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Fête de la Fédération 14 juillet 1790

le par - modifié le 21/12/2021
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Plus que la simple commémoration du premier anniversaire du 14 juillet 1789, la fête de la Fédération est l’illustration des luttes politiques et de l’émergence d’un mouvement fédéraliste durant l’année 1790.

 

Les pactes fédératifs

Après le discours de Louis XVI du 4 février 1790 durant lequel il approuve les travaux de l’Assemblée, de nombreux députés prêtent serment de fidélité à la loi, au roi et à la nation. Cette initiative est reprise par de nombreuses fédérations en Bretagne, dans le Dauphiné ou encore dans la vallée du Rhône. Ce serment de fidélité n’est pas un geste révolutionnaire mais un usage tombé en désuétude.

Percevant l’émergence des fédérations comme de potentiels concurrents, l’Assemblée constituante autorise les soldats à se joindre aux pactes fédératifs le 4 juin 1790. Le 5 juin 1790, les députés prennent l’initiative de la fête de la Fédération afin de contrer le projet de la Commune de Paris.

La première de ces grandes fêtes civiques est célébrée à Lyon le 30 mai 1790. Devant un temple de la Concorde et une statue de la Liberté, la garde nationale de Lyon et des délégations des départements voisins fraternisent et prêtent serment d’être fidèles à la nation, à la loi et au roi.

Camp fédératif de Lyon tenu le 30 Mai 1790 - source : Gallica-BnF

Une vitrine politique : le Champ-de-Mars

Vue des travaux du Champ-de-Mars. Dix mille terrassiers étaient employés aux préparatifs ; Pierre Gentot ; 1790 - source : Gallica-BnF

Afin de célébrer cette fête, il est décidé d’aménager le Champ-de-Mars et d’y édifier un cirque pouvant accueillir près de 100 000 spectateurs. Pour ce faire, 1200 ouvriers commencent le chantier le 1er juillet 1790. Se rendant compte que les travaux ne pouvaient pas être terminés à temps, on fait appel à la bonne volonté des Parisiens.

Participer aux travaux de terrassement devient un geste patriotique que chacun veut faire. Le 9 juillet, le roi se rend sur le chantier pour y travailler un peu, comme le marquis de La Fayette. La venue de ces deux hommes, par exemple, est commentée et fait l’objet d’une large publicité. Durant ces travaux, l’unité de la Nation idéalisée devient réalité puisque les ouvriers y côtoient les nobles, les prêtres, les bourgeois... De nombreuses chansons, comme le célèbre Ah ! Ça ira ! , décrivent parfaitement l’atmosphère de gaieté et d’union. Cependant certaines voix, comme celle de Marat, se font entendre et n’hésitent pas à critiquer les préparatifs.

L'effet du patriotisme et l'activité des citoyens de Paris pour l'avancement des travaux du Champ-de-Mars. Et tous d'accord repetoient le refrain cheri, Ah ! ça ira, ça ira, ça ira ; 1790 - source : Gallica-BnF
Aux deux soutiens de la liberté, paix douceur union sentiment vertueux. Voila tout ce qu'il faut pour la cause publique. La Fayette et Bailli nous soutenant tout deux, Nous avons écrasé l’hydre aristocratique ; 1790 - source : Gallica-BnF

La fête de la Fédération

La fête se déroule, comme prévu le 14 juillet 1790, avec le défilé des 100 000 fédérés devant les Parisiens. Malgré la pluie, la foule est immense et enthousiaste d’assister à un spectacle nouveau, illustrant l’union des sujets du roi, vertueux et chéri. En présence de la famille royale, une messe est célébrée par Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, évêque d’Autun.

Le commandant de la garde nationale, La Fayette, est le premier à prêter serment au nom des gardes nationales fédérées : « Je jure d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par le roi ». Il est suivi par le président de l’Assemblée qui prête serment au nom des députés et des électeurs. Le roi prête à son tour le serment, suivi par la reine montrant le Dauphin. Cette fête devient le modèle des fêtes fédératives célébrées dans tout le royaume. Mais les fédérations, occupant le premier plan durant les années 1789 et 1790, représentent une alternative politique à l’État central et seront donc à ce titre rejetées en 1793.

Le journal Révolutions de France et de Brabant  de juillet 1790 est consacré à la fête de la Fédération qui y est présentée comme une « idée sublime » proposée par des Parisiens, des Artésiens et des Bretons.

Camille Desmoulins oppose le peuple bon et généreux au comité de constitution qui « impose un avilissement progressif » et s’est emparé de cette célébration afin de « la faire tourner à [son] avantage ». Il relate par la suite le déroulement des travaux réalisés par près de 15 000 ouvriers qui ont édifié une enceinte pouvant accueillir 600 000 personnes, et précise que « Rome n’aurait rien vu de pareil ». Le choix du Champ-de-Mars permet d’effacer le souvenir du « camp de 20 000 bourreaux », les régiments étrangers cantonnés au début du mois de juillet 1789.

La participation de 80 000 Parisiens aux travaux est l’occasion pour l’auteur de montrer l’unité des Français, de célébrer l’élan fraternel et de glorifier certains citoyens comme les invalides de guerre (« légion de vétérans estropiés »), véritables exemples pour l’ensemble des citoyens, ou encore la « jeunesse bouillante », incarnation de l’avenir et d’une « France régénérée ». Il relève l’émulation entre les différentes composantes de la société. Il dénonce l’engouement de la population pour le général La Fayette, qui peut être qualifié d’idolâtrie lorsque l’on « associe son cheval à sa gloire ».

Après avoir relaté le déroulement de la fête, il interpelle les fédérés et fait part de ses inquiétudes. Camille Desmoulins, après avoir loué les préparatifs, déplore une « cérémonie vaine ».

Dans L’Ami du peuple du 16 juillet 1790, Marat se montre critique envers les fêtes du pacte fédératif, dénonçant une « supercherie indigne ». Il oppose le peuple aux administrateurs de Paris qui, sous la conduite de « Bailly et tous les fripons qui manient les grandes affaires, ne rêvent que prospérité et bonheur » alors qu’ils « nagent dans l’opulence ». Il dénonce ces hommes qui exigent, « après sept mois de famine », que le peuple participe aux travaux qu’ils viennent d’ordonner. Marat voit dans cette fête de la Fédération une « fausse image de la félicité publique ». Les jours de fête sont donc consacrés à l’amusement du peuple afin de le détourner de la vie politique et des prochaines élections qui doivent se tenir.

Fédération générale des Français au Champ-de-Mars ; C. Monet, I.-S. Helman, A.-J. Duclos ; 1790 - source : Gallica-BnF

Gilbert du Motier, marquis de La Fayette (1757-1834) 

Riche orphelin, le marquis de La Fayette se lance dans une carrière militaire en 1771. Libéral, il se veut réformateur et participe à la vie politique française à partir de l’Assemblée des notables (1787). Il est l’un des acteurs importants des évènements de 1789 à 1791. La fête de la Fédération marque l’apogée de sa popularité. En 1791, il prend conscience qu’il ne peut plus suivre le chemin pris par la Révolution. Déclaré “traître à la nation” en août 1792, il s’enfuit, est fait prisonnier par les Autrichiens puis est remis à la Prusse. Il rentre en France en 1800 mais s’abstient de toute intervention politique avant la Restauration de 1814. Il participe activement à la Révolution de 1830.

M. le marquis de La Fayette : commandant-général de la Garde nationale et citoyenne de la ville de Paris : Pro libertate, pro patria ; 1789-92 - source : Gallica-BnF

Bibliographie

 

Jean-Pierre Bois, Histoire des 14 juillet, 1789-1919, Éditions Ouest-France université, 1991.


Jean-Clément Martin, Nouvelle histoire de la Révolution française, Perrin, 2012.


Michel Biard (dir.), La Révolution française - Une histoire toujours vivante, Tallandier, 2010.

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