Chronique

L'accueil des réfugiés en France au XIXe siècle

le 08/11/2019 par Delphine Diaz
le 15/11/2016 par Delphine Diaz - modifié le 08/11/2019
Mère et fille réfugiées à Ostende, en Belgique, au début de la Première Guerre mondiale, Agence Rol, 1914 - source : Gallica-BnF

Espagnols, Allemands, Polonais ou Italiens – nombreux sont ceux à avoir cherché asile en France au cours du XIXe siècle. L'historienne Delphine Diaz, spécialiste de l'histoire des exilés et réfugiés politiques, revient sur les réactions que leur arrivée a alors suscitées.

Alors que la crise de l’asile occupe aujourd’hui les unes des journaux européens et s’impose comme un sujet politique et médiatique de premier ordre, le détour par la presse du XIXe siècle montre que l’accueil de réfugiés étrangers n’est pas sans avoir suscité l’intérêt des journaux de l’époque.

 

La France a accueilli entre le printemps 1813 et la fin de l’année 1814 plus de 10 000 réfugiés espagnols, ceux qu’on appelait les « joséphins » en référence à leur engagement en faveur du régime de Joseph Bonaparte. Ils ont reçu à leur arrivée en France des secours qui ont été distribués pour la première fois à l’été 1813. Il en est fait mention dans le Journal des débats et des décrets du 11 octobre 1814 :

 

« […] Il sera donné aux réfugiés espagnols non militaires, y compris les femmes et les enfants, des secours comme aux Espagnols militaires réfugiés. Pour les obtenir, ils sont tenus de se faire inscrire chez les commandants d’armes des lieux où ils habitent, ou chez le commandant qui est le plus à proximité de leur résidence."

 

Mais l’attribution de cette aide financière a rapidement fait l’objet de critiques sous le régime de la Restauration, comme le montrent les débats à la Chambre des députés retranscrits dans le Journal des débats politiques et littéraires en 1817.

 

« M. Cornet d’Incourt : Je me suis servi de l’expression de traitement d’inactivité, parce qu’il résulte des discussions qui ont eu lieu, que les réfugiés espagnols ne reçoivent pas uniquement des secours alimentaires, mais des traitements ou des pensions (comme vous voudrez les appeler) proportionnés à leurs grades et aux emplois qu’ils occupaient dans le gouvernement de Joseph Buonaparte. »

 

 

Au cours des années 1820, l’accueil d’exilés politiques s’est poursuivi, rythmé par l’arrivée aux frontières d’exilés espagnols, italiens et portugais engagés en faveur du libéralisme. Mais à partir de la monarchie de Juillet, la France a dû faire face tout à la fois à une massification et à une diversification géographique des émigrations politiques.

 

Si le « soleil de Juillet » dont parlait Heinrich Heine a exercé son attrait sur les patriotes allemands, italiens et espagnols, les plus nombreux à arriver en France à partir de l’hiver 1831-1832 sont les Polonais de la « Grande Émigration », dont plus de 4 000 d’entre eux ont reçu des secours de l’État dès leur arrivée. Ils ont également suscité des manifestations de solidarité au sein de la société civile, comme on peut le lire dans Le Constitutionnel du 28 janvier 1832 :

 

« – Les élèves du collège royal d’Orléans ont ouvert entr’eux une souscription au profit des réfugiés polonais. […]

– Le premier convoi des colonnes de Polonais qui arrivent en France par Forbach, a dû faire son entrée le 25 à Metz, il est composé d’environ 70 officiers […]. »

« La réunion était embellie par un grand nombre de dames qui ont fait une quête pour les Polonais réfugiés. La collecte a produit une somme assez co...

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