Écho de presse

Perdus au Pôle Nord : la désastreuse expédition Franklin

le 26/03/2021 par François Cau
le 23/04/2018 par François Cau - modifié le 26/03/2021
Dessin de George Back, matelot à bord du HMS Terror, l'un des deux navires disparus à la suite de l'expédition Franklin - source : WikiCommons

En 1845, les prestigieux vaisseaux HMS Erebus et HMS Terror quittent l’Angleterre en direction du Nord afin d’explorer l’Arctique. Ils ne reviendront jamais.

Au printemps 1845, tandis qu’ils s’apprêtent à naviguer en direction de l’océan arctique, les bombardes Erebus et Terror n’en sont pas à leur premier rodéo. Sous le commandement du capitaine de la Royal Navy James Clark Ross, les navires menèrent entre 1839 et 1843 la plus conséquente expédition en Antarctique sous l’égide du drapeau britannique, alignant les découvertes géographiques, zoologiques et botaniques.

Quelques jours après le retour triomphal au pays, Le Journal des débats politiques et littéraires en publiait un compte-rendu copieux.

Mais les deux vaisseaux, spécialement conçus pour traverser les étendues glacées, sont affrétés deux ans plus tard en vue d’un défi encore plus audacieux : parvenir à franchir le fameux passage du Nord-Ouest, « raccourci » géographique ardu entre l’océan Atlantique et l’océan Pacifique à travers l’Arctique, déjà tenté une bonne cinquantaine de fois jusqu’alors, toujours en vain.

À la tête de l’expédition, l’officier John Franklin, familier des vaisseaux pour leur être venu en aide cinq ans plus tôt, en 1840, durant son mandat de gouverneur de Tasmanie. 130 hommes quittent avec lui les côtes anglaises à bord des HMS Erebus et HMS Terror le 8 mai 1845. Les premières nouvelles de l’expédition, quelques mois plus tard, sont  absolument positives.

« On avait à bord des deux navires, où tout allait bien, le plus grand espoir d’arriver dans la mer Pacifique par le Nord-Ouest.

Le temps était favorable et tout présageait un heureux voyage, dont la durée de deux et demi, en cas d’insuccès, serait plus longue d’une année, si le passage tant désiré était enfin trouvé. »

Cinq mois plus tard, en octobre 1845, les dernières nouvelles de l’expédition, rapportées dans Le Constitutionnel, frôlent même le trivial.

« Vous ne pouvez vous figurer, dit une lettre datée de l’Erebus, combien nous sommes heureux ; nous rions depuis le matin jusqu’à la nuit ; nous sommes installés très confortablement, le travail ne manque pas, nous observons, chemin faisant, toutes sortes de choses, et nous mangeons de bons dîners par-dessus le marché. »

« Ce rire continu est une maladie qui ne prend guère les Anglais qu’à des latitudes très élevées », précise non sans ironie le rédacteur de la notule.

La suite du traitement journalistique prêtera toutefois moins à rire. Nul écho des deux vaisseaux n’atteint le continent européen passés les six premiers mois. Au bout de trois ans de silence, l’initiative personnelle de l’épouse du commandant Franklin est relayée dans Le Constitutionnel.

« Lady Franklin, femme du commandant des vaisseaux l’Erebus et le Terror, offre 2 000 livres sterling (50 000 fr.), et l’amirauté anglaise promet 100 livres et au-dessus aux baleiniers qui parviendraient à ramener en Angleterre sir John Franklin.

On sait que ce marin est parti en 1845 pour faire une exploration du pôle nord. »

Deux ans plus tard, malgré l’échec des premières expéditions de recherche, l’amirauté britannique persiste : elle pousse le montant de la récompense à 20 000 livres. L’affaire, devenue drame national, doit trouver une résolution, quelle qu’elle soit.

« Les bâtiments employés à cette mission sont rentrés, pour la plupart, en 1849. L’insuccès de leur voyage a causé, en Angleterre, une impression de désappointement qui approchait de l’humiliation. […]

L’émotion générale s’est manifestée si puissamment, que l’amirauté a dû faire les préparatifs d’une nouvelle expédition qui est partie dans les premiers mois de 1850. »

Dessins de diverses reliques des matelots de l'expédition Franklin parus dans l'Illustrated London News, 1854 - source : WikiCommons

Comme le décrit la suite de l’article, les recherches s’opèrent dans des conditions plus que contraignantes. Les récits de ces expéditions mêlent hostilité des éléments, difficultés causées par le climat et insalubrité au sein même de l’équipage, en proie à des résurgences de scorbut.

Tandis que les recherches restent au point mort, les rumeurs se répandent facilement au contact de la moindre piste, comme celle d’un massacre des survivants par des tribus inuits.

En 1856, l’explorateur John Rae semble lever les doutes sur le sort funeste de l’équipage. Il rapporte de son expédition, outre divers objets ayant appartenu au commandement, les propos d’un Inuit relatant que les ultimes survivants, descendus des vaisseaux sur la terre ferme et prisonnier de la glace, seraient par la suite morts de faim, de froid et de maladie. Les aventuriers lancés sur la piste confirmeront cette thèse.

« Il n’est plus possible d’avoir le moindre doute sur le sort de sir John Franklin et de ses compagnons d’expédition au pôle arctique.

M. James Green Stewart, trappeur de la Société de la baie d’Hudson, rend compte d’un voyage fait par lui et par M. Anderson, en vertu d’un marché passé avec le gouvernement anglais.

Ils ont atteint l’île de Montréal, dans l’océan arctique, par le 68e degré de latitude, désignée par les Esquimaux comme le tombeau de sir John Franklin. Ils confirment entièrement les détails déjà donnés par le docteur Rae.

Il est donc positif que cet intrépide explorateur y a péri en 1850, avec tous les équipages de l’Erebus et Terror. »

En 1859, la dernière mission diligentée par Lady Franklin sous la direction du capitaine McClintock retrace avec plus de précision encore l’issue funeste de l’expédition. Mais en dehors de ces témoignages et traces laissées derrière eux, les navires et la grande majorité de l’équipage sont toujours portés disparus. Ils le resteront longtemps.

Il faudra en effet attendre 2014 et 2016 pour que, respectivement, les épaves du HMS Erebus et du HMS Terror soient enfin retrouvées. Le sort des membres de l’équipage demeure néanmoins à ce jour incertain.

En 2007, le romancier américain Dan Simmons a tiré de ce fameux mystère historique l’un de ses romans horrifiques les plus impressionnants, Terreur, habile mélange de détails avérés et d’éléments fantastiques. Cette fiction a été adaptée en une série  télévisée particulièrement glaçante au début de l’année 2018.

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