Écho de presse

1842 : Comment Hong Kong devint britannique

le 25/09/2019 par Pierre Ancery
le 06/09/2019 par Pierre Ancery - modifié le 25/09/2019
Le Nemesis, navire britannique, en train de détruire des jonques chinoises le 7 mai 1841, peinture d'Edward Duncan, 1843 - source : Gallica-BnF
Le Nemesis, navire britannique, en train de détruire des jonques chinoises le 7 mai 1841, peinture d'Edward Duncan, 1843 - source : Gallica-BnF

La cession de l'île de Hong Kong par la Chine résulte de sa défaite face aux Anglais lors de la première guerre de l'Opium (1839-1842), conclue par le traité de Nankin. À la suite de celui-ci, Hong Kong restera britannique pendant 155 ans.

Présents en Chine impériale depuis le XVIIe siècle, les Britanniques n'avaient pourtant jamais pu y obtenir des conditions de commerce satisfaisantes. Un seul port était alors ouvert aux Occidentaux, Canton, et le Cohong, puissante association de firmes chinoises, avait le monopole du commerce avec les étrangers sur toutes les précieuses denrées de l'Empire céleste : porcelaine, laque, soie – et le thé, dont sont si friands les Anglais.

Mais la Chine était alors un pays fermé : toutes leurs plaintes et requêtes ayant échoué, les grandes maisons anglo-saxonnes, afin de rétablir leur balance commerciale, commencèrent à y importer illégalement de grandes quantités d'opium (produit en Inde) : les ventes passèrent de 100 tonnes en 1800 à 2 600 tonnes en 1838.

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La contrebande a lieu avec la coopération de mandarins corrompus. Peu à peu, la consommation d'opium fait des ravages dans le pays. Dans certains services civils et militaires, la proportion de fumeurs atteint les 90%. Le fléau est toutefois combattu par les autorités chinoises, comme s'en fait l'écho la presse française des années 1830 :

« En Chine, des peines très fortes sont attachées au délit consistant à fumer l’opium. Si un officier du gouvernement fume de l'opium, il sera renvoyé du service. Il portera le collier deux mois et il recevra cent coups ; les soldats et les hommes du peuple cent coups ; ils porteront le collier un mois [...].

Voici comment l’empereur formule ses arrêts : “Le scélérat Kwo-Sping a osé entretenir des relations avec les étrangers, sur les passages importants de la frontière maritime. Il a ouvert une boutique et débité de l’opium, engageant le peuple à en acheter et à le fumer. Il a fait ce commerce 5 ans. J’ordonne qu’il soit étranglé sur-le-champ.” »

En décembre 1838, Lin Zexu est nommé par l’empereur commissaire impérial du Guangdong : il mène une politique vigoureuse destinée à faire cesser le trafic clandestin organisé par les Britanniques.

Il confisque et détruit les stocks d'opium de Canton, fait fouiller tous les navires étrangers pénétrant dans les eaux chinoises et adresse à la reine Victoria un message personnel lui demandant de faire arrêter ce commerce. Le 21 août 1839, la revue Le Commerce, revenant longuement sur l'affaire, publie un message adressé par Lin Zexu aux Britanniques :

« Que les étrangers s’interrogent eux-mêmes et se demandent s'il est entre le ciel et la terre un pays où ils puissent trouver un marché plus avantageux [...].

Que nos ports vous soient une fois fermés, que deviendront vos bénéfices ? Que dis-je ! notre thé et notre rhubarbe, ces choses dont si vous manquiez, vous autres étrangers, vous seriez privés des moyens de préserver votre vie ; eh bien ! nous vous les livrons sans mélange et sans altération, année par année, pour les transporter au-delà des mers.

Non ! jamais faveurs n’ont été plus grandes ! Mais vous, vous montrez-vous reconnaissants de ces faveurs ? Avez-vous observé nos lois ? Et en cherchant vote profit, avez-vous respecté la vie d’autrui ? Pourquoi appelez-vous dans notre pays l'opium dont on n’use pas dans vos propres pays, causant ainsi la ruine et la mort des hommes ?

Vous avez de la sorte séduit le peuple de la Chine depuis dix années, et la somme est énorme des injustes bénéfices que vous y avez faits. Une telle conduite soulève l'indignation de tout cœur d'homme, et est totalement inexcusable aux yeux de la céleste nation impériale. »

Hong Kong, peinture sur soie de Yooequa, 1830-1840 - source : Gallica-BnF
Hong Kong, peinture sur soie de Yooequa, 1830-1840 - source : Gallica-BnF

La couronne d'Angleterre n'apprécie pas cette attitude. Les premiers affrontements entre les flottes chinoises et britanniques ont lieu en septembre 1839. En décembre, Lin Zexu interdit l'accès du port de Canton aux navires anglais. En Angleterre, en avril 1840, un débat a lieu à la Chambre entre partisans et opposants de la guerre.

Le Commerce publie le 13 avril l'intervention orale de Lord Palmerston, ministre des Affaires étrangères :

« L’Angleterre ne veut pas attaquer le territoire chinois ; ce n’est point une guerre offensive qu'elle veut faire, c’est plutôt pour la défense de ses droits qu’elle prend les armes. Sans doute, les Chinois, peuple moins barbare qu’on ne le pense généralement, pourront faire de la résistance, mais cette prévision ne doit pas arrêter l’Angleterre, réclamant une réparation qui lui est due [...].

Il est évident que si l’Angleterre tolérait plus longtemps la continuation des injustices et des outrages accumulés contre les sujets anglais, les négociants anglais ne pourraient plus s’engager dans des opérations commerciales avec ce pays... Ma pensée sur l’expédition que nous allons entreprendre est bien arrêtée.

Loin d’entrevoir, comme un certain nombre de membres honorables, des difficultés insurmontables, je crois que l’expédition ne sera pas nécessairement suivie d'opérations belliqueuses ; la présence des forces anglaises ramènera l’empereur de Chine, toujours inspiré, dit-on, par la justice, à des sentiments de modération, et le différend pourra alors se terminer à l’amiable. (Bruyants applaudissements.) »

Les partisans de la guerre l'emportent : c'est le triomphe de la « diplomatie de la canonnière ». une armada d'une vingtaine de bâtiments sous les ordres de l'amiral Elliot est envoyée en mer de Chine et conquiert Hong Kong. Lin Zexu est remplacé par Qishan, qui tente de négocier avec les Britanniques mais refuse de se plier à leurs exigences.

La supériorité technologique et navale des Anglais, qui harcèlent les côtes chinoises, est telle qu'une convention d'armistice est signée au mois de mai 1841. En août 1842 est signé le traité de Nankin, qui marque la victoire britannique. Le Constitutionnel en reproduit les différents articles, impitoyables pour les vaincus : le quatrième indique que Hong Kong – alors un port mineur – sera cédé au Royaume-Uni.

« 1° Paix et amitié durable entre les deux nations ;

2° La Chine paiera 21 millions de dollars pendant l'année courante et les trois années qui suivront ;

3° Les ports de Canton, Amoy, Foo-Chow-Foo, Ningpo et Shanghai seront ouverts au commerce anglais [...] ;

4° L'Ile de Hong-Kong sera Cédée à perpétuité à S. M. B. et à ses héritiers et successeurs. »

Le traité abolit en outre le système du Cohong et permet aux commerçants britanniques de s'installer en Chine et de jouir du droit d'exterritorialité, qui leur permet d'être jugés selon les droits de leur pays. En novembre 1842, un rapport enthousiaste sur les avantages commerciaux de l'acquisition de Hong Kong est rédigé par le colonel Wilkie, traduit dans Le Constitutionnel :

« L'île de Hong-Kong est éloignée à l'est de Macao d'environ 45 milles, et à 120 milles au sud-est de Canton. La baie est une des plus magnifiques de la Chine : elle peut contenir un nombre très considérable de navires.

Avec une escadre dans le port de cette île, nous commandons tout le commerce de la Chine ; nous avons l'œil sur les Philippines, sur les îles orientales de Lou-Chou, sur celles du Japon ; enfin, avec Singapore et Hong-Kong, toute la navigation des mers de la Chine est sous notre contrôle […].

Nous pourrons à loisir en faire une position militaire d'une grande importance, y concentrer d'importantes ressources pour nos opérations futures. »

Dans les années suivantes, les produits étrangers se déversent en Chine, déstabilisant gravement l'économie locale. L'implantation des Britanniques en Extrême-Orient sera à l'origine de plusieurs soulèvements populaires.

Hong Kong ne sera finalement rétrocédée à la Chine que 155 ans après le traité de Nankin, en 1997.

Pour en savoir plus :

Jacques Weber, Le Siècle d'Albion, l'Empire britannique au XIXe siècle, 1815-1914, éditions Les Indes savantes, 2011

Alain Peyrefitte, L'Empire Immobile ou Le Choc des Mondes, Fayard, 1989

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