Écho de presse

Août 1944 : les Parisiens libèrent la capitale

le 28/08/2020 par Julie Duruflé
le 31/07/2020 par Julie Duruflé - modifié le 28/08/2020
Du 19 au 25 août 1944, les Parisiens se soulèvent contre l'occupant allemand. Des journalistes exhortent à « la bataille de Paris », qu'ils immortalisent.
21 août 1944, le journal L'Humanité - qui paraît clandestinement depuis 5 ans - titre « La bataille de France et de Paris continue » :

« Dans Paris et la région parisienne, le peuple soulevé a accompli une œuvre rapide de libération. Ce fut d'abord la grève des cheminots [...], ce fut la grève des P.T.T. [l'Administration des Postes, Télégraphes et Téléphones, ndlr] qui suivit et puis le beau mouvement de la police parisienne. [...] La lutte s'engagea sous toutes ses formes, depuis mercredi autour de Paris. Elle se transporta dans Paris à la suite de la débandade des Allemands. 

Pour L'Humanité, « les alliés doivent être reçus dans la capitale libérée par la levée en masse de ses fils ». Depuis le 19 août déjà, les Parisiens s'insurgent contre l'occupant : la bataille de Paris a débuté. Le 22 août, le journal Ce Soir résume les débuts de l'insurrection le 19 :

« À 14 heures - c'était un samedi -, les forces de l'intérieur (F.F.I.) se battaient avec acharnement. Hommes courageux qui, depuis quatre ans, attendaient cette heure [...]. 14 heures - L'ordre d'insurrection a été donné. La libération de Paris a commencé. Tout l'après-midi, le boche a reculé. Il est fou de rage, de rancœur. Il tire partout. N'importe comment. N'importe où. » 

Mais la victoire ne se devine qu'à partir du lendemain :
« Partout les balles crépitent : ce sont les F.F.I, F.T.P.F. et Milice patriotique qui harcèlent les traînards. [...]
Place Saint-Michel le service d'ordre a fort à faire. Chacun veut participer à la lutte. On demande des armes partout ! [...]
Voici l'Hôtel de Ville. La place est sillonnée par des motocyclistes à brassard tricolore. Ils s'en vont nettoyer avec leurs mitraillettes les quartiers excentriques de Paris. [...]
La place de la République était toujours barrée, hérissée de fils de fer barbelés et gardée par des soldats transis qui avaient dû, faute de relève, passer la nuit sous la pluie. Et à chaque carrefour on lisait l'inscription intimidante : "toute personne allant plus loin sera fusillée". »
Face à la lutte acharnée des Parisiens, le journal témoigne d'un stratagème allemand pour parvenir à circuler dans la capitale :
« Tout le monde avait remarqué depuis quelque temps déjà la floraison de croix rouges sur les véhicules allemands. Camions d'essence, transports d'armes étaient souvent ornés de l'insigne de Genève. Les derniers jours de la lutte ont mis le comble à ce honteux déguisement. »

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Le 23 août, L'Humanité annonce l'unité des Parisiens dans le combat et titre « Tout Paris aux barricades ! » :
« Dans les 1er, 2e, 3e, 4e, 5e, chacun est à son poste de combat. Les barricades rappelant les semaines glorieuses de la Commune ont rapidement été érigées. Nous avons vu les femmes, les jeunes, et même les enfants porter de lourds sacs de sable, de vieux lits, des pavés, sans relâche. » 
Les insurgés ne combattent pas à armes égales, mais le journal célèbre avec enthousiasme l'ingéniosité des Parisiens.
« Les Boches ont attaqué avec les chars, voire des Tigres, auto-mitrailleuses, mitrailleuses. Ils ont été anéantis ou rejetés. [...] Le magnifique exemple de ce jeune du 5e montant sur un tank en marche qui dévalait le boulevard Saint-Michel, et lançant à l'intérieur une bouteille d'essence, montre comment les jeunes résolvent le problème. »
Le même jour dans Ce Soir, tandis que « Paris conquiert sa liberté par les armes » les alliés entament « la bataille de l'Ile-de-France » : 

« C'est maintenant aux portes mêmes de la capitale que l'on se bat. Les Américains ont franchi la Seine à Mantes et à Fontainebleau. Les troupes américaines élargissent la tête de pont qu’elles ont établie sur la rive orientale de la Seine. Elles ont atteint Corbeil et Melun. Paris se trouve ainsi sur le point d'être encerclé. »

Les feux de Paris ne s'éteignent pas ; quand les armes viennent à manquer pour attaquer l'occupant, Ce Soir encourage les Parisiens à confectionner des bombes artisanales :

« Parisiens, vous pouvez fabriquer des armes. Le Front National nous donne un bel exemple d'initiative pour suppléer à la carence des armes [...]. Au lieu d'attendre que les armes tombent du ciel ils en ont fabriqué. La recette est très simple : il suffit de remplir des bouteilles ordinaires avec un mélange d'essence, de pétrole et d'acide sulfurique. [...]
Cette forme de résistance répond admirablement au caractère populaire et spontané de l'insurrection parisienne, et rappelle les improvisations de 1830, 1848, et de la Commune de Paris. »

Le 24 août, L’Écho d'Alger annonce que « Paris est libéré par les Forces Françaises de l'Intérieur après quatre ans, trois mois et huit jours d’oppression » :
« Depuis plusieurs jours, nous avions le cœur gonflé d'espoir et nous savions bien que ce peuple qui a enseigné au monde le véritable caractère de la liberté, jouerait pleinement son rôle. [...] Ce sont les parisiens et les Français de toutes les provinces, groupés à Paris, qui ont livré l'assaut définitif qui devait chasser l'envahisseur. »
Et le journal de retranscrire l'annonce de la libération de Paris par le général Koenig diffusée le 23 août :
 
« Les F.F.I., fortes de 50.000 hommes armés, et appuyées par plusieurs centaines de milliers de patriotes non armés sont [...] passés à l'action. La police parisienne, qui s'était précédemment mise en grève s'est emparée de la Préfecture de police et à fait de l'île de la cité un bastion contre lequel se sont brisées les attaques allemandes.
Hier, 22 août, après quatre jours de lutte, l'ennemi était partout battu. Les patriotes occupaient tous les édifices publics. Les représentants de Vichy étaient arrêtés ou en fuite. »
Mais la bataille pour Paris n'était pas tout à fait terminée : le 24 août, L'Humanité en appelle encore « Aux armes ! Aux armes ! Aux armes ! [...] Pour en finir avec l'envahisseur exécré : à chaque parisien son Boche ! »; le 25, « Paris ne laisse aucun répit aux Allemands », selon Ce Soir pour qui les ennemis sont « harcelés dans la capitale et dans les faubourgs par les patriotes, tandis que les deux armées libératrices sont prêtes à opérer leur jonction ».

Le 26 août, L'Humanité annonce finalement la libération de Paris :

« Les derniers ennemis anéantis dans la capitale ! Toute la journée, les F.F.I. et les troupes ont combattu pour réduire les ilots allemands. [...]
Le général de Gaulle est arrivé à Paris hier après-midi. De folles acclamations ont salué sur son passage le chef du gouvernement provisoire de la République. [...] Il déclare notamment que "la lutte continue..., les F.F.I. et nos soldats en uniforme sauront continuer à se battre.". Il fait un appel à l'unité française et déclare : "Il faut rendre la parole au peuple". Il termine en évoquant la grandeur de la France et appelle les Français à se montrer dignes d'elle. C'est encore sous les acclamations frénétiques d'une foule en délire que le général de Gaulle regagne le ministère de la guerre. »

La guerre n'est pas encore gagnée, mais la libération de Paris par les troupes françaises est un symbole lourd de conséquences : « L'héroïsme du peuple français conquiert à son pays sa place parmi les grandes puissances », comme l'indique L'Humanité au lendemain de la victoire. Le journal précise :

« Grande victoire diplomatique de la France ! À la Conférence de la sécurité de Dumbarton Oaks, le secrétaire d’État américain, Cordell Hull a proposé d'inclure la France dans le groupe permanent des grandes puissances qui formera le noyau de l'organisation future de la paix. [...]
Nous pouvons de bon droit proclamer que si M. Cordell Hull, au nom de son gouvernement, a présenté cette proposition, c'est parce que le peuple de France s'est battu, seul, pour sa libération, parce qu'il n'a jamais accepté le mensonge de la défaite et du déclin de la France, parce qu'il a reconquis en combattant la place de la France sur l'arène internationale. »

La bataille de Paris aura duré une semaine, après quatre ans d'occupation.