Écho de presse

1931 : Pétain acclamé par la foule à Broadway

le 08/08/2021 par Pierre Ancery
le 21/08/2017 par Pierre Ancery - modifié le 08/08/2021
De g. à dr. : Pétain, Pierre Laval, le général Pershing ; L'Intransigeant du 31 octobre 1931 - source : RetroNews BnF

En octobre 1931, le maréchal Pétain et Pierre Laval se rendent aux États-Unis pour une visite triomphale. Les futurs dirigeants de Vichy reçoivent l'hommage appuyé de la ville de New York.

26 octobre 1931. La ville de New York reçoit un Français prestigieux : Philippe Pétain, maréchal de France, en visite aux États-Unis avec le président du Conseil Pierre Laval. En compagnie du général américain John Pershing, commandant de la force expéditionnaire en Europe en 1917, le vainqueur de Verdun va remonter Broadway acclamé par la foule, sous une pluie de confettis, avant d'être reçu pour un hommage solennel à la mairie.

 

Le Matin raconte :

 

"La ville de New-York a offert aujourd'hui au maréchal Pétain une réception officielle à l'hôtel de ville. Le cortège des automobiles a remonté Broadway, aux acclamations de milliers de spectateurs massés sur le parcours. Des compagnies du 16e régiment d'infanterie, deux compagnies de marine, un contingent de la légion américaine et trois fanfares rendaient les honneurs et précédaient le défilé, ainsi que 300 policiers à pied et 200 policiers montés. Une salve de 19 coups a salué l'arrivée du cortège. Le maire, M. Walker, a souhaité la bienvenue, puis il a prononcé un discours où il a fait l'éloge du maréchal. Le maréchal Pétain a remercié le maire de sa réception.

Afin de maintenir la lumière de la liberté éclairant votre port, vous devez tenir haut la torche de la civilisation, a-t-il dit."

Le 30 octobre, Le Temps reproduit son discours. Pétain y rappelle un épisode de l'histoire franco-américaine, l'arrivée des troupes françaises à Newport en 1780 pour y soutenir la jeune nation américaine, qu'il rapproche du soutien des États-Unis à la France en 1917.

 

"Au concours que les Français ont apporté à cette époque, l’Amérique a répondu en 1917 par une levée en masse. Si l’accueil que vous me faites aujourd'hui montra que vous n’oubliez pas notre aide d’antan, laissez-moi vous dire que, chez nous aussi, toutes les familles gardent dans leur mémoire et apprendront à leurs enfants la page d’histoire écrite par vous sur nos champs de bataille. Après les maréchaux Joffre et Foch, je suis venu ici vous donner une nouvelle assurance de notre gratitude."

Pétain est à cette époque inspecteur général de la Défense aérienne du territoire français. Le même soir, Pierre Laval, alors président du Conseil, rend hommage aux Américains, comme le rapporte L'Ouest-Eclair du 28 octobre :

 

"La coopération de nos deux pays est ainsi rendue plus étroite parce que nos deux gouvernements auront une compréhension plus nette de leurs intérêts respectifs et de leurs devoirs communs […]. Je tiens à vous dire maintenant ma satisfaction. En continuant ici la politique de collaboration internationale dont la visite que j'ai faite à Berlin avec M. Briand a marqué une importante étape, j'ai conscience, sans jamais sacrifier les intérêts essentiels de la France, de servir la cause de la paix."

Laval vient alors de mener une tournée triomphale aux États-Unis, au cours de laquelle il a rencontré le président Hoover et les isolationnistes. Il sera nommé "Homme de l'année" par le Time Magazine, devenant ainsi le seul Français à ce jour, avec le général De Gaulle, à avoir reçu ce titre.

 

On surnomme parfois Broadway le "Canyon des héros" : depuis l'inauguration de la Statue de la Liberté en 1886, plus de deux cent défilés y sont passés. Pétain eut droit à une plaque à son nom sur la célèbre avenue de Manhattan. Suite aux événements de Charlottesville, le maire actuel de New York, Bill de Blasio, a toutefois annoncé que serait retirée "la plaque commémorative pour le collaborateur nazi Philippe Pétain".