Écho de presse

"Concours de radiogénie"

le 25/05/2018 par Marina Bellot
le 12/04/2017 par Marina Bellot - modifié le 25/05/2018
Illustration : TSF, Tour Eiffel ; Agence Rol ; 1924 - Source : Gallica BnF

Dans les années 20, le succès de la radio et le développement du cinéma posent les prémices de la communication politique moderne.

"M. Paul Painlevé est-il plus radiogénique que M. Gaston Doumergue ? En revanche, M. Gaston Doumergue est-il plus photogénique que M. Paul Painlevé ?" C'est la question apparemment triviale que pose à ses lecteurs Le Figaro en 1924, dans une chronique signée par le journaliste et romancier Régis Gignoux.

Sous l'apparence de la légèreté, Gignoux met en lumière une tendance qui tend à s'affirmer : l'importance des médias de masse dans la communication politique. Alors que les journaux se sont imposés dès le début du XIXe siècle comme l'un des principaux vecteurs de communication, la radio et le cinéma prennent dans les années 20 une importance de plus en plus significative.

"Dans l'intérêt d'un pays, un Président de la République doit être photogénique. S'il montre au cinéma un visage noir, bossué, le contribuable s'inquiète : « Qu'avait donc le Président ? » Il venait d'apprendre des mauvaises nouvelles qu'on nous cache, des complications diplomatiques, financières ? Tout va mal...

Au contraire, si l'écran offre à l'admiration populaire un visage bien rond, lumineux, la confiance règne, mère de la popularité. Le spectateur renouvelle sa provision d'optimisme et n'hésite plus à manger deux chocolats à la crème glacée ou deux bonbons surprises.

Comment est-on photogénique ? Pourquoi ne l'est-on pas ? Les frères Lumière cherchent encore. Mais les expériences montrent qu'il n'est pas possible de vaincre l'hostilité de l'objectif. Le président qui tenterait d'être photogénique quand même, soit en écarquillant ses yeux, soit en agrandissant trois fois son sourire, apparaîtrait comme un tyran d'opéra-bouffe, comme un ogre."

Ainsi donc, popularité n'est pas toujours dûment gagnée et ne rime pas nécessairement avec mérite... Et l'auteur de commenter avec ironie :

"La radiogénie est bien la dernière forme de la féérie, l'incarnation nouvelle de la marraine de Cendrillon. […] C'est la surprise : c'est la veine. Une addition d'éléments inconnus vous met en tête du classement, comme elle vous placerait à la présidence de la République. Voilà qui est bien de notre époque. On attend le salut sans le moindre effort. On ne sait rien, on ne fait rien, et la caille rôtie vous tombe dans le bec."