Écho de presse

C'était à la Une ! 1901 : Le Tour du Monde de Gaston Stiegler (1/2)

le 11/06/2019 par RetroNews
le 31/05/2019 par RetroNews - modifié le 11/06/2019
Gaston Stiegler arrive à Boulogne-sur-Mer. Source : RetroNews - BnF

Après 63 jours de voyage pour effectuer un tour du monde par le quotidien Le Matin, le journaliste Gaston Stiegler revient en France. Il est acclamé à Boulogne-sur-Mer puis à Amiens, où le « vieillard » Jules Vernes l'accueille à bras ouverts.

Lecture en partenariat avec La Fabrique de l'Histoire sur France Culture

Cette semaine : Le Matin du 2 août 1901

  • Texte lu par Elsa Dupuy
  • Réalisation Marie-Laure Ciboulet

Le Matin

2 août 1901

Le Tour du Monde en 63 jours

Nos lecteurs ne trouveront plus désormais, au bas de cette page, le « baromètre » qui leur permettait de suivre pas à pas Gaston Stiegler dans sa course autour du Monde. La barre noire partie de Paris touche de nouveau à Paris. Le globe-trotter est revenu, après avoir parcouru la distance de 34 448 kilomètres en 63 jours et 16 heures. Il détient sur tous ses concurrents le record du tour du Monde. [...]

À BOULOGNE

[...]...que de monde, au débarcadère [de Boulogne] !

Si vous aviez vu cette masse compacte d'habitants, de baigneurs et de matelots, de Parisiens en vacances, de promeneurs et de simples curieux ; si vous aviez entendu les propos qui s'échangeaient et les souhaits sympathiques que l'on formulait pour notre vaillant collaborateur ; si vous aviez pu, enfin, assister à l'explosion soudaine et formidable de vivats, qui salua Stiegler à son entrée dans le port, vous auriez senti combien le grand public s'intéresse à nos travaux ; combien il nous est reconnaissant des efforts tentés [au Matin] pour le satisfaire et combien aussi il sait gré à un journal et à un journaliste d'avoir de l'initiative et de savoir créer du nouveau.

[...] Voilà ! voilà Stiegler...il est seul près de la dunette, pas fatigué le moins du monde, frais et dispos, au contraire, la mine reposée.

-- Bonjour, Stiegler !

Étonné, il lève la tête, aperçoit des amis et fait un signe de la main. À ce simple geste, la foule s'électrise ; elle a reconnu l'homme, l'homme qu'elle admire et qu'elle veut fêter. Et alors, formidables, les vivats retentissent, frénétiques et ininterrompus : « Vive Stiegler ! Vive Stiegler ! Vive le Matin ! » C'est une avalanche, un grondement, une ovation sans fin. Les femmes agitent les mouchoirs, les hommes remuent leurs chapeaux, on acclame, on applaudit, on crie à pleins poumons, tandis que Stiegler, modeste, son petit chapeau mou à la main, serré dans son complet gris, salue de la meilleure grâce du monde, ayant l'air d'implorer plus de calme.

[...]...l'heure presse, maintenant. Notre train est formé. Il faut monter dans le wagon réservé...

[...] En route pour Paris !

Paul Lefranc

EN GARE D'AMIENS

Stiegler en apprenant la maladie de Jules Verne avait eu la délicate pensée d'éviter au vieillard un déplacement pénible.

[...] Cependant, Jules Verne, malgré son extrême faiblesse, avait tenu à se faire conduire à la gare.

[...] Quand le train pénètre sous le hall...c'est un immense cri de « Vive Stiegler, vive Jules Verne, vive le Matin ! » Les mouchoirs, les chapeaux s'agitent, les bras se tendent. Mais, avec une agilité qu'on ne supposerait pas chez un homme qui a dans les jambes toute la fatigue du Tour du Monde, Stiegler a déjà franchi la foule ; il est dans les bras du vieillard et l'embrasse à plusieurs reprises.

Subitement tout s'est tu devant le spectacle attendri de cette étreinte qui confond le disciple et le précurseur, le visionnaire et l'ouvrier qui achève de réaliser une de ses plus audacieuses conceptions !...

Le moment est à l'émotion plus qu’aux paroles. On parle à peine. Stiegler lui dit merci d’avoir pensé, d'avoir prévu ce triomphe vertigineux de l'homme sur l'immobilité des éléments, comme il a prévu la conquête de l'air, la navigation sous-marine et tant d'autres choses que le progrès se hâte chaque jour d’accomplir. Jules Verne répond que la pensée est vaine sans l'acte qui l'exécute, et à son tour lui dit merci d'avoir osé.

[...] Cependant, le signal retentit. Stiegler embrasse une dernière fois le vieilliard, en lui promettant de venir bientôt lui dire, dans sa retraite d'Amiens, les péripéties et les émotions de son voyage...pendant que la foule, revenue de l'émotion à l'enthousiasme, accompagne de longues acclamations le train qui s'ébranle vers Paris !...

F.I. MOUTHON