Écho de presse

L’assassinat du Duc de Berry, le dernier Bourbon

le 11/06/2022 par Michèle Pedinielli
le 02/01/2018 par Michèle Pedinielli - modifié le 11/06/2022
Le Duc de Berry, fils de Charles X et successeur légitime de la dynastie des Bourbons, agonisant chez lui à la suite de son attaque, par Edouard Cibot, circa 1830 - source : WikiCommons

1820, Louvel assassine le Duc de Berry pour mettre fin à la lignée des Bourbons. Il sera guillotiné en ignorant que, contre toute attente, son objectif a finalement échoué.

« Toutes les espérances que par une illusion bien naturelle avaient peut-être conçues, ou du moins avoient cherché à répandre les hommes de l'art, se sont évanouies ; la France est en deuil ; le plus jeune de nos Princes, frappé hier soir à onze heures et quelques minutes, n'a survécu que sept heures à sa blessure : le duc de Berry a expiré ce matin à six heures et demie, sous les yeux de son Roi, de son père, de sa femme, de son frère et de sa sœur.

La Famille royale a été frappée dans la tige sur laquelle reposait le plus doux espoir de la patrie. Le duc de Berry n'est plus !!! »

Lorsque cette nouvelle tombe le 15 février 1820, elle frappe doublement la monarchie française : non seulement Charles-Ferdinand d’Artois meurt dans un attentat, poignardé sous les yeux de son épouse, mais surtout ce fils du futur roi Charles X était le dernier de la lignée. Les Bourbons n’ont plus de descendants.

Mais reprenons. Le 13 février 1820, le prince et son épouse, la duchesse de Berry, assistent à une représentation à l’Opéra de Paris. À « onze heures moins deux minutes » (selon le journal La Quotidienne), le duc de Berry raccompagne sa femme qui ne désirait pas attendre la fin du spectacle à sa voiture, lorsque soudain…

« Le prince disait adieu à la duchesse, lorsque se retournant pour rentrer dans le couloir qui conduit à sa loge, il est atteint pas l’assassin qui, passant derrière lui avec la rapidité de l’éclair, le frappa sous le sein droit et s’enfuit vers la rue Richelieu, s’échappant ainsi entre les sentinelles qui présentent les armes et qui le voyent à peine.

Le prince s’écrie : je suis mort ! Il porte lui-même la main à la blessure, et retire le fer meurtrier. Ce fer n’est ni un tire-pointe, ni un tranchet, mais une lame plate de stylet à deux tranchants, et ayant un manche de bois grossier. »

La nouvelle se répand comme une traînée de poudre et tous les journaux relatent l’attentat le lendemain avec force détails, ainsi que l’attitude des valets et des cochers, celle du duc de Berry – auguste « comme il sied à un prince de France » – et surtout celle de son épouse, dans un style très romanesque.

« L’infortunée princesse a témoigné à la fois la plus profonde douleur et la plus vive énergie ; elle s’est dépouillée précipitamment de ses parures, et s’est consacrée aux soins les plus pénibles et les plus touchants.

Étrangère à tout ce qui l’entourait, elle secondait les hommes de l’art, prodiguait les attentions les plus tendres à son auguste époux ; et ses douces paroles sont les premières que le prince a entendues en reprenant connaissance. »

Avant de mourir entouré du roi et de toute sa famille, le duc de Berry a le temps de demander la grâce de son assassin. Celui-ci est un ouvrier sellier du nom de Louvel, bonapartiste opposé aux Bourbons. Il est immédiatement arrêté et interrogé une première fois « sous le vestibule de l’Opéra ».

« M. le comte de Clermont lui adresse le premier la parole et lui dit : monstre, qui a pu te porter à commettre un pareil attentat contre un prince de la famille des Bourbons ?

L’assassin répond : Les Bourbons sont les plus cruels ennemis de la France.

— Par qui as-tu été payé pour te rendre coupable d’un tel crime ?

L’assassin, avec beaucoup d’arrogance et de fermeté : Je n’ai été payé par personne. »

Les interrogatoires successifs montreront que Louvel mûrissait son projet depuis 1814, qu’il avait dans un premier temps prévu de tuer le roi, puis avait préféré s’attaquer au duc de Berry pour « couper l’arbre à la racine ».

Les conséquences politiques de cet assassinat sont immédiates. Louvel a certes agi seul, mais pour les ultra-royalistes comme Alphonse Martainville, fondateur du Drapeau blanc, le coupable n’est autre qu’Élie Decazes, le président du Conseil.

« Oui, M. Decazes, c’est vous qui avez tué le duc de Berry. Votre main n’a pas porté le coup sanglant ; mais vous avez vu le fer se forger, s’aiguiser en poignard, se lever, et vous n’avez rien fait pour prévenir le crime.

De toute part, la fidélité, justement alarmée, vous criait : “Les factieux compilent, ils préparent leurs armes, ils vont frapper !…” Vous avez été sourd. »

Le libéral Élie Decazes sera contraint à la démission quelques jours plus tard.

Malgré la demande du duc de Berry, Louvel est guillotiné le 6 juin 1820, satisfait d’avoir interrompu la lignée des Bourbons. Mais ignorant d’un fait décisif : au moment de l’assassinat de son mari, la duchesse de Berry était enceinte de deux mois.

Le 29 septembre 1820, elle accouche d’un garçon, Henri d’Artois, dont l’acte de naissance est proclamé le lendemain dans la Gazette nationale. Cet enfant, qui doit perpétuer la famille des Bourbons, est vite appelé l’« enfant miracle ».

Le Journal des débats politiques et littéraires s’enflamme.

« Voici la troisième fois depuis deux siècles que Dieu, par un miracle de son amour, signale sa glorieuse prédilection pour l'auguste famille qu'il plaça sur le trône de France, permet que la tige sacrée des Bourbons se relève et se ranime alors qu'elle paraissait abattue pour jamais, et fait sortir son salut de sa perte même.

Inconcevable destinée de la plus antique monarchie de l'Europe, elle renaît et se perpétue au moment où elle semblait disparaître ! C'est du sein des tombeaux qu'elle rappelle sa vie et sa force !

HENRI-CHARLES FERDINAND-MARIE-DIEUDONNÉ, DUC DE BORDEAUX, fils de France, est né ce matin à deux heures trente-cinq minutes. »

Et dans les théâtres, des plus illustres aux plus populaires, on célèbre la naissance en chansons.

« Ciel ! reçois notre sainte offrande,
Et comblant un désir pieux,
Au don de ce fils précieux
Ajoute une faveur plus grande
Nous l’implorons tous à genoux....
Pour éterniser sa carrière,
Fais qu’il vive autant parmi nous
Que dans nos cœurs vivra son père.
 »

Malgré les messes et les chansons, Henri d’Artois, dernier descendant de Louis XV, ne régnera jamais. Sa mort sans descendance en 1883 ravivera la lutte entre les Bourbons d’Espagne et ceux d’Orléans pour le trône de France, dans une querelle qui continue aujourd’hui encore.