Écho de presse

Louise Michel, l'héroïne de la Commune face à ses juges

le 21/09/2021 par Pierre Ancery
le 23/09/2019 par Pierre Ancery - modifié le 21/09/2021
Portrait de Louise Michel en 1880 - source : WikiCommons
Portrait de Louise Michel en 1880 - source : WikiCommons

En décembre 1871, Louise Michel est jugée en conseil de guerre pour sa participation active à la Commune. Lors de son procès, celle qu'on surnommait la « Vierge rouge » demande à être exécutée, en solidarité avec les victimes de la Semaine sanglante.

Devenue dans la seconde partie de sa vie une icône révolutionnaire, anarchiste et féministe, Louise Michel (1830-1905) s'est d'abord rendue célèbre pour sa participation au soulèvement de la Commune de Paris, en 1871.

Tout au long de l'insurrection, l'institutrice que l'on surnommerait plus tard la « Vierge rouge » fut en première ligne, s'illustrant à la fois comme une des personnalités les plus radicales du soulèvement et comme sa principale figure féminine.

Inlassable activiste, elle est pendant la Commune à la fois propagandiste, ambulancière et combattante. Le 22 janvier, vêtue d'un uniforme de la garde nationale, elle fait feu sur l'Hôtel de ville. Par la suite, elle prend part à l'affaire des canons de la Garde nationale, sur la butte Montmartre, puis livre bataille à Clamart, Issy-les-Moulineaux et Neuilly.

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Le 14 avril, Le Cri du peuple, journal des insurgés dirigé par Jules Vallès, cite ainsi son nom, expliquant que « la citoyenne Louise Michel, qui a combattu si vaillamment aux Moulineaux, a été blessée au fort d'Issy. »

Le 15 mai, le quotidien publie le programme du Club de la Révolution, qu'elle anime à l'église Saint-Bernard de la Chapelle, dans le XVIIIe arrondissement :

« 1° Suppression de la magistrature [...].

2° Suppression des cultes, arrestation immédiate des prêtres [...] ; vente de leurs biens, meubles et immeubles, ainsi que ceux des fuyards et des traîtres qui ont soutenu les misérables de Versailles, le tout au profit des défenseurs du droit [...].

5° Suppression des maisons de tolérance.

6° […] Exécution d'un otage sérieux toutes les heures, jusqu'à la mise en liberté et l'arrivée à Paris du citoyen Blanqui, membre de la Commune. »

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1871, la Commune

Une collection de journaux réimprimés en intégralité pour revivre la Commune à travers la presse de l'époque : caricatures, textes engagés, témoignages.

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Louise Michel se portera en outre volontaire pour assassiner Adolphe Thiers – le même qui allait mener l'écrasement des insurgés lors de la Semaine sanglante, en ce même mois de mai 1871. Lors des derniers combats, elle se rend afin de faire libérer sa mère, arrêtée à sa place. Enfermée au camp de Satory, près de Versailles, Louise Michel va y assister à l'exécution de ses amis communards.

Son procès, qui démarre en décembre 1871, va être abondamment commenté par la presse traditionnelle – ou « versaillaise » –, qui lui consacre une série de portraits à charge. L'Univers, journal catholique farouchement anti-révolutionnaire, écrit par exemple le 18 décembre :

« Parmi celles qui paraissent avoir exercé une influence considérable dans certains quartiers, on remarquait Louise Michel, ex-institutrice aux Batignolles, qui ne cessa de montrer un dévouement sans bornes au gouvernement insurrectionnel.

Tantôt elle cherchait à exciter à la lutte par des discours incendiaires dans les clubs et par des articles furieux qu'imprimaient le Cri du Peuple de Vallès et les autres journaux extrêmes ; tantôt, quittant les habits de son sexe, elle prenait part aux combats et venait ensuite goûter les douceurs de sa popularité, en se faisant promener en voiture au milieu de ce peuple qui l'acclamait. »

La République française, dans son édition du 17 décembre, fait une longue description de Louise Michel au moment où elle est amenée sur le banc des accusés :

« Louise Michel est une femme de 36 ans [sic], grande, froide et digne ; sa mise n’affiche ni prétention à l’élégance ni affectation d’originalité. Elle est celle d’une femme de condition modeste, peu soucieuse d’attirer les regards.

Tout, d'ailleurs, dans l’attitude de Louise Michel, dans l’expression de sa physionomie étrange, respire l’ascétisme et le renoncement. Le front élevé, mais un peu fuyant, se perd sous une chevelure noire très abondante. Le regard s’anime par instants et brille ; mais il est d’ordinaire très calme et d’une fixité profonde, indice d’une vraie force de volonté. Le nez est long, effilé, la lèvre mince d’un rouge vif ; tout cela sans manquer d’une certaine grandeur, constitue un ensemble viril.

Louise Michel est un homme obéissant à une imagination féminine. »

Malgré le parti-pris hostile des rédacteurs, son attitude radicale lors du procès, longuement détaillée dans la presse, va marquer durablement les esprits. La République française retranscrit ainsi l'interrogatoire de l'accusée :

« M. le président – Vous avez entendu, accusée ; qu’avez-vous à répondre pour votre justification ?

Louise Michel – Je ne veux ni me défendre ni être défendue. J'appartiens à la Révolution sociale, et j'accepte la responsabilité de tous mes actes. Vous jugez à visage découvert. Vous n'êtes pas la commission des grâces ; c’est à visage découvert que je veux me présenter devant vous. On parle du général Lecomte, je ne vous cache pas que j’aurais tiré sur lui si j’avais été là quand il a ordonné de tirer sur le peuple, mais j’ajoute que, prisonnier du peuple, il était sacré pour moi, et que j’ai toujours considéré le fait de son exécution comme une lâcheté indigne [...].

On m’accuse d’avoir proposé l’incendie de Paris. Oui, je l'ai proposé ; mais encore une fois c’était là une idée qui m’était personnelle. Je voulais opposer aux envahisseurs une barrière de flammes. Quant à être complice des actes de la Commune, je ne m’en défends pas : les membres de la Commune voulaient comme moi la Révolution sociale, ils n’étaient ni des voleurs, ni des assassins, ni des incendiaires. Il y a eu de grands crimes commis, oui, je le sais, mais les criminels n’appartiennent pas à notre parti, ce sont des agents salariés de la police que l’on découvrira tôt ou tard.

Enfin, que voulez-vous que je vous dise ? À quoi me servirait-il de me défendre ? Est-ce que ma défense pourrait peser sur votre décision ? Vous êtes des hommes et je ne suis qu’une femme, vous me tenez désarmée entre vos mains, faites de moi ce que vous voudrez, peu m’importe. »

Les questions s'enchaînent : on l'interroge sur sa participation aux événements, mais également sur le fait qu'elle a enfilé les vêtements masculins de la garde nationale, une anecdote sensationnaliste répétée à l'envi par les journaux. À l'issue du jugement, Louise Michel réclame pour elle la peine de mort, en solidarité avec les victimes de la Semaine sanglante.

« Le président – Louise Michel, avez-vous quelque chose à ajouter ?

Louise Michel – Ce que je réclame de vous qui vous donnez comme des juges et vous instituez conseil de guerre, de vous qui, du moins, ne vous cachez pas pour frapper comme la commission des grâces, c’est une place au champ de Satory, où nos frères sont déjà tombés. Oui, on a eu raison de le dire, je n’ai plus de place dans ce monde, et puisqu'au temps où nous vivons, il semble que tous ceux en qui vibre encore l’amour de la liberté n’aient plus droit qu’à un peu de plomb dans le cœur, j’en réclame ma part.

Tant que je vivrai, retenez bien ceci, je m’élèverai contre vous du haut de ma conscience. On m’entendra en tous lieux crier : vengeance, vengeance, et exciter nos frères à la haine des assassins de la commission des grâces. Si vous n’êtes pas des lâches, tuez-moi ! »

Louise Michel sera finalement condamnée à la déportation en Nouvelle-Calédonie. Commentaire assassin du Figaro le 19 décembre :

« Ces messieurs du 6e conseil ont fait œuvre de bonne justice eu n'accordant pas à cette énergumène les honneurs du peloton d'exécution.

La peine de mort appliquée aux femmes a quelque chose qui révolte la conscience, et c'est à ce sentiment qu'a cédé la commission des grâces en commuant la peine des pétroleuses en celle des travaux forcés à perpétuité [...].

Il y a des scélérats qui ont de la chance. »

Louise Michel passera sept ans en Nouvelle-Calédonie, où elle refusera toute grâce individuelle et soutiendra la révolte kanak de 1878. De retour à Paris en novembre 1880, elle sera accueillie en héroïne, à sa sortie du train, par une foule chantant : « Vive Louise Michel, vive la Commune, à mort les assassins ! »

Pour en savoir plus :

Xavière Gauthier, La Vierge rouge, Editions de Paris Max Chaleil, 1999

Prosper-Olivier Lissagaray, Histoire de la Commune de 1871, La Découverte, 2005

Louise Michel, La Commune, 1898, à lire sur Gallica

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