ou pour la paix ; et sans aller si loin, nous voyons que les villageois font toutes leurs affaires au cabaret. Cette observation n’a pas échappé à ceux qui ont souvent à traiter les plus grands intérêts. Ils ont vu que l’homme repu n’était pas le même que l’homme à jeun ; que la table établissait une espèce de lien entre celui qui traite et celui qui est traité ; qu’elle rendait les convives plus aptes à recevoir certaines impressions, à se soumettre de certaines influences : de là est née la gastronomie politique. Les repas sont devenus un moyen de gouvernement, et le sort des peuples s’est décidé dans un banquet. Ceci n’est, ni un paradoxe, ni même une nouveauté, mais une simple observation de fait. »

Brillat-Savarin, Physiologie du goût, ou Méditations de gastronomie transcendante. Chapitre Méditation III, « Influence de la gastronomie sur les affaires », tome 1, Paris, A. Sautelet et Cie libraires, 1826, pp. 104-105

La contribution au rayonnement politique de la France

Cette partie est réservée au groupe 2.

Questions : 
 

  1. A l’aide de vos connaissances recontextualisez les dîners donnés à Vienne en 1814 par Talleyrand. Quelle est alors la position de la France en Europe ? Que se passe-t-il à Vienne en 1814 ?

  2. D’après le document 1a, pour quoi Talleyrand était-il connu ?

  3. Que révèle l’anecdote du fromage de Brie ? Quel est l’effet recherché, quelle ambiance ?

  4. En quoi des soirées et des repas gastronomiques peuvent-ils orienter les négociations en faveur de la France ? Quel peut en être intérêt dans des soirées diplomatiques ?

Document 1a : diplomatie et gastronomie

Diplomatie et gastronomie
La diplomatie contemporaine est plus traditionaliste qu'on ne croit. Comme aux beaux jours du Congrès de Vienne qui firent la célébrité du cuisinier de Talleyrand, on se reçoit beaucoup aujourd'hui, à déjeuner, ou à-dîner, entre plénipotentiaires. Et certain déjeuner de Tlioiry. par exemple, est resté illustre dans la mémoire de l'opinion.
Mais au cours d'aucune assemblée diplomatique, il n'y a eu plus de réceptions que pendant cette deuxième conférence de La Haye. On compte en effet quarante-sept déjeuners ou dîners en dix jours. Français, Allemands, Anglais, Italiens, Belges, Hollandais reçurent à table fleurs collègues'des autres délégations. Ils rivalisèrent tous de' finesse et •de somptuosité culinaires. Et. comme presque tous les chefs étaient de nationalité française, ce fut un succès de plus pour notre pays.

 

 

Document 1b : le Brie de Meaux, agent diplomatique 

« – Votre grand diplomate, me dit un autre convive, a fait hier, d’accord avec la plupart des plénipotentiaires, un nouveau souverain.
– Serait-ce le prince Eugène ! m’écriai-je.
– Non pas précisément : c’est le fromage de Brie.
– Quelle plaisanterie !
– Pas si bouffonne. Ce que je dis est sérieux, et vous prouve combien l’à-propos est un grand magicien. On dînait chez M. de Talleyrand. Au dessert toutes les questions politiques étaient épuisées. On arriva à la suprématie des fromages, Lord Castlereagh vanta le stilton d’Angleterre, Aldini, le strachino de Milan, Zeltner le gruyère de Suisse […]. On était aussi indécis que dans la question relative au trône de Naples, qui sera ôté à Murat, suivant les uns, et qui lui restera, suivant les autres. Un valet de chambre entre et annonce à Monsieur de Talleyrand l’arrivée d’un courrier de France.
« Qu’apporte-t-il ? dit le prince
– Des dépêches de la cour et des fromages de Brie.
Qu’on porte les dépêches à la chancellerie ; qu’on serve à l’instant un des fromages. »
L’ordre est exécuté. « Je me suis abstenue dis le prince, de vanter tout à l’heure un des produits du sol français ; mais jugez-le, Messieurs. » L’assiette passe à la ronde, on déguste, on délibère, et le fromage de Brie est proclamer le roi des fromages.  »

Comte Auguste de La Garde-Chambonas, Souvenirs du Congrès de Vienne, 1814-1815, Paris, 1901, Librairie historique et militaire Henri Vivien, pp. 194-195 (extrait)

Questions : 
 

  1. Rappelez le contexte historique dans lequel s’inscrit ce document. Effectuez une brève recherche, et présentez les différents protagonistes politiques dont il est question dans cet article.
     

  2. Rappelez ce qu’est l’entente cordiale et quelles sont les alliances passées à cette époque en Europe.
     

  3. Comment le menu exprime-t-il la présence des pays à table ? Répondez à cette question et complétez le tableau suivant en cochant les plats choisis ou non par les deux hôtes. Que constatez-vous ? Pourquoi la presse française s’y intéresse ?
     

  4. A l’aide d’une recherche, expliquez l’allusion au tournedos : que s’est-il passé quelques années auparavant entre le Négus Menelik et l’Italie ? Que s’est-il passé à Adoua ? En quoi le choix du Tournedos envoie un message indirect au gouvernement italien ? Lequel ?

    • Situation géographique d’Adoua :

    • Différends : 

      • contexte global de l’Afrique :

      • attitude de l’Italie :

      • date de la bataille : 

      • forces en présence : 

      • vainqueur :

Document 2 : La diplomatie gastronomique, un marqueur des relations internationales
Diplomatie et gastronomie
Les « cercles diplomatiques » italiens donnent, présentement des signes d'inquiétude. Rome, en effet, rient d'être le théâtre d'un événement dont l importance, pour échapper peut-être au vulgaire, tien est pas moins réelle.
La capitale italienne compte en ce moment deux hâtes étrangers de marque : le roi Chirlalongkorn de Sium et le Dedjasmach Masciascia — ouf ! — prince abyssin, chef de de la mission que le Négus Mènélick a envoyée auprès de ses bons amis de la Péninsule.
Or, on sait l'importance que les diplomates de carrière attachent aux mari:f(stations gastronomiques. Habitués à « conjecturer », à « déduire » et à a conclure », ces messieurs tirent de la composition d'un menu officiel et de la façon dont les hauts personnages y font honneur des indices certains de leurs intentions. Les reporters italiens, qui font aujourd'hui de l'américanisme, se sont donc efforcés de se procurer les menus exacts du premier repas pris par les deux importants personnages. Et ils ont réussi. Nous apprenons qu'à l’Excelsior-Hôtel, Sa Majesté Chulalongkorn savoura les mets suivants :
Hors d’œuvre Filets de soles frits Tartare Cailles au risotto Chateaubriand Mascotte Omelette sou filée norvégienne Pâtisserie — Fruits
Tandis qu'à l'Hôtel Continental, le Ded jasmach Masciascia — ouf l— faisait honneur au menu que voici :
Hors d’œuvre Omelettes aux truffes Pigeons en cocolle à la Clamait Tournedos grillés à la Rossiui Pommes soufflées Coupe au citron Dessert
A première vue, ces deux menus ne présentent aucun caractère subversif. Le premier, même, dans un louable éclectisme cosmopolite, marie la sole tartare au soufflé norvégien et la caille an risotto italienne au Chateaubriand bien français. C'est, à n'en pas douter, un essai d'entente cordiale culinaire. Malheureusement, Cliulalonghorn a nette ment affirme ses préférences et ses antipathies. Ainsi, ayant repris deux fois du filet de sole tartare — sans doute pour bien indiquer ses sentiments russophiles — il a par contre, refuse de goûter au risotto national. Grave symptôme, qui émeut à juste titre le corps diplomatique. Quant au Dedjasmach Masciascia — ouf ! — on a remarqué ses préférences pour le tournedos et l'on craint de voir, dans ce fait, une allusion à certaine rencontre survenue entre Italiens et Abyssins, il y a quelques années, aux environs d'Adoua, rencontre dans laquelle il y eut, en effet, des dos tournés. Espérons que les prochains menus dissiperont le malaise causé par cette publication et rassureront les diplomates inquiets.

Note : « Négus » : titre porté par les souverains éthiopiens.
« Prince abyssin » : prince originaire d’Abyssinie, région de l’Ethiopie.
« Siam » = ancien nom de la Thaïlande.

Questions : 
 

  1. A l’aide de vos connaissances, recontextualisez les négociations entreprises entre Pouyet-Quertier et Bismark

  2. Quel est alors l’objectif de pourriez Quertier ?

  3. Que montre cette anecdote au sujet de l’importance de la table et de la gastronomie ?

Document 3 : une entente autour de plusieurs verres

 

Augustin POUYER-QUERTIER [1820-1891] : élu député à l'Assemblée nationale en 1871, il devient ministre des Finances du gouvernement d’Adolphe Thiers. Il prend alors part aux négociations liées au traité de Francfort. Son entente avec Bismarck lui permit d’obtenir entre autres que les communes de Villerupt et de Thil restent françaises.

Lors de son décès en 1891, les rubriques nécrologiques reviennent abondamment sur les circonstances de ces négociations, liées aux plaisirs de la table.

« […] On trouvera dans une autre partie du journal des détails biographiques sur Monsieur Pouyer-Quertier qui vient de mourir. Rappelons ici quelques anecdotes sur cet homme qui a tenu une grande place dans la vie politique sous l’empire et au commencement de la république. […]
On sait que Monsieur Pouyer- Quertier fut chargé par Monsieur Thiers de négocier l’armistice et la paix avec l’Allemagne. Le prince de Bismarck avait pour lui une vive sympathie. Le chancelier de fer est un grand videur de choppe et un passionné fumeur de pipe. Pouyer-Quertier était l’homme qui lui convenait pour discuter. On pouvait lui tenir tête, le verre à la main. Grand, fort, robuste, un vrai Normand, en un mot, Monsieur Pouyer- Quertier avait un estomac qu’eût célébré Rabelais. C’est peut-être grâce à la vigueur de son estomac que les conditions de la paix ne furent pas encore plus rigoureuses.
Le verre et la fourchette de Pouyer- Quertier émerveillaient Bismarck. Une joute bien singulière lieu un jour entre les deux diplomates. Le chancelier allemand vidait des choppes de bière. N’aimant pas la bière, le négociateur français faisait emplir son verre d’eau de vie. Bismarck voulu luttait à armes égales avec son antagoniste. L’alcool remplaça la bière dans la charte de notre vainqueur. Il ne fut pas de force à lutter. Pouyer- Quertier avait l’habitude de l’eau-de-vie de cidre. Cette fois, Bismarck fut vaincu. Le signataire du traité de Francfort a fait quelque part un récit bien amusant de cette double ivresse diplomatique. Monsieur Thiers profita de l’amitié qui unissait Bismarck et Pouyer-Quertier. Ce dernier fut envoyé à Berlin une seconde fois pour négocier la libération du territoire. Il réussit dans sa difficile mission. […]
C’est ou jamais le cas de le dire : Pouyer-Quertier était bon diplomate et beau joueur : il avait de l’estomac ! »

Un élément essentiel de la culture et du patrimoine culturel

Questions : 

 

  1. A l’aide des documents suivants, comment peut-on affirmer que la cuisine gastronomique se diffuse dans la société française ?

  2. Recontextualisez le document 2 en insistant sur la situation économique et alimentaire de la France.

  3. Dans le document 2 : quel décalage est visible sur cette double page ? Malgré la situation, en quoi le repas gastronomique reste la référence ?

Document 1 : la presse gastronomique, un genre à part
Journal La table, journal culinaire paraissant trois fois par mois, numéro du 13 juin 1844
Journal La pâtisserie illustrée, revue moderne pour pâtissiers, confiseurs, chocolatiers, glaciers, numéro 11, novembre 1936
Document 2 : le magazine Elle, n° 4, 12 décembre 1945

[Détail du menu : hors-d’œuvre, radis, betteraves, tomates, chou-fleur en salade, croque-monsieur. Barbue mayonnaise, fruti à la normande, biscuit à la peau de lait, fruits].

Conclusion

Conclusion :

Proposez une définition de l’expression diplomatie gastronomique.

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