Écho de presse

C'était à la Une ! La capitulation de Madrid face aux forces de Franco

le 07/05/2019 par RetroNews
le 03/05/2019 par RetroNews - modifié le 07/05/2019
Bâtiment de la Députation Provincial de Madrid en ruines, 1939. Source : Biblioteca Digital de Madrid

Après quasiment deux ans et demi de siège, la ville de Madrid capitule face aux soldats franquistes. Cet acte du conflit prècede de peu la fin de la guerre d'Espagne, qui est proclamée le 1er avril. Dans cet extrait, la rédaction du journal Le Matin s'interroge sur l'avenir de la capitale espagnole et des réfugiés exilés en France.

Lecture en partenariat avec La Fabrique de l'Histoire sur France Culture

Cette semaine : Le Matin du 29 mars 1939

Lecture Elsa Dupuy

Réalisation Marie-Laure Ciboulet

Le Matin

29 mars 1939

Madrid s'est rendu au général Franco

Les troupes nationalistes ont occupé la capitale abandonnée par les chefs rouge

La population madrilène a accueilli les libérateurs avec un grand enthousiasme

 

Madrid s'est rendu. La nouvelle, qui du reste n'a causé aucune surprise après la déclaration faite la nuit dernière par le général Franco, a été annoncée par le poste de radio madrilène aux premières heures du matin.

L'occupation s'est faite sans qu'un seul coup de feu fût tiré. Ainsi s'est terminé aujourd'hui le siège qui avait commencé le 6 novembre 1936.

D'après des informations parvenues de Burgos, les premières troupes à pénétrer dans Madrid ont été des compagnies mixtes espagnoles et italiennes commandées par le général italien Gambara.

Escaladant les barricades qui avaient été dressées par les défenseurs rouges, les soldats nationalistes ont été accueillis avec enthousiasme par la foule qui s'élançait à leur rencontre. L'occupation a été complétée par l'arrivée de deux cent mille hommes ayant à leur tête le général Franco lui-même...

Des drapeaux blancs étaient apparus pendant la nuit à presque toutes les fenêtres de la ville mais, ça et là, les couleurs franquistes se mêlaient à l'étendard de la soumission.  Les Madrilènes, hommes, femmes et enfants, ont donné le salut fasciste aux troupes nationalistes à leur passage dans les rues et ont crié en chœur  : « Vive Franco ! »

La fameuse cinquième colonne madrilène, composée de sympathisants nationalistes demeurés dans la ville pendant toute la durée de la guerre civile, a pu se montrer ouvertement pour la première fois et parcourir en camion les principales artères.

Aujourd'hui, dans les magasins de Madrid, les billets de banque de la République ne sont pas acceptés en paiement.

C'est la Russie qui doit recueillir les réfugiés espagnols

Maintenant que les pouvoirs publics français sont unanimes à exiger le départ de France des réfugiés espagnols qui sont nourris, éclairés, couchés et chauffés aux frais des contribuables, maintenant que l'on a fait comprendre à M. Lequerica, ambassadeur d'Espagne, qu'il était impossible de conserver plus longtemps hors de leur pays des gens qui ne demandent qu'à y retourner, une question importante se pose de nouveau, celle des réfugiés de l'Espagne qui vient de capituler, réfugiés que Madrid, Valence, Albacète et Alicante songent à refouler sur la France.

Comment pourrait-on accueillir ces réfugiés de la dernière heure alors que l'expérience a démontré qu'il était urgent de se débarrasser des autres, qui les précédèrent dans les camps ?

Répondre par l'affirmative serait une véritable gageure. Il faut que le ministère des affaires étrangères prenne à cet égard une position formelle.

Pourquoi la Russie, qui a fait la révolution espagnole, n'accueille-t-elle pas aujourd'hui ceux qui doivent fuir l'Espagne pour avoir obéi aux ordres de Moscou.

Evidemment, il y aurait un moyen simple et facile de hâter le retour des réfugiés espagnols vers leur terre natale : ce serait d'utiliser les camions espagnols qui les ont amenés sur la terre de France. Ainsi s'évanouiraient les difficultés de transport que les administrations des deux pays se jettent à la tête.

Nous détenons actuellement quelque quinze cents camions espagnols provenant de l'exode de Catalogne : il ne serait pas difficile là-dessus d'en prélever un millier, de faire monter dans chacun d'eux une quarantaine de réfugiés, de diriger le tout sur la frontière pyrénéenne et les autorités franquistes, en même temps qu'elles récupéreraient les camions, récupéreraient leur chargement. Cela nous ferait toujours 40.000 clients de moins sur les bras.

Il en est de même pour les bateaux que nous nous sommes engagés à rendre au général Franco: va-t-on les lui rendre vides ou ne va-t-on pas profiter de l'occasion pour les utiliser comme transports et faire monter des réfugiés à bord ?

On aimerait qu'en ce pays de France, où l'on relève souvent des excès d'imagination, on en trouve quelques traces dans les bureaux ministériels : tout se passe comme si chacun en était totalement dépourvu.

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