Écho de presse

Les débuts de la guillotine, machine à tuer « démocratique »

le 19/06/2019 par Pierre Ancery
le 07/03/2018 par Pierre Ancery - modifié le 19/06/2019
La mort de Robespierre, guillotiné à Paris le 28 juillet 1794 - source : Gallica-BnF

« Tout condamné à mort aura la tête tranchée » : la guillotine, adoptée en 1792, impose un procédé d'exécution unique pour tous, criminels, bandits – ou rois.

La guillotine, machine à tuer égalitaire ? Avant la Révolution, plusieurs modes d'exécution coexistaient en France. Ils variaient selon la nature du crime et le statut social du condamné. Pour un même crime, un bandit pouvait ainsi être roué vif en place publique, alors qu'un noble avait « droit » à une décapitation au sabre.

 

Lorsqu'éclate la Révolution, on réfléchit à une façon unique de mettre à mort les condamnés : désormais, tous les citoyens doivent être égaux devant la loi. Il faut en outre que le moyen soit rapide et efficace, car les décapitations « à la main » échouaient souvent à la première tentative et donnaient lieu à des spectacles atroces et interminables.

 

C'est le député Joseph Ignace Guillotin, franc-maçon et médecin de formation, qui prend en charge la question. Le 10 octobre 1789, il lit un discours préliminaire devant l'Assemblée nationale dans lequel est acté le principe d'un procédé unique, le « décollement » (décapitation) :

 

« À l’ouverture de la séance, quelques articles additionnels [...], proposés par M. Guillotin, ont été rappelés.

 

Ils établirent la suppression de l’infamie pour les familles des coupables livrés au supplice. L’uniformité du supplice de mort pour tous les criminels qui seront condamnés à perdre la vie, de quelque rang et condition qu’ils soient ; la même uniformité de peine capitale pour les divers crimes capitaux : ce supplice unique serait le décollement. »

 

C'est au cours de ce discours que Guillotin aurait dit : « Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d’œil, et vous ne souffrez point », une phrase qui, en raison du mystère entourant cette fameuse « machine », suscita de nombreux commentaires.

 

C'est que la guillotine n'est alors pas encore inventée. Elle a des ancêtres, telles la « maiden » écossaise ou la « mannaia » italienne, mais il reste à en créer une version moderne.

 

Pour ce faire, il faut attendre le 6 octobre 1791 et l'adoption de l'article 2 du code pénal, stipulant que désormais, « la peine de mort consistera dans la simple privation de la vie ». « Tout condamné à mort aura la tête tranchée », ajoute la loi.

 

En mars 1792, Antoine Louis, un expert médical, est nommé pour réfléchir au meilleur procédé. Il étudie scientifiquement le problème. Le Mercure universel publiera l'intégralité de son « Avis motivé sur le mode de la décollation » :

 

« Le mode en usage par le passé pour trancher la tête à un criminel, l'expose à un supplice plus affreux que la simple privation de la vie […].

 

On doit rappeler ici ce qui a été observé à la décapitation de M. de Lally. Il était à genoux, les yeux bandés. L'exécuteur l'a frappé à la nuque. Le coup n'a point séparé la tête, et ne pouvait le faire [...].

 

C'est par trois ou quatre coups de sabre que la tête a été enfin séparée du tronc. »

 

Antoine Louis conclut en vantant les mérites de l'appareil qu'il se propose de mettre au point :

 

« Il est aisé de faire construire une pareille machine, dont l'effet est immanquable. La décapitation sera faite en un instant, suivant l'esprit et le vœu de la nouvelle loi. Il sera facile d'en faire l'épreuve sur des cadavres, et même sur un mouton vivant [...].

 

Cet appareil, s'il paraît nécessaire, ne fait aucune sensation, et serait à peine aperçu. »

 

Anecdote cruelle : Antoine Louis, peu de temps auparavant, a rencontré Louis XVI aux Tuileries pour discuter de son nouveau procédé. Passionné de mécanique, le roi fut séduit et donna son approbation...

 

Louis va s'adjoindre les services d'un mécanicien, Tobias Schmidt, qui réalise le prototype. La machine sera haute de quatorze pieds, disposera d'une lame oblique, plus efficace qu'une lame droite, et sera montée sur un échafaud. Il faut en vérifier l'efficacité : on l'expérimente avec succès sur des moutons vivants, puis sur des cadavres de prisonniers.

 

Le 25 avril 1792 a lieu la première exécution, à Paris. C'est Nicolas Jacques Pelletier, condamné pour avoir tué et volé un passant, qui en fait les frais. Le Mercure universel raconte :

 

« Le nommé Pelletier, convaincu d’assassinat, a été condamné par le 5e tribunal criminel à avoir la tête tranchée. Cette exécution s’est faite aujourd’hui, place de Grève.

 

Ce nouveau genre de supplice avait attiré une affluence considérable. La machine était posée sur un échafaud, élevé d’environ six pieds : attacher le condamné sur une planche, lui trancher la tête, a été l’affaire d’un instant, sans même que le public aperçut une trace de sang, tant ses dispositions sont bien prises. »

 

En réalité, la foule, déçue par la rapidité de l'exécution, hue le bourreau. Le lendemain, une chanson court les rues de Paris : « Rendez-moi ma potence de bois, rendez-moi ma potence ! ».

 

L'engin de mort porta plusieurs noms et surnoms avant de recevoir celui de guillotine : le « moulin à silence », la « Louisette » (en hommage au docteur Louis), le « rasoir national » ou encore le « raccourcissement patriotique ».

 

Elle fonctionna chez nous pendant presque deux siècles, jusqu'au 10 septembre 1977, date de l'exécution d'Hamida Djandoubi, qui fut le dernier condamné à mort exécuté en France.

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