Écho de presse

Le simulacre de procès et l'exécution de Danton

le 26/10/2018 par Marina Bellot
le 22/11/2017 par Marina Bellot - modifié le 26/10/2018
Illustration : Danton, auteur anonyme, 1792 - Source : wikicommons

En avril 1794, Danton et quatorze dantonistes comparaissent devant le Tribunal révolutionnaire. Un simulacre de procès orchestré par Robespierre, qui poursuit sa politique d'élimination des factions.

Du 12 au 16 germinal an II (2 au 5 avril 1794), Georges Danton et quatorze dantonistes sont jugés par le Tribunal révolutionnaire.

Dès le 5 nivose an II (25 décembre 1793), Robespierre a commencé sa politique d'élimination des factions, dénonçant les « enragés », dirigés par Hébert, et les « indulgents », menés par Danton et Desmoulins.

Avocat issu de la petite bourgeoisie, Danton est devenu en quelques mois l'un des chefs de file les plus charismatiques de la Révolution française. En osant défier le Comité de salut public en exigeant la fin de la Terreur, il s'est attiré la haine de Robespierre et de ses partisans.

L'accusateur public Fouquier-Tinville, le matin même du premier jour du procès, a écarté les jurés susceptibles d'indulgence envers les accusés : sur la soixantaine de jurés inscrits, les neuf dixièmes sont révoqués.

C'est Saint-Just, partisan de la Terreur — on le surnomme  « l'Ange de la Terreur »  qui a rédigé le décret d’accusation dont il est fait lecture à l'ouverture du procès. Les chefs d'inculpation sont graves : vénalité, concussion, trahison et commerce avec l’ennemi Danton a trempé, ainsi que son ami Fabre d’Églantine, dans l’affaire de la liquidation de la Compagnie des Indes, un scandale politico-financier qui a éclaté en novembre 1793.

Le Mercure universel consigne la lecture de l'acte d'accusation :

« Quoi ! quand toute l’Europe, excepté nous qui sommes aveugles, est convaincue que Lacroix et Danton ont stipulé pour la royauté ; quoi ! quand les renseignemens pris sur Fabre d'Églantine, le complice de Danton, ne laisse, plus de doute sur sa trahison […].

Danton, tu as servi la tyrannie ; tu fus, il est vrai, opposé à la Lafayette, mais Mirabeau, d'Orléans, Dumourier, lui furent opposés de même.

Oserais-tu nier d’avoir été vendu aux trois hommes les plus violens conspirateurs contre la liberté ? […] Dans les premiers éclairs de la révolution, tu montras à la cour un front menaçant ; tu parlois contre elle avec véhémence. »

La veille, Robespierre, dans un réquisitoire véhément, a réclamé la plus grande sévérité pour Danton et ses complices :

« Plus il a trompé ceux qui avoient confiance en lui, et plus la sévérité des amis de la liberté doit se déployer contre ses perfidies.

Citoyens, c’est ici le moment d’entendre la vérité ; je ne reconnois dans ce qu’on a dit que le présage sinistre de la ruine de la liberté et de la décadence des principes.

Quels sont ces hommes, qui par des liaisons particulières, et par crainte peut-être au même titre où l’égalité triomphe, osent tenter de l’anéantir dans cette enceinte.

On veut nous faire craindre l’abus du pouvoir, ce pouvoir national que vous avez exercé, et qui ne réside pas dans quelques membres mais dans l’universalité de la convention. [...]

C'est ici qu'il nous faut quelque courage et quelque grandeur d'âme. »

Danton est interrogé après Desmoulins : il a été arrêté deux jours auparavant à son domicile de la rue Marat où il est revenu s’installer malgré les mises en garde de ses amis. Sûr de son prestige, il montre une grande confiance. Interrogé à l'ouverture du procès sur son nom et sa demeure, il répond par ces mots :

« Ma demeure sera bientôt dans le néant, quant à mon nom, vous le trouverez dans le panthéon de l'Histoire. »

Le 3 avril, Danton tente de se défendre point par point. À 16 heures, la séance est levée et son interrogatoire remis à plus tard. Il n'aura en réalité plus l'occasion de se défendre : Fouquier-Tinville invoque le grand nombre d'accusés à interroger et refuse de faire entendre des témoins à décharge.

Au bout de trois jours de procès, les jurés se déclarent suffisamment instruits. Le 5 avril, Danton et les dantonistes sont condamnés à mort sous les cris des accusés qui dénoncent les « assassins » et les « tyrans ».

Le 6 avril, on peut lire dans la Gazette nationale :

« Du 16 germinal. Après trois jours de débats, Danton, Fabre, Lacroix, Philippeaux, Desmoulins, Chabot, Bazire, Delaunay, Hérault, Westermann, Guzman, d'Espagnac, les deux frères Frey et Diedrichsen, ont été condamnés à la peine de mort.

Ils ont subi leur jugement le même jour, à cinq heures et demie, à la place de la Révolution. »

Jusqu’à germinal an II (avril 1794), le peuple parisien était l’acteur principal des journées révolutionnaires. Le procès de Danton est la première crise réglée par la Convention et les Comités seuls, sans qu’il soit fait appel aux sans-culottes. Pour la première fois, les meneurs de la Révolution tombent sous le couperet de la République qu’ils ont contribué à fonder.

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