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L’invention médiatique de la « pollution »

le par - modifié le 19/05/2021
le par - modifié le 19/05/2021

Le langage moderne au sujet des pollutions apparaît dans la presse française au cours des années 1860. Dès lors, la couverture médiatique des rejets industriels dans la nature ne fera que s’affirmer, jusqu’à aujourd’hui.

La pollution peut être définie au sens large comme la dégradation d’un milieu par l’introduction de substances ou de radiations, entraînant une perturbation plus ou moins importante de l’écosystème. Cette définition moderne du mot pollution n’apparaît toutefois qu’à la fin du XIXe siècle, les sociétés anciennes privilégiant quant à elles les notions de nuisance, de corruption ou d’insalubrité pour décrire le rejet de déchets ou matières dangereuses dans les milieux.

Devenue aujourd’hui une obsession quotidienne et mondiale, à l’heure des smogs aux particules fines qui affectent les grandes métropoles et des contaminations de tous les milieux physiques de la planète par l’action humaine, la question des pollutions a pourtant mis du temps à émerger et les significations du mot ont beaucoup changé au fil du temps. Avant l’ère des pollutions globales, les sociétés anciennes privilégiaient d’autres notions pour désigner les déchets et substances nocives rejetées dans un milieu. Si le phénomène inquiétait également, il restait plus restreint, limité et localisé. Les nuisances et produits insalubres étaient des catégories juridiques décrivant des processus sociaux comme l’atteinte à la propriété.

Le langage moderne des pollutions ne commence réellement à apparaître qu’après 1860 ; il relève des sciences physiques et bio-chimiques et de l’expertise scientifique. Ce glissement d’un jugement de droit à l’expertise est fondamental pour comprendre l’évolution de la question des pollutions et leur prise en charge par les sociétés contemporaines.

L’histoire du mot pollution, ses occurrences et sa circulation dans la presse et dans l’espace public éclairent les dynamiques environnementales contemporaines et leur naissance. Le graphique ci-dessous montre clairement l’accroissement important de ses usages depuis deux siècles. Il révèle aussi l’existence de plusieurs phases dans la présence médiatique du mot avant les années 1950, qui voient sa généralisation et sa diffusion de plus en plus massive : avant 1860 le terme pollution reste d’un usage très limité et rare avec une signification essentiellement morale, entre 1860 et 1914 son emploi commence à circuler dans la presse en lien avec la montée des préoccupations environnementales et hygiénistes ; les usages augmentent ensuite fortement durant l’entre-deux-gue...

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