Écho de presse

Toussaint Louverture, le révolté d'Haïti

le 18/05/2021 par Pierre Ancery
le 15/12/2017 par Pierre Ancery - modifié le 18/05/2021
Toussaint Louverture, estampe, 1798-1799 - source Gallica BnF

Né esclave à Saint-Domingue, Toussaint Louverture (1743-1803) fut le chef de la Révolution haïtienne. Il reste une immense figure de l'anticolonialisme et de l'émancipation des Noirs.

Le destin de François-Dominique Toussaint Louverture, parfois surnommé le « Napoléon noir », est hors-norme. Méconnu d'une grande part du public, celui qui fut une des figures de la Révolution française est aussi et surtout le grand héros de l'indépendance d'Haïti.

 

Né esclave vers 1743 à Saint-Domingue (ancien nom d'Haïti) dans une plantation coloniale près du Cap-Français (aujourd'hui Cap-Haïtien), Toussaint reçoit de son maître une instruction et devient cocher. Il est affranchi à 33 ans. Acquérant une plantation, il jouit d'une certaine réussite matérielle.

 

En 1791, il fait partie des meneurs de la révolte des esclaves noirs de Saint-Domingue contre les planteurs et colons français, choisissant le camp des Espagnols, qui combattent la France. Sa bravoure face à l'ennemi lui vaut alors le nom de « Louverture ».

 

Le 29 août 1793, dans une célèbre déclaration, Toussaint se présente comme le leader de la révolution :

 

« J'ai entrepris la vengeance de ma race. Je veux que la liberté et l'égalité règnent à Saint-Domingue. Unissez-vous, frères, et combattez avec moi pour la même cause. Déracinez avec moi l'arbre de l'esclavage. »

 

Brillant stratège, Toussaint change de camp et rallie la jeune République française en 1794, lorsque celle-ci abolit l'esclavage dans les colonies antillaises. Il aide les troupes françaises à chasser de l'île les Espagnols et leurs alliés anglais, ce qui lui vaut d'être nommé général de brigade et gouverneur de Saint-Domingue.

 

Son nom commence à être connu en France. Sa plume apparaît dans la presse dès 1796, par exemple lorsqu'il raconte dans La Gazette nationale une tentative séditieuse contre le pouvoir français à Saint-Domingue :

 

« L'attentat le plus horrible et le complot le plus infâme viennent d’éclater dans la ville du Cap ; la souveraineté nationale est outragée [...] ; le coup le plus funeste est porté aux principes de la convention nationale, à la liberté et à l'égalité ; et si le projet des factieux eût eu le plein succès qu'ils en attendaient, c'en était fait de la race blanche européenne dans cette partie de la République [...] ; et l’esclavage allait succéder à la liberté ; mais l'Être-Suprême, qui veille sans cesse sur les bons, n'a pas permis que le crime fût consommé ; il a voulu me conserver en me faisant éviter leurs pièges ; actuellement je m'occupe à mettre en usage tous les moyens qui me sont confiés, et à assurer à la France, au péril de ma vie, les restes précieux de cette colonie. »

 

Ou lorsqu'il s'adresse au ministre de la Marine et des Colonies, en 1797, dans une lettre reproduite par le même journal où il proclame sa fidélité à la République :

 

« Citoyen […],

 

Je travaille jour et nuit à la prospérité de la colonie […].

 

Je ne crains pas le calomniateur, parce que j'ai des œuvres à opposer à ses calomnies ; je fais mon devoir par amour, bon accueil à tout le monde, je hais le vice, je chéris la vertu ; et si j'ai le bonheur de quelquefois réussir au milieu de mes fatigues et de mes marches militaires, je l'attribue non à moi-même, mais à Dieu, qui est le principal mobile de toutes les actions des hommes. »

 

Il devient cependant maître de l'île, se débarrassant habilement de Lavaux et de Sonthonax, les deux émissaires de la France, chassant les Britanniques qui occupent encore l'ouest d'Haïti et menant une guerre implacable contre les « mulâtres » du sud.

 

Pour relancer l'économie, il oblige les anciens esclaves à travailler comme salariés sur les plantations des colons, et parvient peu à peu à faire d'Haïti un pays pratiquement indépendant. En 1801, il se désigne gouverneur à vie et, sans demander l'avis de Paris, proclame une constitution autonomiste et autocratique. Ce dont il avertit Napoléon la même année, par lettre :

 

« Citoyen consul,

 

Le ministre de la Marine [...] a dû vous soumettre ma proclamation du 16 pluviôse dernier, portant convocation d’une assemblée centrale, qui pût, dans un moment où la réunion de la partie espagnole à la partie française venant de s’opérer, ne formait plus de Saint-Domingue qu’un seul et même pays soumis au même gouvernement, fixer ses destinées par des lois sages, calquées sur les localités et les mœurs de ses habitants.

 

J’ai aujourd’hui la satisfaction de vous annoncer que la dernière main vient d'être portée à cet ouvrage, et qu'il en est résulté une constitution qui promet le bonheur aux habitants de cette colonie, si longtemps infortunés, je m'empresse de vous l'adresser pour avoir votre approbation et la sanction de mon gouvernement [...].

 

Salut et profond respect,

TOUSSAINT LOUVERTURE »

 

Mais le Premier consul Bonaparte ne l'entend pas de cette oreille. Il envoie en 1802 un corps expéditionnaire de 25 000 hommes pour reconquérir l'île et rétablit l'esclavage. Toussaint Louverture est battu, puis arrêté. Il est déporté en France au fort de Joux, près de Pontarlier dans le Jura. Il meurt en prison le 7 avril 1803, peut-être par empoisonnement.

 

Le 1er janvier 1804, son ancien lieutenant Dessalines proclamera l'indépendance de l'île après en avoir chassé les Français.

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