Long Format

Quatre classiques de la littérature d'abord publiés dans la presse

le par - modifié le 05/08/2020
le par - modifié le 05/08/2020

1836, le roman entre dans la presse quotidienne par le « rez-de-chaussée » (c'est-à-dire sur une colonne horizontale en bas de page). Les grands noms de la littérature adaptent leur écriture pour y publier leurs récits en feuilleton, avant de les proposer sous forme de livres édités.

Les interminables Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas

14 mars 1844, Le Siècle publie la préface du nouveau feuilleton littéraire qui doit occuper le rez-de-chaussée du journal jusqu'en juillet : Les Trois Mousquetaires.

Avec l'essor du roman-feuilleton, il ne s’agit plus seulement de découper au mieux une œuvre littéraire pour la publier dans la presse, mais plutôt d’en écrire spécifiquement à destination de ce séquençage en plusieurs numéros. Alexandre Dumas se plie à l'exercice et rédige justement son roman d'aventure dans cet esprit.

Le succès est immédiat. Mais cette publication remarquablement étendue, qui pendant quatre longs mois conclut provisoirement les chapitres d'un sempiternel  « la suite prochainement », attise la verve sarcastique des journalistes du Tintamarre. Dans leurs « caquets » - qui n'ont rien à envier à Twitter - ils annoncent en 166 caractères :

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Pourtant à quelques jours de l'épilogue tant attendu du récit de Dumas, le journal satirique publie encore ce qui semble être la seule explication plausible d'une telle longueur :

 « C'était une nuit sombre et orageuse. Le vent s'engouffrait bruyamment dans les cheminées, et culbutait les paravens (sic).

[...] Un homme dormait dans l'alcôve d'un appartement de la rue du Mont-Blanc. [...]

Une forte odeur de soufre et de bitume le réveilla soudain.

Inquiet, épouvanté, il se dressa sur son séant, et, dans l'angle d'un mur, il aperçut un fantôme noir...

C'était Satan.

 « Alexandre ! dit le prince des ténèbres, tes momens (sic) sont comptés. Prépare-toi à la mort !

- Quoi ! si jeune, et déjà !..., sans avoir pu terminer mes Trois Mousquetaires !...

- Termine d'abord tes Trois Mousquetaires. Mais songe qu'après ton dernier chapitre sonnera ta dernière heure !... »

Et Satan disparut. 

Et depuis cette nuit fatale, les Trois Mousquetaires se délaient, s'allongent, se prolongent. Les chapitres se suivent, s'entassent, se multiplient. Les Trois Mousquetaires dureront toujours, - toujours, - toujours !... »  

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L'été culturel et apprenant à la BnF

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EN SAVOIR PLUS

Le Capitaine Fracasse de Théophile Gautier : 30 ans pour un roman

« Nous annonçons à nos lecteurs une nouvelle qui fera plaisir à beaucoup d'entre eux : c'est la publication du roman de M. Théophile Gautier, le Capitaine Fracasse, que l'auteur promet au public depuis bientôt trente ans » - Le Journal des Débats politiques et littéraires, 1er janvier 1861. 

L'attente a été longue. Notamment pour M. Buloz, le directeur de la Revue des Deux-Mondes à qui Théophile Gauthier devait livrer son nouveau roman en 1841. Déjà promis à l'éditeur Eugène Renduel en 1836, annoncé régulièrement « sous presse » depuis lors, l'histoire du Capitaine Fracasse tarde à paraître. Et pour cause, elle n'est même pas commencée : « M. Gautier n'a rien donné, pas un roman, pas un chapitre, pas une ligne », ni à Renduel, ni à Buloz - qui lui a pourtant versé une avance de 2 300 francs.

En 1851, l'affaire du roman-feuilleton fantôme tourne au procès. Il faut dire que la patience de M. Buloz s'est amoindrie à force de voir son obligé ne pas se priver de publier articles et feuilletons chez la concurrence. La Presse, qui collabore régulièrement avec Théophile Gautier pendant tout ce temps, rend compte des tentatives de Buloz pour récupérer son dû à leurs dépens - par saisie sur rémunération - « après avoir dépassé les limites de la patience humaine ».

 

 

Promis ensuite à la Revue de Paris, dirigée par Gautier lui-même, c'est finalement dans la Revue nationale et étrangère que le feuilleton paraît. Son directeur avait proposé un mode de règlement peu courant mais efficace : payer au fur et à mesure de la publication des chapitres.

S'il a eu tant de difficulté à faire naître ses héros, Théophile Gautier n'en signe pas moins un succès littéraire maintes fois réimprimé, et illustré par Gustave Doré.

 

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Le Tour du Monde en 80 jours : les journalistes relèvent le défi de Jules Verne

6 novembre 1872, Le Temps publie le premier épisode du nouveau roman de Jules Verne, Le Tour du monde en quatre-vingts jours. Treizième de la série des Voyages extraordinaires qui fit la réputation de son auteur, il paraîtra en feuilleton chaque jour jusqu'au 22 décembre 1872.

Comme nombre de romans écrits par Jules Verne, celui-ci prend son point de départ en Angleterre. Il raconte la course autour du monde d'un gentleman anglais, Philéas Fogg, qui a fait le pari de la réussir en quatre-vingt jours, et de son serviteur français Jean Passepartout. Au cours de son périple, le duo va utiliser tous les moyens de transport disponibles à la fin de XIXe siècle, traversant l'Europe, les Indes, la Chine, l'Amérique, les océans en bateau à vapeur, en train, en paquebot, en traîneau à voiles... et même en éléphant.

Le récit tient les lecteurs en haleine. Surtout, il inspire les journalistes : en 1889, c'est Nellie Blye qui relève le défi d'un tour du monde en 72 jours - pour tenter de coiffer au poteau le désormais célèbre Philéas Fogg. La jeune reporter américaine se permet même un détour par Amiens, le temps d'une « courte visite à M. Jules Vernes » qui ne lui dissimule pas « que le succès de son entreprise ne lui paraissait possible qu'en soixante-dix-neuf jours ». Contre toute attente, la jeune journaliste boucle son aventure en 72 jours, 6 heures, 11 minutes et 14 secondes, établissant ainsi un record du monde avec un final digne des plus grands suspens.

En 1901, Le Matin annonce « Philéas Fogg battu » au terme d'un tour du globe réalisé en 63 jours. Près de trente ans après la parution du roman de Jules Verne, Le Matin et Le Journal s'étaient lancés dans une compétition médiatique : pendant trois mois, la France suit le feuilleton des récits de voyage de deux reporters,  Henri Turot pour Le Journal et Gaston Stiegler pour Le Matin. C'est finalement Stiegler  qui remporte la course fin juillet 1901.

Au début du XXe siècle, le record ne cesse d'être battu par des journalistes français ou américains : pour faire le tour du monde, il faut compter 50 jours en 1907 - grâce à l'achèvement du transsibérien ; il n'en faut plus que 39 en 1911, suite au voyage du journaliste Jagger-Schmidt, rédacteur au Excelsior ; en 1913, c'est un journaliste américain qui parvient à réaliser l'exploit d'un tour en 35 jours

En 1920, l'aviation réinvente la course. Le 13 juin, Le Petit Journal supplément du dimanche met le tour du monde à sa une, de Jules Verne à l'épreuve à venir organisée par l'Aéro-Club d'Amérique :

« Nous voilà loin de Philéas Fogg et de son fidèle Passepartout [...]. Ce sont les conquêtes du rail à travers le continent américain qui permirent à Jules Verne d'imaginer le record établi par son Philéas Fogg, d'un tour du monde en 80 jours. [...]

Et maintenant, voici l'aviation qui s'en mêle. À trois ou quatre mille kilomètres par jour, calculez ce que durera le voyage.»

 

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Michel Strogoff, le savant voyage de Jules Verne en Sibérie

« Cette fois ce n'est pas sous la mer, ce n'est pas dans les airs ni au centre de la terre que nous emmène M. Jules Verne. Nous sommes revenus sur la terre ferme, nous partons pour la Sibérie. » - Le Figaro, 20 août 1876.

 

La publication de Michel Strogoff est annoncée en feuilleton dans la revue Le Magasin d'éducation et de récréation de janvier 1876. Seizième voyage extraordinaire de Jules Verne, le roman tient le pavé de la littérature jeunesse dès sa sortie, selon Le Journal Officiel de la république française :

 

« le Michel Strogoff, de Jules Verne, vient en tête ; on en parle déjà dans toutes les cours de collège, car ce long récit animé et savant comme tous ceux du même auteur, renferme des éléments dramatiques d'un grand intérêt. Une invasion terrible menace la Russie, l'ennemi s'approche, les lignes télégraphiques sont coupées, et le tzar n'a d'autre moyen de transmettre ses ordres que d'envoyer un courrier fidèle rejoindre une ville libre parmi les contrées envahies. [...] C'est émouvant, dramatique et sincèrement écrit.  »

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