Écho de presse

Les grèves de Carmaux en 1892

le 17/09/2020 par Isabelle Chalier
le 20/04/2018 par Isabelle Chalier - modifié le 17/09/2020
Le Petit journal. Supplément du dimanche ; 1er octobre 1892 - source : Gallica-BnF

Grâce à l’implication de Jean Jaurès, les grèves de Carmaux ont connu un retentissement national notamment dans la presse. 

À Carmaux, dans le Tarn (Midi-Pyrénées), s’est implantée au XVIIIe siècle une verrerie qui produit grâce aux mines de charbon à proximité. Lorsqu’en 1892 Jean-Baptiste Calvignac, syndicaliste et socialiste qui travaille à la mine, est élu maire de Carmaux, la direction, estimant que cette fonction est incompatible avec son travail, décide alors de le licencier. Ce renvoi injustifié suscite l’indignation des mineurs qui se mettent en grève à partir d’août 1892.  Le mouvement, d’abord localisé, acquiert une audience dans la presse nationale entre autres grâce à l’action des socialistes comme Jean Jaurès. L’Univers, journal catholique et conservateur, dans un article du 24 août 1892 dénonce d’ailleurs l’implication des socialistes et des « anarchistes » aux côtés des manifestants ainsi que la campagne qu’ils organisent afin d’obtenir un soutien financier pour les ouvriers. Le journal, fort logiquement, défend la Société des mines de Carmaux et dresse un tableau terrifiant des exactions, des « actes de sauvagerie » qu’auraient commis les ouvriers grévistes : 

«  Les meneurs du parti socialiste ne pouvaient laisser échapper une occasion comme celle de Carmaux,  sans tenter d’y raccrocher la prédication de leur programme d’anarchie. […]  ils produisent un appel à tous les conseils municipaux de France, appel dont la conclusion pratique est qu’il faut avoir une caisse pour soutenir les héroïques manifestants qui […] n’hésitent pas à se mettre 500 contre un malheureux directeur, afin d’aboutir à cette belle victoire d’une démission obtenue sous menace de mort ».

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Et de renchérir : 

« Dans ce document, les émeutiers de Carmaux, qui défoncent les portes, pillent l’habitation violée et se ruent, menaçants, sur le chef de famille assailli de la sorte, sont tout simplement les anges gardiens et les défenseurs du suffrage universel, que les directeurs des mines veulent mettre en échec dans la personne de son heureux élu Calvignac. »

À partir d’octobre 1892, ces événements s’imposent à la Chambre et font l’objet de débats animés. La Croix du 20 octobre 1892 insiste sur les reproches qui sont adressés au gouvernement et « sa mollesse vis-à-vis des agitateurs ».  L’auteur de l’article en profite aussi pour dénoncer ceux qui cherchent à entretenir l’agitation à des fins purement politiques : 

« Les mineurs n’avaient aucune autre raison à faire valoir que celle des taureaux du chemin ; ils ne se plaignaient point du salaire trop faible, ni des journées trop longues, mais seulement du renvoi d’un ouvrier qui manquait à son service trois jours sur quatre et qui possède des ressources pour vivre en faisant de l’agitation.  Donc, aucune raison plausible à la fureur ; ils voyaient rouge. »

À l’opposé, L’Intransigeant, journal républicain, se moque du patronat, « [c]es exploiteurs » qui déplorent  « l’ingratitude » des « exploités ». Il vient rappeler, tout comme La Croix, l’exemple tragique de Fourmies, ville industrielle du nord de la France qui vit le 1er mai 1891 l’armée faire feu sur une manifestation d’ouvriers causant ainsi 9 morts : 

«Constans lui-même, lorsqu’il commanda à son sous-préfet juif de massacrer les ouvriers de Fourmies, vint déclarer à la tribune qu’il avait eu raison de faire assassiner des travailleurs, et il trouva un député nommé Maujan qui présenta un ordre du jour complaisant destiné à approuver à la fois l’action criminelle du ministère et le droit des travailleurs… à recevoir des balles Lebel dans la poitrine. »

Le  président du Conseil, Émile Loubet, face à la crise, propose son arbitrage accepté par le baron Reille qui dirige la Compagnie. Mais le gouvernement finit par envoyer les forces de l’ordre, donnant ainsi à la manifestation une audience nationale. Une partie des ouvriers est arrêtée, ce qui met un terme au mouvement. Jean Jaurès qui s’illustre en prenant leur défense sera élu député de Carmaux en janvier 1893. Comme le rappelle L’Écho de Paris, il vient remplacer le marquis de Solages, député royaliste, membre de la Société des mines de Carmaux et démissionnaire…

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