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La catastrophe ferroviaire de Meudon

le par - modifié le 05/08/2020
le par - modifié le 05/08/2020

Le 8 mai 1842, un train en provenance de Versailles à destination de Paris déraille : l'accident fait 55 morts dont l’explorateur Jules Dumont. La première catastrophe ferroviaire en France.

L’accident

Le dimanche 8 mai 1842, au moment des grandes eaux à Versailles, de nombreux Parisiens sont venus en famille se promener dans le parc. Le train de 17h30 pour regagner Paris se retrouve donc bondé avec environ 770 passagers et cheminots. A l'entrée de Meudon, un des essieux de la petite locomotive de tête se brise, la locomotive déraille et vient s'enfoncer dans le talus de la tranchée. Les cinq voitures suivantes viennent alors chevaucher les locomotives. Les voitures en bois prennent feu et  les passagers se retrouvent prisonniers.

Quarante-trois personnes périssent dans l'accident et neuf mourront de leurs blessures les jours suivants. Il y a une centaine de blessés graves. La Presse du 10 mai 1842 parle de « consternation », d’« un événement affreux » et d’ « un accident terrible » tout en affirmant sa réserve et sa prudence pour ne pas alarmer des familles et céder au risque d’exagération. Le Siècle utilise les mêmes formules de précaution et insiste sur la disparition de Jules Dumont-d’Urville et attribue avec pertinence le nombre important des victimes à la fermeture des wagons et à la surcharge du train.

Le sacrifice horrible fait à l'industrie

8 mai 1842, Accident sur le chemin de fer de Versailles, Rive gauche - source : Gallica-BnF

Une importante campagne s'ensuit contre les chemins de fer alors naissants. L'accident par son ampleur et son horreur frappe l'opinion (la plupart des corps carbonisés ne sont pas identifiables, celui de Dumont d'Urville ne le sera que grâce à la forme de son crâne qu'avait relevé un phrénologiste bien avant l'accident). Alphonse de Lamartine à la Chambre des députés parlera de « la civilisation qui est aussi un champ de bataille pour la conquête et l'avancement de tous ». L'opinion publique réagira plutôt mal. Alfred de Vigny évoquera l'accident dans son livre La Maison du berger évoquant « le sacrifice horrible fait à l'industrie ».

Les suites de l’accident

En novembre 1842 un procès s'ouvre contre les administrateurs de la Compagnie. La Presse du 4 décembre 1842 reprend les arguments de l’accusation et de la défense et nous montre qu’en arrière-plan l’important débat dans l’opinion publique sur le progrès et ses effets. Le 11 décembre, La Presse, toujours, rapporte l’issue du jugement : les prévenus ne sont pas condamnés et l’accident ne leur est pas imputable. Les voyages d'agrément en direction de Versailles enregistrèrent un ralentissement : un manque à gagner de 200.000 francs pour la Compagnie de Versailles rive gauche et de 146.057 francs pour la Compagnie de Versailles rive droite. Dès lors l’Etat décide de légiférer. Une première loi du 11 juin 1842 prévoit dans l’article 9 « des règlements d’indemnisation publique détermineront les mesures nécessaires pour garantir la police, la sûreté, l'usage et la conservation des chemins de fer et leur dépendance ». Une deuxième loi du 11 juillet 1845 sur la police des chemins de fer et mise en pratique par une ordonnance de police de 1846 avec plus de 80 articles établit de nouvelles règles : plus de locomotives avec deux essieux, ni de voitures fermées de l'extérieur…

Quelques mois après la catastrophe en mémoire des victimes, une chapelle, dite Notre-Dame des Flammes, a été bâtie à proximité immédiate (sur l'actuelle rue Henri Savignac). Construite dans un style baroque funéraire par l'architecte François Marie Lemarie qui avait perdu un fils, une belle-sœur et un cousin dans la catastrophe, elle fut inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1938 mais rayée de la liste en 1959 et démolie peu après.

Bibliographie

François Caron, Histoire des chemins de fer en France, tome 1 : 1740-1883, Paris, Fayard, 1997.


Georges Ribeill, La Révolution Ferroviaire. La formation des compagnies de chemins de fer en France, 1823-1870, Paris, Belin, 1993.

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