Long Format

Le Congrès de Vienne de 1814 à 1815

le par - modifié le 05/08/2020
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Le congrès de Vienne réunit les principales puissances européennes de novembre 1814 à juin 1815. Il consacre le retour à l’ordre ancien après les expériences révolutionnaire et napoléonienne et redessine une nouvelle carte de l’Europe en ignorant les aspirations libérales et nationales des peuples. Il instaure également un « concert des nations » fondé sur le principe d’équilibre de puissances qui perdure jusqu’en 1914. En somme, la remise en ordre générale qui se produit revêt une triple dimension territoriale, politique et idéologique.

Les fondements politiques du congrès de Vienne : paix et restauration de l’ordre ancien

Le congrès de Vienne réunit deux empereurs, une quinzaine de rois, plus de 2000 princes et 93 chefs de missions diplomatiques du 1er novembre 1814 (cérémonie officielle d’ouverture) au 9 juin 1815. Vienne devient le centre politique de l’Europe. Si tous les États européens sont représentés, quatre hommes prennent les décisions principales : le tsar russe Alexandre Ier, le chancelier autrichien Metternich et président du congrès, le secrétaire au Foreign Office britannique Castlereagh et le diplomate prussien Hardenberg.

Après l’effondrement du système continental napoléonien en mars-avril 1814, les puissances coalisées victorieuses tentent de réorganiser la carte de l’Europe afin de rendre « à l’Europe son équilibre politique et aux peuples la paix et la tranquillité », après près de 25 ans de guerre. L’acte final de 121 articles est signé le 9 juin 1815 avant même que Napoléon, revenu au pouvoir durant les Cent-Jours (mars-juin 1815) ne soit vaincu définitivement à Waterloo le 18 juin.

Le congrès de Vienne tente d’effacer toutes les traces des principes révolutionnaires dans les Républiques-sœurs et les anciens États vassaux napoléoniens et consacre la restauration de l’ordre ancien monarchique et de la légitimité dynastique : c’est un manifeste contre-révolutionnaire qui aspire à retrouver l’Europe d’avant 1792. Les dynasties renversées par les guerres révolutionnaires et impériales reviennent au pouvoir.

Pièce satyrique contre le prince de Talleyrand, estampe, Martinet, Paris - source : Gallica-BnF

Une réorganisation de l’Europe qui ignore les aspirations nationales

La Restitution ou chaqu'un son compte, estampe, Collection de Vinck - source : Gallica-BnF

Les nouveaux découpages territoriaux en Europe sont le fruit de marchandages et de rivalités entre les quatre grandes puissances, qui cherchent à se neutraliser, et reflètent leurs ambitions géopolitiques. La question de la Saxe, de la Pologne et de la Belgique ont cristallisé les tensions entre les quatre puissances accompagnées des puissances secondaires (France, Espagne, Suède) dans des comités restreints.

La Grande Bretagne veut s‘assurer la maîtrise des mers européennes (acquisitions de Malte pour la Méditerranée et Heligoland en Mer du Nord) et exige la création d’un grand royaume des Pays-Bas absorbant la Belgique. La Russie annexe la Finlande pour contrôler la Baltique, une grande partie de la Pologne, et la Bessarabie pour se rapprocher des détroits et des mers chaudes. La Prusse agrandit son territoire en Saxe, en Poméranie et en Rhénanie mais elle doit modérer ses revendications devant les craintes de l’Autriche. Cette dernière puissance est la clé de voûte du nouvel ordre européen : elle a renoncé à la Belgique (intégrée au Pays-Bas) mais elle s’étend en Italie du Nord (Lombardie-Vénétie), en Dalmatie et dans le Tyrol et devient la grande puissance de l’Europe centrale.

Les aspirations nationales sont totalement déniées par le congrès de Vienne qui a procédé à des découpages territoriaux qui ne respecte pas le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes comme le dénonce Le Journal de l’Empire, pro-napoléonien le 14 mai 1815. Certaines minorités sont éclatées entre plusieurs empires multinationaux à l'image des Polonais, d'autres nations divisées aspirent à l'unité comme l'Allemagne et l'Italie, et d'autres encore à l'instar de la Grèce cherchent à obtenir leur indépendance. Il est à l’origine de nombreux mouvements de contestations qui secouent l’Europe entre 1830 et 1848 qu’on appelle « le Printemps des peuples » et que Metternich cherchera à contenir et à réprimer par la force.

Carte générale et élémentaire de l'Allemagne, conformément à l'acte du congrès de Vienne ; Louis Brion de La Tour, Paris, 1816 - source : Gallica-BnF
La Balance politique, estampe, Collection de Vinck, 1815 - source : Gallica-BnF

Vers un nouvel équilibre des puissances en Europe et l’établissement d’un concert européen des nations

Pièce satyrique contre Napoléon Ier, la paix générale conclue en 1814, estampe, F. C. Nuremberg - source : Gallica-BnF

Le congrès de Vienne instaure une nouvelle ère des relations internationales dans laquelle la diplomatie, institutionnalisée, échappe aux souverains et voit codifier ses usages. La Grande Bretagne libérale parvient à imposer le principe de l’abolition de la traite négrière et la libre navigation des fleuves frontaliers. Le congrès  impose un nouveau système de règlements des conflits en Europe fondé sur une forme de multilatéralisme, « le concert européen des nations » : les grandes puissances décident ensemble de s’ingérer dans les affaires intérieures des Etats européens pour protéger l’ordre ancien établi par Vienne et garantir la paix.

Talleyrand, diplomate français représentant Louis XVIII, était parvenu à tirer profit des dissensions entre les puissances européennes (jouant de son habileté politique et des festins de son cuisinier Carême) pour limiter les conséquences de la défaite napoléonienne et briser l’isolement de la France en participant aux négociations. Mais le retour de Napoléon durant les Cent-Jours en annule les résultats : les quatre grands interviennent contre Napoléon et renvoie la France à ses frontières de 1790.

La Sainte-Alliance devient l’instrument de cette politique contre-révolutionnaire : il s’agit d’une alliance militaire mutuelle qui défend une idéologie légitimiste et chrétienne signée le 26 septembre 1815 par la Russie, l’Autriche de François Ier et la Prusse de Frédéric-Guillaume III, à l’initiative du tsar. Le 20 novembre 1815, la Grande-Bretagne adhère à la Quadruple Alliance : le « système des congrès » (Aix-La-Chapelle en 1818, Vérone en 1822, Londres en 1830-33) confiait aux grandes puissances la surveillance des autres Etats  et la régulation des tensions en Europe.

Si les effets du Congrès de Vienne se maintiennent jusqu’en 1914, la diplomatie de Napoléon III participe à déstabiliser cet ordre international en favorisant l’unification italienne et allemande ( voir notre long format sur La Cession de la Savoie et de Nice en 1860). La mémoire du congrès de Vienne, très critiquée en France, est réactivée par la fin de la Première guerre mondiale.

Charles-Maurice de Talleyrand (1754-1838)

Issu de la noblesse, il est l'évêque d’Autun de 1788 à 1802. Élu député du clergé à l’assemblée des États généraux. De 1789 à 1815, Talleyrand a un rôle important dans tous les régimes, louvoyant entre les acteurs au pouvoir mais défendant des convictions libérales. Il coécrit la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, célèbre la messe de la Fête de la Fédération le 14 juillet 1790 et devient ministre des Relations extérieures de 1787 à 1807. En 1814, il fait voter la déchéance de Napoléon, proclame Louis XVIII roi et devient chef du gouvernement. Au congrès de Vienne, il réussit à limiter les sanctions à l'encontre de la France. Il finit sa carrière comme ambassadeur à Londres.

C. M. de Talleyrand Périgord ; Chapuy & Prud'hon - source : Gallica-BnF

Le congrès de Vienne

"Le Congrès de Vienne, une refondation de l'Europe, 1814-1815" - Thierry Lentz
- Dans quel contexte se déroule le congrès de Vienne ?
- Quels sont ces principes ?
- Quelles conséquences ?

Bibliographie

 

Gilles Ferragu, « Le Congrès de Vienne. L’Europe sans Napoléon », dans L’Histoire, n°401, juillet-août 2014, p.86-91. 


Thierry Lentz, Le Congrès de Vienne. Une refondation de l’Europe, Perrin, 2013.


François-Charles Mougel et Séverine Pacteau, Histoire des relations internationales de 1815 à nos jours, PUF, Que-sais-je ?, Paris, 2014.


Georges-Henri Soutou, L’Europe de 1815 à nos jours, PUF, Paris, 2009.


Michel Winock, « Comment s’est redessiné la carte de l’Europe », dans L’Histoire, n° 407, janvier 2015, p.46-55.

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