Écho de presse

1870 : « Il n'y a pas de siège de Paris possible »

le 26/09/2021 par Marina Bellot
le 07/09/2021 par Marina Bellot - modifié le 26/09/2021

Alors que Paris est sur le point d'être assiégé par les armées prussiennes après la débâcle de Napoléon III à Sedan, nul ne veut croire à l'imminence de l'état de siège. 

Août 1870. Après la débâcle de Napoléon III à Sedan (voir notre dossier), les armées prussiennes et leurs alliés commencent à déferler sur le Nord de la France et se déploient avec un objectif : assiéger Paris.

À aucun moment la défaite des armées françaises n'avait été imaginée, si bien que la mise en défense de Paris, ville fortifiée depuis 1840 et considérée comme imprenable, tarde à être envisagée. 

Au Sénat, le 30 août 1870, alors que la défaite de Sedan n'est pas encore parvenue à la capitale, la situation semble sous contrôle. Le Temps rapporte le déroulé de la séance, à laquelle participe notamment le baron Haussmann. Le sénateur Larabit, un polytechnicien qui était secrétaire adjoint du comité des fortifications en 1826, tient à rassurer les Parisiens :

« [...] mon but était surtout de dire à la population parisienne que les fortifications de Paris sont solides, que contre elles viendraient se briser les efforts de toutes les armées prussiennes, si elles pouvaient avoir l’idée de les affronter. Je voulais dire qu’il n’y a pas de siège de Paris possible, que tout au plus les Prussiens pourraient-ils avoir l’intention de venir faire une insulte à notre capitale, rien de plus. Eh bien ! il suffit que la garde nationale sédentaire se tienne sur les remparts pour déjouer une pareille tentative. »

Pendant plusieurs jours, la capitale bruisse de nouvelles inquiétantes (le corps diplomatique, notamment, songerait à fuir la ville...).

La presse se met à exposer en détails les différentes stratégies à la portée de l'ennemi. 

Début septembre, les journaux publient des extraits d'une brochure prussienne, véritable plan d'attaque de Paris, ainsi qu'on peut le lire dans L'Univers :

« D'après les calculs précédents, l'armée de siège serait forte de 180 000 hommes, et pourrait être composée de troupes des deux premières armées.

Il resterait encore, pour l'armée d'observation, 120 000 hommes fournis par la troisième armée, c'est-à-dire l'armée du Haut-Rhin. Cette dernière se sera avancée par Provins et Melun ou par Sens et Nemours, situés au sud de Paris, tandis que les deux autres armées opèrent de Reims et de Vitry-le-François, vers le nord et le nord-est de Paris.

La troisième armée, dont la ligne de retraite est couverte par l'armée de siège, cherchera l'armée de secours française en rase campagne, pour la pousser ainsi aussi loin que possible des environs de Paris ; elle aura en outre pour mission d'intercepter à la garnison les convois et les vivres, et de détruire les voies ferrées qui vont au sud et à l'ouest, et par lesquelles l'armée de secours pourrait elle-même recevoir des renforts et des approvisionnements de toute nature. »

Le 4 septembre, la nouvelle de la débâcle de Sedan est officielle (voir l'annonce dans Le Constitutionnel). L'opposition parlementaire à Napoléon III menée par Léon Gambetta met en place un gouvernement provisoire, dit de la Défense nationale.

La République est proclamée le 4 septembre, au balcon de l’hôtel de ville de Paris, comme le relaie la presse parisienne en une.

« FRANÇAIS !

Le Peuple a devancé la Chambre, qui hésitait. Pour sauver la Patrie en danger, il a demandé la République. Il a mis ses représentants non au pouvoir, mais au péril.

La République a vaincu l'invasion en 1792 ; la République est proclamée. La Révolution est faite au nom du droit, du salut public.

Citoyens, veillez sur la Cité qui vous est confiée ; demain vous serez, avec l'armée, les vengeurs de la Patrie ! »

Le 10 septembre, comme on peut le lire dans Le Journal des débats, les Parisiens apprennent que le gouvernement sera représenté « dans une ville de l'intérieur de la France ».

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L'étau se resserre. Les troupes ennemies sont bientôt aux portes de Paris.

Certains veulent pourtant garder espoir coûte que coûte. Le 12 septembre 1870, Le Constitutionnel publie ainsi un article qui ressemble à un exercice d'autopersuasion :

« Nous partageons l'opinion du National, au sujet du siège de Paris : Non ! les Prussiens n'entreront pas dans Paris ! Ne voit-on pas qu'ils ralentissent leur marche et que le mot de République les a atterrés ? Ils se sentent en présence d'un tout autre ennemi, et ils n'osent plus s'aventurer que par grandes masses, parce qu'ils se savent entourés d'un peuple entier soulevé pour la défense de la patrie. [...]

Non ! non ! les Prussiens n'entreront pas dans Paris. »

Le 18 septembre, pourtant, les Allemands commencent à investir la capitale...

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