Écho de presse

C'était à la une ! « Le premier récit de la disparision de Hiroshima »

le 05/10/2018 par RetroNews
le 05/10/2018 par RetroNews - modifié le 05/10/2018
Hiroshima, bombardement, bombe atomique
Le bombardement de Hiroshima dans Ce Soir, 8 août 1945 - Source RetroNews BnF

1945, Hiroshima est rasé par la première bombe atomique de l'histoire. Trois jours plus tard, le journal Ce soir livre le récit de la catastrophe par l'équipage chargé de lancer la bombe.

En partenariat avec « La Fabrique de l'Histoire » sur France Culture

Cette semaine : Ce Soir, 9 août 1945.

 

Texte lu par Elsa Dupuy
Réalisation Séverine Cassar
 

« LE PREMIER RÉCIT DE LA DISPARITION DE HIROSHIMA

Guam, 8 août. (De William Tyree, correspondant de guerre de l’ « United Presse). – La première bombe atomique lancée sur le Japon a atteint Hiroshima comme une foudre d’une puissance extraordinaire et la ville a disparu sous un nuage de fumée et de flammes bouillonnantes. Telle est l’impression des membres de l’équipage de la superforteresse qui avait été chargée de lancer cette bombe, à leur retour à leur base de Guam. Au moment de l’explosion, à 9h15 du matin, Hiroshima qui vaquait tranquillement à ses affaires sous un beau soleil matinal d’été, a brusquement disparu dans un geyser fantastique de fumée noire et mêlée de poussière à sa base et d’une blancheur de neige à son sommet, à quelque 12 000 mètres au-dessus du sol.

Le pilote de la superfortresse, le colonel Paul W. Tibbets, de Miami et le capitaine chef de bord William Parsons de Santa-Fé, expert militaire, ont rendu compte personnellement des résultats du raid au général Spaatz et au général Lemay.

« Nous n’avions rencontré aucune opposition de la part de l’ennemi, raconte le colonel Tibbets, la visibilité était excellente et nous avons lancé la bombe sans nous servir de nos instruments de bord, à 9h15 exactement. Le capitaine Parsons, le premier bombardier Thomas Ferebe et moi-même étions les seuls membres de l’équipage à savoir quel genre de bombe nous transportions ; les autres savaient seulement qu’il s’agissait d’une arme nouvelle. […]

Lorsque la bombe eut été lâchée nous savions que nous avions déchaîné l’enfer et, pendant la durée de la chute, j’ai manœuvré pour éloigner l’appareil le plus possible du centre de l’explosion.

Ensuite il est difficile de s’imaginer ce que nous avons vu : cet éclair aveuglant de l’explosion et cet effrayant geyser de fumée noire qui montait vers nous à une vitesse extraordinaire après avoir noyé toute la ville, dont nous pouvions distinguer quelques instants auparavant les rues et les grands immeubles. » […]

Tout cela s’est passé très vite, ajoute le colonel Tibbets. Nous avions senti la chaleur de l’explosion et le choc du souffle qui est venu battre l’appareil à deux reprises successives, à intervalle très rapproché. Il nous a semblé que de très grosses bombes explosaient à proximité immédiate de l’avion et je crois bien que tout l’équipage a murmuré : « mon Dieu ! » Mais personne n’a été blessé. […]

« Lorsque se produisit l’explosion, Hiroshima a semblé se soulever comme une montagne de fumée bouillonnante dans laquelle il était possible de distinguer des filets de poussière grise. Cette masse en ébullition s’est élevée à 6 000 mètres et le bouillonnement a continué pendant trois ou quatre minutes, puis une colonne de fumée blanche a percé le dôme de cette montagne et s’est élevée jusqu’à une douzaine de kilomètres du sol. À l’extrême périphérie de la ville, nous avons pu distinguer d’énormes incendies. »

Le capitaine Parsons ajoute que, malgré son ressentiment à l’égard des Japonais et sa certitude que le Japon a mérité son sort, il n’a pu s’empêcher d’éprouver, sur le moment, une violente émotion à la pensée de la destruction totale qui l’attend sous l’effet des bombes atomiques. »