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Le « Coup d'Agadir » en 1911

le par - modifié le 05/08/2020
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L’envoi de troupes françaises au Maroc afin de soutenir le sultan Moulay Abd al-Hafid est considéré par l’Allemagne comme une provocation. Le 1er juillet 1911, un navire de guerre allemand mouille dans la baie d’Agadir, et entend mettre un frein à l’expansion des intérêts français au Maroc.

 

Une situation marocaine tendue

Le Maroc, un des derniers pays non colonisés d’Afrique au début du XXe siècle, suscite la convoitise des puissances coloniales et cristallise les rivalités entre la France et l’Allemagne.
 
Guillaume II n’accepte pas que l’Entente cordiale, signée en 1904, accorde à Paris le droit d’envisager un protectorat sur le sultanat du Maroc. Afin d’assurer son soutien au sultan Abd al-Aziz, Guillaume II s’est rendu à Tanger en 1905. Depuis lors la question marocaine suscite craintes et débats dans toutes les chancelleries européennes. Depuis 1906, suite à la conférence d’Algésiras, les Français se sont imposés au Maroc, notamment grâce au général Lyautey.
 
En 1911, le sultan Moulay Hafid fait face à de nombreux soulèvements populaires et doit demander l’aide de la France. Le 21 mai 1911, le général Moinier pénètre « sans coup férir dans la ville [de Fez] , où tous les Européens sont saufs ». Cette intervention, si elle apporte un soutien vital pour le sultan Moulay Hafid, permet de sauvegarder les intérêts des Européens installés à Fez et démontre, une nouvelle fois la volonté des autorités françaises de s’imposer au Maroc.
Illustration tirée du Rire, 26 août 1911 - source : RetroNews-BnF

Le coup d’Agadir

Afin de défendre les intérêts des entreprises allemandes, l’Allemagne envoie le 1er juillet 1911 une canonnière, le SMS Panther, dans la baie d’Agadir. Le « petit bâtiment de guerre » et d’autres navires se relaieront durant plusieurs semaines.
 
L’opinion publique, réceptive aux thèses nationalistes de Charles Maurras par exemple,  se déchaîne aussitôt contre l’Allemagne, ce qui s’exprime notamment par des chansons, comme celle de Jean Villar, Agadir. Les diplomates et l’état-major se montrent prêts à l’affrontement, détermination relayée par une grande partie de la presse mais quelques titres relativisent la détermination du Kaiser.
 
Les journaux étrangers s’intéressent également aux affaires marocaines, comme les titres italiens qui dénoncent les visées allemandes sur les terres marocaines. Suite à l’envoi de navires de guerre allemands devant Agadir, le Royaume-Uni se déclare en faveur de la France. Fort de ce soutien, Paris manifeste la plus grande fermeté et n’exclut pas une réponse militaire.
Illustration tirée du Rire, 12 août 1911 - source : RetroNews-BnF

Le traité franco-allemand du 4 novembre 1911

Le président du Conseil, Joseph Caillaux, résiste aux pressions, convaincu qu’une guerre mènerait l’Europe à la ruine. Son gouvernement préfère négocier. Aux termes des négociations, l’Allemagne renonce à être présente au Maroc en échange de terres en Afrique équatoriale, au Gabon, au Moyen-Congo et en Oubangui-Chari au profit du Cameroun allemand.
 
Un traité franco-allemand est signé le 4 novembre 1911 à Berlin laissant les mains libres à la France au Maroc. Les bâtiments allemands quittent la baie d’Agadir le 28 novembre 1911, décision mal comprise par une part de la presse allemande et par la droite nationaliste, qui ne comprend pas le « sens de ce geste pacifique ».
 
Qualifiant la décision allemande de « sage », Jean Jaurès se félicite de la reprise des discussions mais  conseille à tous « les prolétaires […] de s’unir et de s’entendre pour faire échec aux tendances mauvaises ».
 
Le traité de Fès (mars 1912) permet à la France d’imposer son protectorat sur le Maroc et d’assumer la protection de tous les étrangers. Le général Lyautey devient résident général. Cette crise permet également d’éprouver l’alliance franco-britannique et accentue l’hostilité de l’Allemagne envers le Royaume-Uni.
Illustration tirée du Rire, 12 août 1911 - source : RetroNews-BnF

Moulay Abdelhafid (1876-1937)

Khalifa de Marrakech, Moulay Abdelhafid est opposé aux accords d’Algésiras et obtient la destitution de son frère, le sultan Moulay Abdelaziz. Proclamé sultan en 1907, il est investi à Fès en 1908. À partir de 1911, son pouvoir est de plus en plus contesté au point de se trouver assiégé à Fès, l’obligeant à solliciter l’aide française. En 1912, il abdique en faveur de son demi-frère Moulay Youssef. Après son abdication, il prend le chemin de l’exil et meurt à Enghein-les-Bains en 1937.

Moulay Hafid, portrait à Marseille, 1912, Agence Rol - source : Gallica-BnF