Écho de presse

C'était à la une ! L'appel aux dons pour les gueules cassées

le 14/11/2018 par RetroNews
le 05/11/2018 par RetroNews - modifié le 14/11/2018
« une image historique de la France meurtrie » - Source Gallica BnF

En partenariat avec « La Fabrique de l'Histoire » sur France Culture

Cette semaine : Le Figaro, 30 octobre 1921

Texte lu par Hélène Lausseur

Réalisation Séverine Cassar

 

« LES MUTILÉS DE LA FACE

 

Nous étions, la comtesse de Bonvouloir et moi, confortablement assis dans un salon où tout est réuni pour le bien-être et pour la joie des yeux, où tout respire une élégante quiétude et le plaisir de vivre intelligemment.

Une femme de chambre entra portant dans ses mains un grand album recouvert de velours noir, qui pouvait être un de ces futiles passe-temps de grande dame collectionneuse de dessins, d’autographes ou de souvenirs de voyages.

« Vous allez voir ! » me dit madame de Bonvouloir. C’était un album de photographies.

Mais quelles photographies ! Des faces de soldats de la grande guerre, défigurées, déchiquetées, broyées par les éclats d’obus ; des faces informes qui n’ont plus rien d’humain ; lambeaux sanguinolents, des trous béants au fond desquels ne subsiste plus, à la place des maxillaires, du menton, du nez, des joues, qu’une bouillie de chairs tuméfiées et déchirées.

Et à côté, les mêmes faces de cauchemar, miraculeusement reconstituées, ressoudées, littéralement recréées par l’admirable méthode appliquée par le regretté docteur Morestin au traitement des blessures de la face.

Effrayant et admirable album, à la fois témoignage étonnement suggestif de ce que peuvent la science et la bonté humaines !

Mais combien petit cet album ! Il n’y a là qu’une quinzaine de visages et, bien qu’on en ait soigné davantage dans les centre maxillo-faciaux de l’arrière, pendant la guerre, et ensuite à l’hôpital spécial de la rue Edmond-Valentin, on aura une idée de l’œuvre qu’il reste à accomplir en songeant qu’il y a en France de 8 à 10 000 blessés de la face.

Qu’é-t-on fait ? Que fait-on pour eux ?

N’est-ce pas une inexplicable anomalie que, contrairement à ce qui se passe en Angleterre, en Italie, en Belgique, l’État n’ait pas pris à cœur de secourir les plus infortunés, les plus pitoyables peut-être de ceux de ses enfants qui ont si longtemps combattu et souffert pour lui ?

Quels blessés pourraient cependant, davantage que ceux-là, exciter sa pitié et retenir son attention ?

Pendant la guerre on les admirait, on les plaignait, on les honorait à la mesure de leur héroïsme et de leurs sacrifices.

Aujourd’hui, ils sont tous dispersés, isolés, presque abandonnés.

Par une cruelle ironie, leurs blessures même deviennent pour eux un obstacle à toute activité sociale : ils ont peine à trouver du travail, à fonder un foyer ; ils peuvent à peine s’exprimer et s’alimenter. Ces héros sont, vivants, séparés du reste du monde.

Il fallait donc bien que l’initiative privée suppléât l’État défaillant.

Il y a un an était fondée l’œuvre de l’Assistance médicale aux mutilés de la face, sous le haut patronage de M. Millerand, Président de la République ; de M. Maginot, du général Pau et de la maréchale Foch, et sous la présidence d’honneur des maréchaux Foch et Pétain.

Cette œuvre, dont la comtesse de Bonvouloir est la vice-présidente, avait pour but de continuer le traitement à tous les mutilés de la face.

Un hôpital fut créé, 3, rue Edmond-Valentin, où de véritables miracles furent accomplis par un chirurgien, ancien chef d’une équipe maxillo-faciale de la 1er armée, au moyen d’appareils fort ingénieux et de greffes ostéo-périostiques et cartilagineuses.

Malheureusement, ces appareils sont fort coûteux […]. C’est pourquoi le Comité se propose de donner cet hiver – la première aura lieu le 18 octobre – des fêtes de bienfaisance auxquelles tout le monde voudra apporter sa contribution et son obole.

C’est pourquoi le même Comité adresse un pressant appel à toutes les âmes charitables qu’émeut l’horrible abandon, l’effroyable isolement où sont laissés tant de héros à jamais frappés.

Il suffit de signaler cette infortune et cette injustice pour que le cœur charitable de Paris se tourne ardemment vers elles.

On peut adresser tous les dons et les moindres offrandes au trésorier de l’œuvre, M. Caudrilier, à la Banque de Paris et des Pays-Bas, 3, rue d’Antin.

Ch. Tardieu. »

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