Écho de presse

Guy Môquet, martyr communiste de 17 ans

le 26/10/2021 par Julie Duruflé
le 09/01/2020 par Julie Duruflé - modifié le 26/10/2021
Guy Môquet, âgé de 16 ans - Source : Nouvel Obs'

22 octobre 1941, 27 otages sont fusillés au camp de Choisel, à Châteaubriant. Parmi eux, un jeune communiste de 17 ans : Guy Môquet.

Dans la France occupée de 1941, une série d'attentats et représailles opposent les nazis et une résistance qui commence à s'organiser. L'invasion de l'Union soviétique par l'Allemagne, en juin 1941, décide le Parti communiste à attaquer l'occupant sur le sol français.

Arrêté 8 mois plus tôt parce qu'il militait aux Jeunesses communistes, Guy Môquet, fils d'un député du Parti, est alors interné au camp de Choisel à Châteaubriant, où il avait été transféré à la suite d'un acquittement lors de son procès. Choisel est l'un de ces camps de rétention administrative qui accueillent dès 1939 des « indésirables » de toute nature (communistes, Juifs allemands, prostituées...) ; acquitté mais pas libéré pour autant, Guy Môquet y retrouve plusieurs figures importantes du Parti communiste. C'est là qu'il se trouve le jour où se produit l'attentat qui le conduira à la mort.

20 octobre 1941. Les Jeunesses communistes organisent une nouvelle riposte à Nantes et abattent Karl Hotz, responsable des troupes d'occupation pour le département de la Loire-Inférieure. La presse collaborationniste dénonce, le 22 octobre, un attentat « lâche » et « abominable ». Le Petit Parisien s'insurge contre un crime « unanimement condamné à Vichy », qui touche un homme porté dans son travail par « un véritable souci d'humanité » : « deux criminels – on hésite encore à écrire : deux Français – ont frappé dans le dos et dans l'ombre le lieutenant-colonel Hotz, chef de la Feldkommandantur de Nantes. »

Les coupables courent toujours. L'information s'adjoint dans les unes d'un avis menaçant, daté du 21 octobre (soit le lendemain de l'attaque) et signé par le General der Infanterie von Stülpnagel :

 « [...] En expiation de ce crime, j'ai ordonné préalablement de faire fusiller cinquante otages. Étant donné la gravité du crime, cinquante autres otages seront fusillés au cas où les coupables ne seraient pas arrêtés d'ici le 23 octobre 1941, à minuit ».

Le 22 octobre, 48 otages – et non pas 50 – extraits des camps français sont fusillés : 5 au mont Valérien, 16 à Nantes et 27 à Châteaubriant, dont Guy Môquet, alors âgé de 17 ans, le plus jeune d'entre eux. La presse publie dès le 23 octobre la liste des exécutés, ainsi qu'un appel de l'amiral Darlan à la dénonciation : 

« Votre intérêt, celui de nos prisonniers, que nous désirons voir revenir parmi nous le plus tôt possible, vous font un devoir de porter à notre connaissance tous les renseignements qui pourraient vous parvenir sur la préparation d'actes d'agression. »

Au milieu des noms des 48 morts, « Moquet (Guy), de Paris, communiste » figure au 20e rang, sans mention particulière pour son jeune âge. La presse officielle suit l'enterrement de Karl Hotz, puis se fait discrète sur l'avancée de l'enquête et les réactions populaires quant à l'exécution.

Octobre 1944, trois ans jour pour jour après la mise à mort des otages et moins de deux mois après la libération de Paris, le journal Ce Soir titre sur « la journée des martyrs », qui doit se dérouler sur les lieux du drame en l'honneur de la mémoire « des patriotes fusillés à Châteaubriant » :

« C'était le 22 octobre 1941, au matin, dans le décor d'une carrière de sable. [...] Les hommes savent qu'ils vont mourir. Il y a des jeunes gens parmi eux. Un collégien, Guy Moquet, âgé de dix-sept ans, chante la Jeune Garde, chant patriotique qui se mêle aux accents de la Marseillaise, du Chant du Départ, entonnés par les autres.

Le massacre doit s'exécuter en moins de dix minutes. Il s'effectue avec une inqualifiable sauvagerie. »

Sur les derniers instants de Guy Môquet, le journal croit savoir que, « en présence de tant d'horreur, le jeune Guy Moquet perd connaissance. On ne le fusillera que quelques secondes plus tard, en pleine conscience, après avoir été ranimé à coups de crosses. »

Finalement, Ce Soir conclut sur le trajet clandestin de la nouvelle au moment des faits : 

« Sous le nom de Témoin des Martyrs, c'est notre directeur, M. Aragon, qui, le premier, a fait connaître au monde la nouvelle de l'exécution de Châteaubriant et les détails des heures tragiques qui l'ont précédée, dans un texte circulant clandestinement en France et très vite repris par Alger et toutes les radios alliées de Boston à Moscou. »

Fin 1942, Louis Aragon avait reçu des documents éparses contenant les témoignages des hommes de Châteaubriant accompagnés d'un mot : « Fais de cela un monument ». Il rédige alors Le Témoin des martyrs, un opuscule publié clandestinement et largement diffusé, qui consacre les fusillés en héros patriotiques.

Surtout, Guy Môquet est érigé comme symbole du lourd tribut payé par la jeunesse française à la guerre. Le dirigeant du PCF Raymond Guyot évoque « les belles figures des martyrs Danielle Casanova et Guy Moquet » dans un discours relayé par la presse en février 1944, tandis qu'une rue de la municipalité de Birmandreis est baptisée du nom du jeune communiste. En octobre 1944, Ce Soir rapporte brièvement une cérémonie « en souvenir de Guy Môquet » au lycée Carnot, où il avait été élève :

 « Les élèves du lycée Carnot se recueillent. Ils saluent la mémoire d'un des leurs [...]. Tous ces jeunes visages sont là, le regard perdu dans une profonde rêverie [...]. La plupart d'entre eux ont participé à la lutte et cela a gravé sur leur visage une plus mâle assurance. [...] Guy Moquet fut l'exemple du dévouement à une juste cause. Son exemple a été et sera suivi par une jeunesse qui a maintenant conscience de ses devoirs. »