Écho de presse

Nouvel an 1939, quand Aragon souhaitait « la paix au monde »

le 23/04/2022 par Marina Bellot
le 28/12/2017 par Marina Bellot - modifié le 23/04/2022
Illustration : Ce Soir du 31 décembre 1938 - Source : RetroNews BnF

Alors que la menace de la guerre est dans tous les esprits, l'écrivain communiste Louis Aragon revient sur l'année écoulée et appelle à une paix engagée et combative.

Fin de l’année 1938. Alors que les Français s’apprêtent à fêter le nouvel an, la question qui taraude les esprits est celle de la guerre qui couve. 

Plus que jamais, l’Europe est en proie aux violences. En Espagne, où la guerre civile fait rage depuis 1936, les nationalistes gagnent du terrain face aux républicains. Le 31 décembre, un raid d'avions italiens a fait parmi les civils à Barcelone 40 morts et 110 blessés - « Un épouvantable massacre de femmes et d'enfants », titre le quotidien communiste fondé en 1937 par Louis Aragon, Ce Soir

En Allemagne, cinq ans après son arrivée au pouvoir, Adolf Hitler intensifie sa politique de persécution envers les juifs et poursuit ses objectifs pangermanistes. Le 13 mars 1938, le Führer a annexé l’Autriche puis poursuivi sur sa lancée dans la région des Sudètes.

Dans Ce Soir, Louis Aragon adresse ses vœux à la France et au monde dans un texte engagé et combatif

L'écrivain dénonce en particulier ce qui constitue à ses yeux la pire ignominie de l'année 1938 : les accords de Munich, par lesquels l’Allemagne, la France, et l’Italie ont livré aux nazis la Tchécoslovaquie. 

Face à cette trahison, l’écrivain en appelle à une réaction populaire : 

« Français, innocents, trompés, trahis, impuissants et honteux.

Et je le dis avec toute la force des millions d'hommes qui pensent comme moi parce qu'ils sont les fils du pays de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, parce qu'ils sont les fils du pays qui fit Chartres et vainquit à Valmy, je le dis solennellement : il n'y aura pas de paix digne de ce nom qui laisse subsister au cœur sanglant de l'Europe ce déni de justice et cette indignité.

Je souhaite la Paix qui anéantisse jusque dans ses fondements le souvenir même de Munich. »

Aragon fustige ceux qui font le jeu du fascisme, en appelle aux principes de la Révolution française et se prononce envers et contre tout pour la défense des idéaux français :

« M. Léon Daudet souhaite de voir dans cette année l'effondrement de la démocratie française, des principes de 89 et de tout le bataclan.
Il parle en ceci le langage exact de MM. Hitler et Mussolini.

Je souhaite, pour mon compte, que 1939 déclare la paix au monde, pour reprendre l'expression de Victor Hugo. La Paix n'est pas la guerre civile que nos hypocrites sont prêts à faire aux Français avec le concours de M. Daudet. 

La Paix n'est pas la mutilation de la France.

La Paix n'est pas l'asservissement des Français aux marchands de guerre et aux idéologies racistes. 

La Paix, je la souhaite au monde entier. [...]

Et si rétablir la Paix, de même qu'aux jours de Napoléon, la Liberté dans le monde, exige de résister les armes à la main à ceux qui les armes à la main exigent qu'on agenouille, et courbe plus encore la France humiliée, à qui donc parmi nous cela ferait-il peur ?

Je ne souhaite pas la guerre. Je souhaite la Paix. Mais je dis aux seigneurs de la guerre, qu'ils portent la hache du licteur ou celle du bourreau, qu'ils s'habillent de noir ou de brun, que les Français regardent avec tranquillité 1939 et que, malgré les braillards s'il le faut, ils sauront défendre leur patrie, ils ne reculeront pas devant l'ouvrage. »

Et c'est à un autre ardent défenseur de la paix, « en qui s'incarne la plus haute et la plus pure pensée française », qu'Aragon donne la parole pour conclure l'année 1938 : l'écrivain Romain Rolland, prix Nobel de littérature 1915.

« 1938 est pour la France une année de deuil. Elle a trahi ses amitiés internationales, livré la Tchécoslovaquie, abandonné l'Espagne. Un sentiment de honte et de remords pèse sur notre démocratie. [...]
Songeons aux veuves et aux enfants
 !
Secourons les pauvres, les blessés et les prisonniers
 !
Nous savons tous que, sur la terre d'Espagne, c'est la France qu'ils ont défendue. Attestons-le
 ! »

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Louis Aragon s'engagera dans la Résistance en créant avec Elsa Triolet le Comité national des écrivains pour la zone sud et le journal La Drôme en armes. Il s'engage aussi par ses poèmes comme Les Yeux d'Elsa (1942) ou encore La Rose et le Réséda (1944). 

En 1939, Romain Rolland présidera le Comité mondial contre la guerre et le fascisme et poursuivra son travail littéraire jusqu'à sa mort, en 1944. 

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