Écho de presse

C'était à la Une ! Une visite à Gustave Courbet, Communard emprisonné

le 08/04/2019 par RetroNews
le 28/03/2019 par RetroNews - modifié le 08/04/2019
Une photographie de Gustave Courbet prise par Nadar dans les années 1860. Source : Gallica - BnF

Novembre 1871 : Gustave Courbet est emprisonné pour son implication dans la Commune de Paris. Rencontre avec un Communard nommé Courbet, derrière les barreaux de Sainte-Pélagie.

Lecture en partenariat avec La Fabrique de l'Histoire sur France Culture

Cette semaine : Le Petit Journal du 7 novembre 1871

 

Lecture Nathalie Kanoui

Réalisation Séverine Cassar

Le Petit Journal

Mardi 7 novembre 1871

UNE VISITE À COURBET

Un artiste de Dijon, qui est un des amis du maître d'Ornans, a obtenu lundi la faveur de le visiter, et c'est à son obligeance que nous devons les détails suivants, d'une exactitude parfaite :

Depuis trois jours seulement Courbet est en possession de ses pinceaux, de sa palette et de ses couleurs. Il avait demandé au général Valentin l'autorisation de faire une vue de Paris à vol d'oiseau des combles de Sainte-Pélagie.

« J'aurais peint cela, disait-il à son ami, dans le genre de mes marines, avec un ciel d'une profondeur immense, Paris avec ses monuments, ses maisons, ses dômes simulant les vagues tumultueuses de l'Océan. Malheureusement l'autorisation m'a été refusée, sous prétexte que je n'étais pas ici pour m'amuser. »

Et il ajoutait : « Le local que j'occupe est trop peu spacieux pour me permettre de travailler de souvenir, moi qui ne suis qu'un copiste plus ou moins exact de la nature, quand elle veut bien se montrer à moi sous ses aspects différents. »

Le fait est que, si Courbet est un méchant politique, il n'en est pas moins un des peintres les plus remarquable de ce temps, et...le préfet de police a peut-être tort de nous priver d'une toile, qui aurait au moins le mérite de l'originalité. S'il ne le fait pas par intérêt pour l'artiste, il pourrait du moins se départir de sa rigueur en faveur du prochain salon.

Puis, comme le peintre n'a garde d'oublier ses idées artistiques : « Je ne puis cependant pas, continua-t-il, faire une étude quelconque représentant le Sacrifice d'Abraham ou le Songe de Jacob, puisque je ne les ai jamais vus. »

La prison a beau faire, Courbet est toujours dans les plus mauvais termes avec l'idéal.

« En revanche, dit-il, et comme compensation, on m'a proposé de me livrer à la confection des chaussons de lisière. Cela est bien aussi du réalisme, mais malgré la confiance que l'on prétend que j'ai dans mon talent, j'ai cru devoir décliner cette proposition militaire. »

Du régime matériel de la prison, Courbet ne se trouve pas mal : il a le bon sens de ne pas se plaindre. « Je n'ai rien à dire, fit-il en terminant, je n'en suis pas affecté puisque je commence à reprendre mon embonpoint. Seulement chaque jour, à quatre heures et demie du soir, j'éprouve le désagrément d'entendre glisser les verrous de ma cellule, et cela me produit une impression désagréable.»

Parbleu ! - mais aussi qu'allait-il donc faire dans cette galère de la Commune ?