Interview

La Collaboration en France : histoire des années noires

le 02/10/2019 par Denis Peschanski
le 05/05/2019 par Denis Peschanski - modifié le 02/10/2019
« La terre, elle, ne ment pas », célèbre phrase du maréchal Pétain reprise dans cette illustration propagée par le régime de Vichy, 1942 - source : Gallica-Bibliothèques de Paris
« La terre, elle, ne ment pas », célèbre phrase du maréchal Pétain reprise dans cette illustration propagée par le régime de Vichy, 1942 - source : Gallica-Bibliothèques de Paris

À partir de juin 1940, la France plonge dans les années noires de la Collaboration. Quels ont été les ressorts de cette politique ? Quelles formes a revêtu le mouvement collaborationniste ? Entretien avec l'historien Denis Peschanski, co-auteur d'un livre somme sur la question.

Dès la signature de l'armistice le 22 juin 1940, la France « libre » plonge dans l'engrenage de la collaboration avec l'Allemagne, politique qui débute formellement le 24 octobre 1940 avec la poignée de main entre Hitler et Pétain à la gare de Montoire.

Pour éclairer les ressorts de cette collaboration complexe et protéiforme, les historiens Thomas Fontaine et Denis Peschanski ont rassemblé et commenté près de 600 archives de toutes sortes – affiches, tracts, rapports, mains courantes, pièces à conviction, registres d'écrou, lettres, journaux intimes, albums photographiques... – dans un livre somme. 

Entretien avec Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS.

Propos recueillis par Marina Bellot

RetroNews : Pour imposer un régime autoritaire et collaborationniste, Pétain s’est appuyé sur un vote du Parlement qui lui accorde les pleins pouvoirs au mois de juillet 1940. Qu’est-ce explique que les députés lui aient accordé un tel blanc seing ?

Denis Peschanski : Gardons déjà en mémoire que le Parlement (Chambre des députés et Sénat) était amputé des députés communistes depuis l’interdiction du PCF, que 80 parlementaires se sont opposés et qu’il y avait des absents… Mais, au total, il est clair que les parlementaires ont voté massivement les pleins pouvoirs constitutionnels au maréchal Pétain.

Commençons par l’essentiel : dans la crise profonde de la fin de la IIIe République, les parlementaires ont vécu au premier rang, comme le reste de la population, cette forme d’effondrement de l’intérieur qui a accompagné la défaite militaire. L’exode de mai-juin 1940, qui a concerné aussi les parlementaires, n’a jamais constitué un élément structurant de la mémoire collective, alors même que l’événement fut d’une importance majeure, ce qui nous conduit, aujourd’hui, avec le regard ancré sur le présent, de ne pas comprendre l’ampleu...

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