Écho de presse

La création du « Chant des Partisans », hymne de la Résistance

le 31/10/2021 par Priscille Lamure
le 04/12/2018 par Priscille Lamure - modifié le 31/10/2021
Couverture des partitions du « Chant des partisans », composé par Anna Marly et écrit par Joseph Kessel et Maurice Druon - source : Musée SACEM-Domaine Public
Couverture des partitions du « Chant des partisans », composé par Anna Marly et écrit par Joseph Kessel et Maurice Druon - source : Musée SACEM-Domaine Public

En 1943, tandis que De Gaulle organise les forces de Résistance depuis la capitale britannique, le célèbre « Chant des Partisans » naît des accords d’Anna Marly et des plumes de Joseph Kessel et Maurice Druon.

« Le chant monocorde, au rythme lent et martelé, c’est l’histoire de la résistance française, pleine de sang, de larmes, de haine et d’amour.

Nous l’avons entendu pendant les jours douloureux où, l’oreille collée au poste de T.S.F., nous attendions chaque soir un peu de vérité lointaine ; nous l’avons chanté en pleurant de joie dans Paris libre, exorcisé ; il sera pour nos enfants le témoignage pathétique d’une époque où la France ressuscitée a, une fois de plus, étonné le monde. »

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Voici ce qu’écrit en 1945 un rédacteur du journal communiste Regards à propos du Chant des Partisans (ou Chant de la libération), un air composé deux ans plus tôt et devenu entre-temps l’antienne des résistants français dans leur action contre l’occupant nazi.

En effet, c’est le 30 mai 1943 que la BBC diffuse pour la première fois sur les ondes la célèbre chanson en guise de générique à « Honneur et Patrie », l’émission quotidienne de Radio-Londres « adressée à la France libre » et  dans laquelle le général de Gaulle intervient régulièrement. Le Chant des Partisans devient dès lors un cri de ralliement, un appel à la lutte et à l’espoir destiné à tous les franc-tireurs du maquis français.

C’est toutefois une artiste d’origine russe, Anna Marly, qui compose, après une année d’occupation, cette chanson inspirée d’une mélodie populaire slave et accompagnée de paroles en langue russe. Arrivée en France au début des années 1920, Anna Betulinsky (qui prendra plus tard le nom d’Anna Marly) poursuit depuis une carrière de chanteuse en jouant notamment dans les cabarets parisiens.

La chanteuse Anna Marly photographiée par Robert Doisneau dans Regards, 1945.

Après la débâcle de 1940, elle se voit contrainte de s’exiler en Espagne, puis au Portugal, avant de rejoindre l’Angleterre toujours en guerre et la ville de  Londres en 1941, où elle s’engage en tant que cantinière volontaire dans les Forces françaises libres (FFL).

Elle organise également des représentations au théâtre des armées et chante pour la célèbre émission « Les Français parlent aux Français » diffusée sur la BBC. C’est à cette époque qu’elle compose, sur sa guitare et dans sa langue natale, une chanson qu’elle appelle dans un premier temps « La Marche des partisans ».

Au même moment, l’écrivain et grand reporter Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon viennent également de rejoindre Londres ; par devoir politique, tous deux sont venus rejoindre la Résistance auprès des Forces françaises libres. À l’orée des années 1940, Kessel est un auteur extrêmement réputé : son nom apparaît dans de nombreux ouvrages ainsi que dans tous les grands titres de presse à la suite de reportages sidérants aux quatre coins du globe. Le jeune Maurice Druon, homme de lettres également, a quant à lui déjà présenté plusieurs pièces de théâtre à travers l’Europe et se retrouve dès lors, à Londres, attaché au programme « Honneur et Patrie » de la BBC.

Après avoir découvert la chanson écrite par Anna Marly, Kessel et Druon se proposent de la traduire, la reformulant largement au passage, afin de l’utiliser pour le générique de l’émission sur la BBC. Le premier couplet du Chant est depuis bien connu :

« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines,

Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne,

Ohé ! partisans, ouvriers et paysans, c'est l'alarme !

Ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes… »

Immédiatement, leur participation propulse Anna Marly sur le devant de la scène :

« Quand elle eut composé la mélodie du Chant des Partisans, les Français l’adoptèrent, enthousiasmés.

Kessel et Maurice Druon y adaptèrent des paroles et à travers toute l’Angleterre, Anna Marly alla chanter devant les soldats, en français et en anglais, ce chant terrible et magnifique. »

En effet, dès sa première diffusion à l’antenne, le Chant des Partisans, douloureux et lancinant appel à la rébellion du peuple, frappe considérablement les esprits. Il devient un hymne emblématique d’une époque, d’un mouvement : celui des nombreuses branches de la Résistance, de Londres jusqu’à la France divisée.

Comme le souligne le poète français Jean Tortel dans Les Cahiers du Sud à la suite de la Libération, en 1945, la musique de Marly et les paroles de Kessel et Druon forment un air étrange, à la fois puissant, triste, sobre mais surtout, immédiat :

« Notre admirable Chant des Partisans est simple, direct, de trop délicats le diraient fruste : quelle beauté s’organise en ses syllabes soutenues par la mélopée monotone ! »

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le Chant des Partisans, désormais symbole des luttes politiques et de leurs revendications, commencera à être entonné dans de plus en plus de manifestations de gauche et de rassemblements civiques.

Détourné de son objet originel, désormais fossile d’un lointain moment de bravoure, il se verra bientôt interprété par des intermédiaires aussi divers que les chœurs de l’Armée rouge, Joséphine Baker, Johnny Hallyday ou encore le groupe Zebda.

Depuis 2006, le manuscrit original des paroles de la chanson, rédigé de la main de Kessel et Druon, est classé Monument historique en tant qu’objet de mémoire. Il est conservé au musée de la Légion d’honneur.

Pour en savoir plus :

Pierre Seghers, « Le Chant des partisans », in: Icare, revue de l'aviation française «  Aviateurs et résistants, tome I », 1992

Hugh Verity, Nous atterrissions de nuit, France Empire, 1982

Entretien avec Nathalie Nambot au sujet de Ami, entends-tu, paru dans le quotidien du FIDMarseille, 12 juillet 2010