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La Commune de Paris en 1871

le par - modifié le 25/02/2021
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Bien qu’elle n’ait duré que 9 semaines, la Commune de Paris est un moment fort de l’histoire du mouvement ouvrier et socialiste français. Prônant une démocratie sociale, la Commune de Paris est considérée comme une menace par les autorités de la IIIe République naissante.

De la défaite militaire à l’insurrection : la naissance de la Commune de Paris

La Commune de Paris est un mouvement insurrectionnel populaire. Il naît en réaction à ce que Victor Hugo appelle « l’année terrible » (1870-1871) marquée par la défaite militaire contre la Prusse, la proclamation de la République (4 septembre 1870) et la victoire des monarchistes, pacifistes, aux élections législatives (8 février 1871). Adolphe Thiers, nommé  chef du « pouvoir exécutif de la République française » (17 février 1871), signe le traité préliminaire de Versailles le 26 février 1871 et autorise l’Empire allemand à défiler dans Paris.

L’exaspération parisienne se transforme en insurrection populaire générale quand Thiers décide le 18 mars de désarmer la garde nationale de Paris. Deux généraux, Lecomte et Clément-Thomas, qui devaient reprendre les canons sont fusillés par les insurgés : Paris s’hérisse de barricades. Le Figaro en fait un récit quasiment heure par heure le 20 mars 1871. Thiers décide de replier l’armée hors de Paris pour entreprendre la reconquête de la ville. Paris entre en guerre avec l’Assemblée.

La Commune de Paris 1871. Grand Panorama 26 rue de Bondy ; Castellani, Émile Levy, Paris, 1883 - source : Galica-BnF

La Commune : une expérience politique originale de République sociale ?

Affiche de la Commune de Paris, République Française n° 68, avril 1871 ; Commune de Paris, 1871 - source : Gallica-BnF

Pourtant l’opposition n’est pas duelle car les républicains sont divisés en trois camps : « le bloc versaillais » (la majorité monarchiste rejointe par des républicains conservateurs), la commune de Paris (républicains socialistes) et le « tiers parti » plus modéré (Gambetta, Clemenceau). Ces derniers sont du côté des révolutionnaires pour défendre la République mais dans la paix civile et la légalité. Leurs tentatives de médiations restent lettre morte.

92 membres du Conseil de la Commune sont élus le 26 mars 1871 (qui représentent toutes les tendances républicaines et socialistes jusqu’aux anarchistes). Ils proclament la Commune de Paris le 28 mars 1871. Jules Vallès fait partie des meneurs du mouvement. Ils sont surtout des ouvriers, des artisans et des journaliers. Ils aspirent à une République sociale, défendant les valeurs de la constitution de 1793. Toutefois, ils sont très vite accaparés par la défense de Paris, contre l’armée « versaillaise ».

Le Monde illustré ; Charles Yriarte, Paris, 6 mai 1871 - source : Gallica-BnF

Héritière de la Révolution française, elle adopte le drapeau rouge le 28 mars et le calendrier révolutionnaire ; républicaine, elle instaure le suffrage universel, la séparation de l’Église et l’État le 2 avril, l’enseignement laïc, gratuit et obligatoire le 19 mai et le service militaire obligatoire au jour du 29 mars et fait détruire la tour Vendôme, symbole impérial ; sociale, elle entreprend des réformes sociales pour améliorer les conditions des classes populaires.

Jules Vallès (1832-1885)

Journaliste d’extrême-gauche et républicain, il publie La Rue puis Le Réfractaire à la fin du Second Empire puis, en février 1871, Le Cri du Peuple. Il est élu à la Commune en mars 1871. Il s’oppose à la création du comité de Salut public qu’il juge dictatorial. Condamné à mort par contumace – il a pu fuir Paris durant la Semaine sanglante – il ne revient en France qu’en 1885 après la loi d’amnistie des communards.

Jules Vallès, journaliste, membre de la Commune ; Atelier Nadar, Paris, 1900 - source : Gallica-BnF

Archives de presse

1871, la Commune

Une collection de journaux réimprimés en intégralité pour revivre la Commune à travers la presse de l'époque : caricatures, textes engagés, témoignages.

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La « semaine sanglante » : la répression féroce de la Commune

Le Dernier jour de la Commune, Paris 1871. Grand panorama, 26 rue de Bondy, Léon Choubrac, Paris, 1883 - source : Gallica-BnF

La Commune de Paris est écrasée entre le 21 et le 28 mai 1871. L’armée du maréchal Mac-Mahon entre par surprise dans Paris par la porte de Saint-Cloud. Commence alors la « semaine sanglante ». Les communards incendient des édifices publics comme les Tuileries ou l’Hôtel de Ville. De nombreuses exécutions d’otages ou de communards ont lieu. Les derniers combats se déroulent dans le cimetière du Père-Lachaise où les derniers communards sont fusillés contre « le mur des fédérés ».

Le Monde illustré ; Charles Yriarte, Paris, 24 juin 1871 - source : Gallica-BnF
Paris en mai 1871. Plan indiquant les opérations de l'armée contre l'insurrection ; L. Meunier et P. Rouillier, Paris, 1872 - source : Gallica-BnF

La répression est implacable : on dénombre plus de 30.000 morts, plus de 36.000 procès et plus de 10.137 condamnations (dont 93 peines de morts et 4586 déportations dont Henri Rochefort). Louise Michel, communarde et féministe, est ainsi condamnée à la déportation en Nouvelle-Calédonie. La répression de la commune a décapité pour dix ans le mouvement ouvrier socialiste en France et a créé un fossé durable entre celui-ci et la république.

La loi d’amnistie des communards votée le 11 juillet 1880 est l’illustration d’une volonté des Républicains d’apaiser les tensions politiques et sociales internes et de créer une unité autour de la République.

Le Grelot ; J. Madre, avril 1871
Le Monde illustré ; Charles Yriarte, Paris, 24 juin 1871 - source : Gallica-BnF

Patrice de Mac-Mahon (1808-1893)

Officier français, il s’illustre durant la guerre de Crimée et prend Sébastopol en 1855. Vainqueur à la bataille de Magenta en 1859 lors de la campagne d’Italie menée par Napoléon III, il est nommé maréchal de France. Prisonnier après la défaite de Sedan en 1870,  il devient en 1871 le commandant de l’armée « dite Versaillaise » et met fin à la commune par une violente répression. Populaire et monarchiste, il est porté à la présidence de la République en 1873 et aspire à la restauration. Mais la crise du 16 mai 1877 fragilise son autorité et il décide de démissionner en 1879.

Les chefs d'État d'Adolphe Thiers à Charles de Gaulle de 1871 à 1958 ; AFP, Paris - source : Gallica-BnF

Bibliographie

 

Serge Berstein et Michel Winock (dir.), L’invention de la démocratie. 1789-1914, Seuil, Paris, 2003.


Jacques Rougerie, Paris insurgé. La Commune de 1871, Gallimard, Paris 2007.


Bertrand Tillier, La Commune de Paris, révolution sans images ? Politique et représentations dans la France républicaine (1871-1914), Champ Vallon, Paris, 2004.


Michel Winock, La Fièvre hexagonale. Les grandes crises politiques (1871-1968), Point Seuil, Paris, 2001.

 

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