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Sarah Bernhardt joue L’Aiglon en 1900

le par - modifié le 23/04/2021
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Le 15 mars 1900, au théâtre Sarah Bernhardt, « le Tout-Paris mondain, artistique et élégant » est là (L’Écho de Paris, 17 mars 1900) pour assister à la première représentation de la dernière pièce d’Edmond Rostand, L’Aiglon, avec Sarah Bernhardt dans le rôle éponyme.

Une simple pièce de théâtre ?

L’Aiglon, pièce de six actes écrite en alexandrins par Edmond Rostand, est mise en scène pour la première fois le 15 mars 1900 au théâtre Sarah Bernhardt. Deux acteurs de renommée internationale tiennent les rôles principaux : l’actrice Sarah Bernhardt joue le rôle de l’Aiglon, costumée en homme, et Lucien Guitry celui de Séraphin Flambeau.

Sarah Bernhardt (1844-1923)

 

Fille d’une courtisane parisienne, Sarah Bernhardt envisage d'entrer dans les ordres avant d’être reçue au Conservatoire d’art dramatique de Paris en 1859. Elle débute sa carrière à la Comédie-Française de 1862 à 1866 puis joue à l’Odéon. Son succès au début des années 1870 lui vaut d’être rappelée par la Comédie-Française en 1874. En 1880, elle démissionne et crée sa propre compagnie. Elle réalise des tournées triomphales à travers le monde jusqu’en 1917. Elle côtoie les hommes de lettres les plus connus comme Edmond Rostand ou Oscar Wilde. Durant sa carrière, elle a joué dans plus de 120 spectacles et dans plusieurs films. À sa mort en 1923, le gouvernement décrète des obsèques nationales.

Sarah Bernhardt - source : Gallica-BnF
Sarah Bernhardt - source : Gallica-BnF

Ce drame est centré sur la figure du duc de Reichstadt. Fils de Napoléon Ier et de Marie-Louise d’Autriche, Napoléon II est aussi nommé roi de Rome puis duc de Reichstadt. Après l’abdication de son père le 20 avril 1814, il est recueilli par son grand-père et élevé à Vienne, au palais de Schönbrunn où une partie de l’intrigue se noue. Menant une vie de reclus, Napoléon II se questionne sur son existence, sur sa destinée et sur l’héritage de son père, dont la gloire le hante. Il va alors tenté de rejoindre la France afin de succéder à son père.

« L'Affaire Sarah Bernhardt-Edmond Rostand est arrangée... Napoléon: Ma chère amie, vous savez bien que vous serez toujours... l'AIGLON ! », Gaulois du dimanche, 1900 - source : Gallica-BnF
« L'Affaire Sarah Bernhardt-Edmond Rostand est arrangée... Napoléon: Ma chère amie, vous savez bien que vous serez toujours... l'AIGLON ! », Gaulois du dimanche, 1900 - source : Gallica-BnF

Dans cette pièce, Edmond Rostand s’empare d’un sujet politique. Après la défaite de 1870, la France recherche des occasions d’exalter sa grandeur. C’est donc vers son passé qu’elle se tourne, notamment la période impériale. Dans Le Gaulois du dimanche, le dessinateur Sem caricature Napoléon Ier décorant Sarah Bernhardt en costume de scène afin de la remercier pour sa contribution au mythe napoléonien. L’auteur Edmond Rostand assiste à cette remise de médaille, vêtu de son habit d’académicien.

La réception de la pièce dans la presse

La pièce bénéficie d’une large couverture médiatique. Durant les jours qui précèdent la première, plusieurs journaux publient des articles annonçant la pièce mais également relatant la vie du duc de Reichstadt. Par contre L’Aurore publie un article virulent contre « une très belle œuvre littéraire » qui est aussi « une mauvaise œuvre politique » (L’Aurore, 15 mars 1900). La générale fait également l’objet d’articles.

Publicité Phonographes Pathé Sarah Bernhardt - source : Gallica-BnF
Publicité Phonographes Pathé Sarah Bernhardt - source : Gallica-BnF

À l’issue de la première représentation, tous les journalistes, tous les critiques sont unanimes : la pièce est un succès et Sarah Bernhardt triomphe dans un rôle qu’elle incarne à la perfection. Les articles commencent tous par la reconnaissance du talent d’Edmond Rostand (Le Siècle, 16 mars 1900) qui s’attaque à un sujet délicat (L’Aurore, 16 mars 1900). L’actrice principale y est divine (L’Écho de Paris, 17 mars 1900), superbe et magnifique (Le Petit Parisien, 16 mars 1900). Le Gaulois (16 mars 1900) résume en une phrase l’ensemble des articles publiés : « L’Aiglon, c’est Sarah Bernhardt ».

Edmond Rostand (1868-1918)

 

Fils de l’économiste Eugène Rostand, Edmond  Rostand fait des études de droit avant de choisir de se lancer dans une carrière littéraire.  Il connaît son premier succès en 1894 avec Les Romanesques. Trois années plus tard,  c’est pour lui la consécration avec Cyrano de Bergerac puis en 1900 avec L’Aiglon, dont la première est donnée au théâtre Sarah Bernhardt. Cette dernière pièce lui permet d’être élu à l’Académie française en 1901.  Durant la Première Guerre mondiale, il s’implique dans le soutien des soldats. Il décède le 2 décembre 1918 de la grippe espagnole.

Edmond Rostand - source : Gallica-BnF
Edmond Rostand - source : Gallica-BnF
Carte postale, 1900 - source : Gallica-BnF
Carte postale, 1900 - source : Gallica-BnF

Si tous les articles font l’éloge de la représentation, certains critiquent ouvertement une pièce politique. L’Aurore (15 mars 1900) regrette une œuvre littéraire qui vienne alimenter la propagande napoléonienne.  Le lendemain, le même journal déplore que Napoléon Ier« égorgeur de toutes les libertés » soit présenté comme un « défenseur de la presse ». Dans le journal La Croix (17 mars 1900), un parallèle est fait entre cette « pièce bonapartiste » et le général Boulanger.

La première star internationale de la scène théâtrale

Sarah Bernhardt peut être considérée comme la première star internationale de la scène théâtrale. Forte d’un talent unanimement reconnu, elle rencontre plusieurs fois le succès avec Lorenzaccio d’Alfred de Musset. Elle réalise plusieurs tournées mondiales, jouant à New York par exemple. Installée à Paris en 1893, elle prend la direction de plusieurs théâtres puis fonde le sien en 1898. Elle n’hésite pas à s’emparer de rôles masculins, se travestissant à trois reprises pour jouer HamletLorenzaccio puis L’Aiglon.

Sarah Bernhardt dans L'Aiglon, Femina, 1912 - source : Gallica-BnF
Sarah Bernhardt dans L'Aiglon, Femina, 1912 - source : Gallica-BnF

Mais si elle dispose d’un talent de comédienne indéniable, elle est aussi une actrice complètement maîtresse de son image. Elle a parfaitement compris le fonctionnement des médias du XXe siècle naissant et réussit à les utiliser. Elle veille à son image et en fait un produit. Elle se fait photographier par Nadar afin de faire réaliser des cartes postales qui sont vendues. Elle fait également de la publicité, comme pour le phonographe Pathé.  Elle utilise aussi la presse comme Le Gaulois qui publie en une un article rédigé par Sarah Bernhardt elle-même le 25 mars 1900.

Carte postale - source : Gallica-BnF
Carte postale - source : Gallica-BnF

Bibliographie

 

Sarah Bernhardt, Ma double vie, Paris, Libretto, 2012.


Sophie-Aude Picon, Sarah Bernhardt, Paris, Folio biographies, 2010.


Françoise Sagan, Sarah Bernhardt, le rire incassable, Paris, Robert Laffont, 1987.


Edmond Rostand, L’Aiglon, Paris, Folio classique, 1986.

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