Écho de presse

Le quotidien singulier de la jeunesse française sous l’Occupation

le 01/11/2020 par Priscille Lamure
le 09/01/2019 par Priscille Lamure - modifié le 01/11/2020
De jeunes Français de « l'école des cadres » tout sourire sous le régime de Vichy, Le Figaro, novembre 1941 - source : RetroNews-BnF
De jeunes Français de « l'école des cadres » tout sourire sous le régime de Vichy, Le Figaro, novembre 1941 - source : RetroNews-BnF

La jeunesse des années 1940, vivant sous l’Occupation allemande au rythme de la guerre totale, est ballottée entre interdits, restrictions, peur des bombardements – et crainte toujours vive des représailles de l’occupant.

Ce que l’on appelé a posteriori la « Génération 40 » rassemble les jeunes Français nés dans les années 1920 et au début des années 1930, âgés de 13 à 21 ans au moment où éclate la Seconde Guerre mondiale.

Il s’agit également de la catégorie « J3 » du système de rationnement alimentaire mis en place par l’État français de Philippe Pétain à partir du 29 février 1940. Ces jeunes hommes et femmes, considérés comme plus fragiles que les adultes et d’autant plus marqués par la vie en temps de guerre, ont alors droit à des rations de nourriture plus importantes liées à leurs besoins spécifiques ; ils ont notamment droit à plus de pain et plus de chocolat.

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Le journal L’Ouest-Éclair présente le fac-similé d’une carte de lait à la rentrée 1940. Celle-ci permet d’acheter quotidiennement une quantité de lait fixée, selon l’âge et les conditions physiques de son porteur :

À compter du printemps 1940, tandis que la France vaincue est désormais divisée en deux, dans les villes et villages les civils sont régulièrement alertés de potentiels bombardements dès que des avions britanniques survolent la région. Ces alarmes, stridentes, plongent la population dans une angoisse de tous les instants.

Le bientôt collaborationniste Petit Troyen, au lendemain du 10 mai 1940, fait  par exemple état des victimes des bombardements allemands sur plusieurs villes françaises, mettant en garde les civils face au danger des bombes non éclatées :

« Les villes comme Nancy, Lille, Lyon, Colmar, Pontoise, Luxeuil, ont été bombardées par l’aviation allemande. [...]

Le ministre de l’Intérieur et l’autorité militaire mettent en garde la population contre les bombes lancées par avion qui, tombées sur le sol, n’ont pas éclaté. Il est arrivé en effet que l’explosion s’est produite une demie-heure et même une heure après la chute alors qu’on pouvait croire l’engin inoffensif.

Naturellement ces explosions ont fait des victimes parmi les personnes qui avaient commis l’imprudence de se rassembler autour de l’engin. »

Face au danger, de nombreux habitants du Nord et de l’Est de la France sont obligés de fuir ; c’est l’exode. Mais même pour les enfants réfugiés, déracinés de leur maison et de leur ville – souvent même séparés de leur famille –, la vie doit continuer et il leur faut intégrer une nouvelle école où poursuivre leur scolarité.

En septembre 1940, le Journal des débats politiques et littéraires annonce ainsi une session de rattrapage de l’examen du certificat d’études primaires élémentaires pour les élèves réfugiés :

« Par décision ministérielle du 29 août, une session spéciale pour l’examen du certificat d’études primaires élémentaires sera ouverte dans le courant de la dernière quinzaine de septembre, en faveur des enfants qui ont quitté leur commune d’origine avant d’avoir pu subir les épreuves de l’examen à la session normale. [...]

Il est bien entendu que cette session concerne exclusivement les élèves venant des régions occupées et qui n’ont pas subi l’examen de 1940. »

Toutefois, plus l’Occupation nazie s’installe dans le temps, plus le nombre d’adolescents déscolarisés augmente. La plupart des élèves quittent les bancs de l’école à l’âge de 14 ans, à l’issue du certificat d’études primaires, et entrent dans le monde du travail au lieu de poursuivre leur formation au lycée.

Pour rester informés des nouvelles du pays, les jeunes écoutent la radio, sauf lorsque les coupures d’électricité les empêchent de recevoir la TSF. Les plus courageux apprécient notamment les messages pleins d’espoir du général de Gaulle qui, sur les ondes de la BBC, refuse le défaitisme, encourage la résistance et prédit une victoire prochaine.

La musique et le cinéma leur permettent de se retrouver, d’échanger et de continuer à rêver à un avenir meilleur. Pourtant, pour s’offrir quelques moments de loisir, il faut souvent contrer les interdictions décrétées par la Wehrmacht avec le soutien du gouvernement Vichy. En effet, sous l’Occupation, la radio, le cinéma, la danse et même la lecture de certains journaux font l’objet d’interdits moraux, considérés comme des activités  jugées « indécentes » en temps de guerre.

Ainsi, en 1943, Le Petit Parisien relaie, sans commentaire, un communiqué de la préfecture de police relatif à l’interdiction des bals :

« La préfecture de police communique :

1° Les bals publics sont et demeurent interdits pour la population française sur tout le territoire du département de la Seine ;

2° Sont considérés comme bals ou dancings publics tous les bals, même organisés dans des propriétés privées si le public y est admis ;

3° Toute infraction aux prescriptions qui précèdent sera poursuivie conformément aux dispositions de l’article 471-15 du code pénal. »

Mais si les bals publics sont désormais interdits – ils le seront pendant toute la durée de la guerre –, certains n’hésitent pas à organiser des bals clandestins. Ceux-ci, lorsqu’ils sont découverts par les autorités, sont durement réprimés afin de dissuader « la jeunesse » de réitérer ce genre d’infraction.

Aussi dans la France occupée, les jeunes, au même titre que les adultes, sont soumis au couvre-feu. Il est ainsi interdit de sortir la nuit entre neuf heures du soir et six heures de matin. Cette décision, prise par l’occupant allemand, a notamment pour but de punir les Français après les multiples attentats perpétrés à leur encontre par les Résistants.

Dans la crainte d’être arrêtés, la plupart des Français se plient à ces consignes très restrictives. Même à Paris, où la fête bat d’ordinaire son plein jusque tard dans la nuit, le journal collaborationniste de Marcel Déat L’Œuvre rapporte, non sans obséquiosité, que la « population turbulente » doit dorénavant se résoudre aux consignes de l’armée allemande :

« Le Parisien a la réputation d’être frondeur. Ce qualificatif n’est certes pas abusif, les preuves en ont été flagrantes. Restait à savoir comment cette population turbulente, ou, considérée comme telle, allait réagir devant la décision prise par les autorités d’occupation, ordonnant la fermeture de tout établissement à 20 heures et le couvre-feu une heure plus tard.

Il était intéressant de sonder, en cette soirée de samedi, généralement l’une des plus bruyantes de la semaine, la réaction pouvant résulter de cette mesure. Que chacun se rassure, le calme le plus absolu n’a cessé de régner et, nulle intervention digne de ce nom ne vint troubler les premières heures de la nuit.

Dès vingt heures les patrouilles allemandes, casque au côté, sillonnaient les principales artères afin de vérifier la fermeture des restaurants, débits, salles de spectacle et tous autres lieux publics. Partout la consigne était observée. Sans récriminations, les clients avaient, abandonnant leurs chères habitudes, quitté les lieux habituels de leurs délassements. »

La population civile, et les jeunes en particulier, sera tout au long de la guerre, visés par des actes de vengeance et de répression de la part de l’armée allemande. Régulièrement, des civils seront raflés, déportés ou fusillés au lendemain d’attentats perpétrés contre l’occupant.

La jeunesse française sous l’Occupation sera soumise à de nombreux interdits et restrictions, de même qu’à d’incessants mots d’ordre et sollicitations de la part du régime de Vichy. Philippe Pétain fera notamment de cette jeunesse l’élément fondamental de sa « politique de redressement » de la France – avec le succès que l’on sait.

L’exposition « Génération 40 » est présentée au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon jusqu’au 26 mai 2019.

Pour en savoir plus :

Christophe Pécout, « Les jeunes et la politique de Vichy. Le cas des Chantiers de la Jeunesse », in: Histoire@Politique, 2008