Écho de presse

Histoire de l'incroyable chantier archéologique de Pompéi

le 03/05/2021 par Marina Bellot
le 23/08/2018 par Marina Bellot - modifié le 03/05/2021
Le forum de Pompéi, photo parue dans Le Figaro du 26 avril 1904 - source : RetroNews-BnF
Le forum de Pompéi, photo parue dans Le Figaro du 26 avril 1904 - source : RetroNews-BnF

Ensevelie par l'éruption du Vésuve en 79 après Jésus-Christ, la cité de Pompéi est tombée dans l'oubli pendant quinze siècles avant de faire l'objet de fouilles archéologiques aux méthodes novatrices à partir de 1860, qui ont peu à peu permis de retracer la vie quotidienne au commencement de l'ère chrétienne. 

24 août 79. Le Vésuve entre en éruption, déversant pendant deux jours des coulées de lave denses et brûlantes qui sèment la désolation sur leur passage. Une ville tout entière est ensevelie : Pompéi, riche cité romaine, semble figée pour l'éternité sous six mètres de fines particules de roches volcaniques. 

Tombée dans l'oubli pendant plusieurs siècles, Pompéi n’est « ressuscitée » qu’au XVIIIe siècle, lorsque des paysans, en poussant leur charrue, exhument de la terre des vestiges antiques. En 1710, les premières fouilles sont alors organisées, donnant à voir les traces presque intactes de la vie quotidienne des Romains. 

Très vite, toutefois, il apparaît que les corps ensevelis ont laissé la place à des cavités vides en état de décomposition. Il faut attendre la nomination à la tête du chantier de l'archéologue Giuseppe Fiorelli, en 1860, pour que les fouilles prennent une ampleur nouvelle. Fiorelli met en effet au point une ingénieuse méthode : il a l’idée d'injecter du plâtre dans ces cavités, de façon à restituer la forme des corps des disparus. Ces moulages saisissants donnent à voir l'attitude dans laquelle les habitants de Pompéi étaient lorsque la mort les a surpris.

En France, cet incroyable chantier archéologique est suivi de près par la presse. En 1863, Le Petit Journal se fait ainsi l’écho d’une « découverte très intéressante » :

«​ Dernièrement, pendant qu'on creusait, à la profondeur de 10 palmes, la pioche s'est heurtée contre un petit monceau de monnaies et de bijoux. M. Fiorelli a fait continuer à fouiller avec le plus grand soin, en enlevant la terre presque solidifiée grain par grain. Après quelques heures de travail, on a découvert le moule intact, fait par la cendre, d'un homme couché par terre, dont la chair s'était desséchée, mais le squelette était entier. 

M. Fiorelli a eu l'heureuse idée de couler en plâtre la forme du Pompéien. Le moulage a parfaitement réussi, moins deux fragments du bras et de la jambe. [...]

L'homme moulé est d'une précision de formes extraordinaire : les moustaches, les cheveux, les plis de l'habillement, la chaussure sont d'un fini merveilleux. La fameuse question du Thesaurum de Gronovius et Grevius est vidée : les Romains avaient des caleçons ! Les archéologues pourront enfin être fixés sur la manière dont les anciens attachaient les sandales, en voyant un talon de chaussure complètement ferré. »

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En 1875, une nouvelle découverte est faite sur le chantier. Elle se révélera capitale : les archéologues retrouvent en effet les archives privées d’un habitant de Pompéi, témoignage inédit du quotidien d'un Romain de l'antiquité qui, comme le note Le Constitutionnel offre « toutes les chances d'augmenter beaucoup notre savoir sur la vie de chaque jour au commencement de l'ère chrétienne », ajoutant qu' aucune découverte aussi importante n'avait été faite depuis 1752.

Il faut alors procéder avec le plus grand soin pour ne pas abîmer ces précieuses tablettes de cire et leurs inscriptions, comme le raconte le quotidien français : 

« Non seulement les tablettes supérieures commençaient à se déjeter et à se fendre par l'effet de la chaleur qui était excessive (le thermomètre marquait 35 degrés), mais, dans la masse elle-même, on entendit un son aigu comme celui du charbon à demi allumé sur lequel on souffle, et ce son augmentait graduellement.

Pour éviter les effets de la chaleur, on mouilla des linges, dont on entoura les restes de la boîte et son contenu.

Mais alors vint la question : comment les emporter ? Essayer de soulever le tout hardiment, était évidemment impraticable car le moindre choc, la moindre pression sur un point quelconque menaçait de tout briser. [...]

M. Fiorelli pensa qu'il fallait enlever les tablettes, couche par couche, en faisant passer sous chacune d'elles une plaque d'étain égale en superficie à la tablette.  On procéda ainsi, et chaque couche fut déposée avec un plein succès entre des linges humides sur la couche précédente.

Le soleil se couchait après une brûlante journée quand on enleva la dernière couche ; on attacha des cordes au plateau sur lequel les tablettes avaient été posées, et douze hommes les portèrent sans secousse de Pompéi jusqu'à Naples, à 12 milles de là, et les déposèrent dans les salles voisines de la collection des papyrus du musée. »

Vingt ans après la prise en main des fouilles par Fiorelli, un tiers de Pompéi est exhumé. Tout juste revenu du chantier, un chroniqueur des Annales politiques et littéraires ne cache pas sa fascination pour ce travail aussi méticuleux que titanesque :

« Il peut sembler singulier de parler d'une ville morte comme faisant des progrès rapides, et pourtant tel est exactement le cas pour Pompéi. [...]

Les Italiens apportent véritablement à cette œuvre une ardeur digne d'éloges. Ils font voler la pioche quand ils s'attaquent à la tombe où gît Pompéi. J'ai vu récemment une escouade au travail sous la surveillance d'un inspecteur qui ne les quittait pas une minute, car il s'agit d'être sûr qu'ils n'empochent pas quelque trouvaille, pièce d'orfèvrerie, monnaie, objet d'art ou simple ustensile. [...]

Le chef de chantier, qui est toujours un homme expérimenté, commence par s'assurer si l'ex-Pompéiën a laissé dans les cendres plasiqués un moule de sa personne. Auquel cas il délaye immédiatement dans l'eau un gros sac de plâtre de Paris et, par un trou percé ans la croûte extérieure, il coule ce plâtre dans le moule. On attend alors que tout soit sec ; puis, avec quels soins, avec quelles précautions on procède à l'extraction du moulage !... Et voilà, que l'image apparaît, nous montrant le malheureux ou la malheureuse dans les dernières convulsions de sa terrible agonie, à la place même où elle est venue le surprendre en le jetant sur le sol, la face contre terre.

C'est presque toujours dans cette attitude qu'on retrouve les victimes de l'épouvantable catastrophe. »

Les campagnes de fouilles se succèderont tout au long du XIXe et du XXe siècle, permettant d'en apprendre toujours davantage sur le mode de vie de ces Pompéiens brutalement décimés.

Au mois d'août 2018, une nouvelle découverte a encore été faite : une riche demeure ornée de décors peints et agrémentée d’objets précieux, baptisée la « maison de Jupiter ».

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