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Le jour où la guerre de Sécession éclata

le par - modifié le 05/08/2020

En attaquant Fort Sumter le 12 avril 1861, les troupes sécessionnistes du Sud déclarent la guerre au gouvernement de Washington. L’Amérique du Nord s’engage alors dans une guerre civile de quatre ans.

Les journaux outre-Atlantique en sont certains. La guerre est sur le point d’éclater sur le territoire américain, entre États du Nord anti-esclavagistes et États sudistes, où les grands propriétaires terriens refusent de concéder ce qu’ils estiment être leur « droit » d’exploiter l’homme noir.

Une étincelle va mettre le feu aux poudres : le fort Sumter, commandé par le major Anderson, est sous la menace d’une attaque des troupes confédérées du Sud menées par le général Beauregard.

« Suivant le New-York Herald, le pays toucherait à la guerre civile.

La même feuille publie une dépêche de Charleston du 3, disant que le moment terrible est évidemment proche, et que l’opinion générale est qu’avant vingt-quatre heures la guerre aura éclaté.

L’agitation est extrême dans la ville. Le général Beauregard a déclaré au major Anderson qu’il devait évacuer le fort Sumter dans les 48 heures, sinon qu’il serait bombardé. »

Selon Le Siècle, cette menace était prévisible dans plusieurs villes, notamment celle de Charleston, en Caroline du Sud. Depuis l’élection d’Abraham Lincoln, la cité avait hissé le drapeau sécessionniste en signe de rébellion. La ville, « dans-son ardeur révolutionnaire, semblait brûler d'impatience d'en venir aux mains avec les soldats du Nord ».

« En vue des éventualités survenues, les autorités caroliniennes avaient pris les mesures militaires les plus considérables.

Depuis quelques jours, les travaux de défense de la ville avaient redoublé d'activité. Charleston était remplie de soldats appelés de tous les points de l'État, et néanmoins il y arrivait incessamment de nouvelles troupes.

La population, en proie à la plus grande surexcitation politique, était animée de l'ardeur la plus belliqueuse et poussait à la guerre civile. Des hostilités violentes devenaient de plus en plus imminentes. »

Le fort, assiégé par les troupes de Beauregard, attendait depuis le 8 avril un ravitaillement que le général confédéré était bien déterminé à empêcher.

Le 11 avril, il envoie un message au commandant Anderson lui demandant de se rendre. Le major unioniste lui répond par la négative, pour l’honneur, sachant que sans ravitaillement les jours de ses troupes sont comptés.

« “J’ai l’honneur d’accuser réception de la communication par laquelle vous demandez l’évacuation du fort Sumter, je regrette d’avoir à vous dire que cette demande est telle, que mes sentiments d’honneur et mes devoirs envers mon gouvernement ne me permettent pas d’y accéder.”

Le major ajoute : “J’attendrai probablement le premier coup de canon ; si vous ne nous démantelez pas, nous nous trouverons réduits par la famine sous peu de jours.” »

Fort Sumter quelques minutes avant sa prise, estampe, circa 1870 - source : WikiCommons

Le 12 avril à 4 h 30 du matin, le général Beauregard ouvre les hostilités et bombarde le fort. La canonnade dure quarante heures, au terme desquelles le major Anderson se rend avec ses hommes. Tous sont conduits sur l’île Morris, dans la baie de Charleston.

Dans les États du Sud, les manifestations de joie éclatent.

« Toutes les nouvelles du Sud peignent l'emportement et l’ardeur de la lutte. […]

À Mobile, surexcitation profonde et réjouissances publiques. 15 coups de canon ont été tirés en l’honneur de l’attaque du fort.

Le régiment des volontaires du Kentucky a reçu l’ordre de se tenir à la disposition du département de la guerre à Montgomery.

Le congrès des États confédérés doit se réunir le 29 de ce mois en session extraordinaire. »

Le général Pierre Gustave Toutant de Beauregard, circa 1870 - source : Civilwarphotos/WikiCommons

Pendant ce temps-là, de l’autre côté du pays, à l’ouest l’Arizona annonce également faire sécession pour rejoindre les États confédérés.

Depuis Washington, Abraham Lincoln prépare la capitale à la guerre en assurant sa défense contre une éventuelle attaque. Il fait également appel aux réservistes.

« On mande de Washington, en date du 18 avril, qu’une proclamation du président Lincoln appelle aux armes 75 000 hommes de la milice pour reprendre les forts et autres propriétés, dont les insurgés du Sud se sont emparés.

Cette résolution du pouvoir exécutif a été accueillie avec enthousiasme dans les États du Nord. »

Ces mouvements au Nord comme au Sud laissent présager le pire, selon la Gazette Nationale.

« Les dépêches de Washington sont très graves. C’est la guerre dans des proportions que les États-Unis n’ont pas connues depuis leurs grandes luttes d’affranchissement, la guerre à outrance, et qui pis est, la guerre civile. »

En effet, ce que l’on nommera la guerre de Sécession entre Nord et Sud va durer jusqu’en 1865, causant la mort de quelque 620 000 soldats et d’un nombre indéterminé de civils. Ce conflit fratricide prendra fin le 9 avril 1865 avec la reddition du général Lee au général Grant dans la ville d’Appomattox.

La guerre civile américaine irriguera durablement la culture populaire états-unienne et mondiale, symbole – parfois caricatural – de deux Amériques opposées et prétendument irréconciliables.