Écho de presse

C'était à la Une ! Des chiens pour secourir les poilus dans les tranchées

le 16/10/2019 par RetroNews
le 28/03/2019 par RetroNews - modifié le 16/10/2019
L'inspection des chiens sanitaires aux Tuileries, 1915 - source : Gallica - BnF

Dans les tranchées et sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale, des troupes françaises bénéficient de « chiens sanitaires », des animaux spécialement entrainés pour aider les soldats au combat. La journaliste Colette se rend au Parc de Saint-Cloud, à l'ouest de Paris, pour observer leurs méthodes d'entrainement, et les relations - souvent tendres - entre chien et maître.

Lecture en partenariat avec La Fabrique de l'Histoire sur France Culture

Cette semaine : Le Flambeau du 29 mai 1915

Texte lu par Vincent Schmitt

Réalisation : Thomas Dutter

Journal Le Flambeau

29 mai 1915

LES CHIENS SANITAIRES

Par COLETTE

Nous voici, nous, patrouille perdue, arrêtés, hésitants, dans le bois... Il n’y a pas une minute à perdre. L’un de nous crayonne quelques mots sur une feuille de carnet et la confie à notre agent de liaison, — il s’agit pour lui de rejoindre à tout prix notre « gros ».

« L’ennemi est à cinquante mètres. Sommes repérés. Que faire ? »

D’un bond, notre agent de liaison s’enfonce dans le taillis. Comme il court ! Il porte un caparaçon timbré de la Croix-Rouge, il est gris de poil, fauve de prunelles, il montre des dents de loup et six doigts à ses pattes de derrière. . . Son nom ? Turco, berger de la Brie.

C'est pour lui, et pour une demi - douzaine de chiens destinés aux armées française et britannique, que nous jouons à la guerre dans le parc de Saint-Cloud. Mais les chiens, eux, ne jouent pas. Ils travaillent. Ils ont la foi, ils délirent de l’envie de servir.

[…] La patrouille attend, paresseuse, parmi les violettes et les sceaux-de-Salomon. Une branche de merisier secoue sur nous ses pétales et son odeur de miel.

— Turco doit revenir, explique le chef de la patrouille, dresseur émérite de chiens de guerre. Il apportera une lettre, un colis de victuailles, un guide, un secours quelconque. Traversons la route, gagnons l'autre bosquet, il aura plus de peine, mais il nous trouvera.

[…]Le rossignol qui chante au plein jour se tait soudain, à cause d’un patara, patara, patara, sur les feuilles sèches : notre agent de liaison est à nos pieds, fier, haletant, portant au collier cet avis ironique « Débrouillez-vous, Cuisez ennemi à l’étouffée. »

[…] Au carrefour, un lieutenant d’infanterie garde à présent Turco au bout d’une courte laisse, et baisse orgueilleusement les yeux sur lui.

— Ils vont partir ensemble demain, m’explique-t-on. Ils rejoignent à Arras.

[…]Près de moi, j’entends :

— Nous n’en aurons jamais assez. En Allemagne, ils en ont des milliers... Vingt-deux des nôtres, sur les cent quatre-vingts qui sont dans la banlieue, vont partir cette semaine pour le front, parfaitement instruits...

Parfaitement instruits... Soldats, ou chiens ? Je ne sais plus de qui l’on parle. Ceux-ci sont dignes de ceux-là. II n’y a qu’à voir s’éloigner ensemble, déjà amis, ces deux braves qui rejoignent demain : le lieutenant et le chien Turco. Drap bleu-gris, et poil gris-bleu, silencieux, agiles, ils sont déjà couleur d’horizon, couleur de l’ombre azurée des haies, couleur de l’argile bleuâtre des tranchées. Un beau couple de chasseurs qu’on « citera » peut-être ensemble. Car l’Œuvre a son tableau d’honneur et ses martyrs.

Chiens, nos compagnons dans la guerre et dans la paix, chiens, de qui la confiance humaine exige et reçoit tout, chiens, c’est pour notre édification que je veux dire le beau destin de Pick, chien sanitaire fameux. Il servit son pays et ses frères soldats, et mourut glorieusement, le flanc percé d’une balle allemande.

[…]Et quand au petit fox-terrier anonyme, gros comme un lapin, qui, après avoir retrouvé cent cinquante blessés à la bataille de la Marne, s’égara et sut revenir à son maître à travers les lignes ennemies, — celui-là a déjà reçu sa récompense : il est retourné au front, dans les Vosges.