Écho de presse

C'était à la Une ! La République française "une et indivisible"

le 10/09/2018 par RetroNews
le 27/10/2017 par RetroNews - modifié le 10/09/2018
Au nom de la République française une et indivisible : dessiné par Moitte an 2 de la République ; et gravé par Pauquet - Source Gallica BnF

L'article du jour retrace la séance mouvementée de la Convention nationale du 25 septembre 1792 : sous les accusations de dictature, la République française est décrétée une et indivisible.

En partenariat avec "La Fabrique de l'Histoire" sur France Culture

Cette semaine : La Gazette. 26 septembre 1792.

Lecture : Daniel Kenigsberg

Réalisation : Séverine Cassar

 

« CONVENTION NATIONALE - Mardi 25 septembre.

Cette séance ouverte à neuf heures du matin, n'a été terminée qu'à six heures du soir : il n'a été rendu qu'un seul décret qu'on auroit pu rendre en deux minutes. Le reste du tems [sic] a été remplis [sic] par des débats particuliers.

Ces débats où il n'a été question que de conspirations, que de complots pour arriver à la dictature, au triumvirat, que de poignarder, que de faire tomber des têtes, que de se brûler la cervelle ; ces querelles, qu'à chaque instant on s'attendoit à voir devenir sanglantes, ont répandu sur le sanctuaire des loix [sic] et de la liberté, je ne sais quel caractère sombre et farouche, qui de là pourroit se répandre sur la France entiere, si la France en étoit entretenue avec trop de détails [...].

M. Lavau et M. Merlin ont ensuite demandé le rapport de la loi, qui a décrété hier pour la convention nationale une force armée, composée d'hommes pris dans les 83 départemens [sic]. Ce n'est pas la force armée, disoit le citoyen Merlin qui nous défendra, mais l'amour du peuple ; on parle de dictateur, de triumvirat : que le citoyen la Source que j'interpelle, dise s'il ne m'en a point parlé hier. Et moi, je jure que s'il s'élevoit un dictateur, je fondrois sur lui pour le poignarder. [...]

Et qui donc, a demandé Osselin, peut former ces infâmes projets de triumvirat, de proscription, de dictature ? - Qui ? a repris une voix, Robespierre, n'en cherchez pas un autre. C'est lui qui veut la dictature, et qui voudroit être le dictateur ; et si la dictature n'est pas possible parmi tant d'ambition ; c'est lui qui veut le triumvirat. -- On s'attendoit à voir Roberspierre monter à la tribune ; c'est Danton qui y est monté [...] : s'il y avoit un homme qui eut ouvert son âme à l'ambition de s'élever au-dessus de la souveraineté du peuple, sa tête devroit tomber. [...] Mais, citoyens, ce n'est pas seulement de dictature et de triumvirat qu'on parle. Un autre complot transpire encore contre la grandeur et la prospérité de la république française naissante ; c'est celui de la morceler en plusieurs petites républiques. (Jamais, non jamais, s'écrient tous les membres de la convention à la fois) vous le pensez donc tous, la France doit être un tout, elle ne doit être qu'une seule famille ; il faut que de Marseille à Dunkerque, des Alpes aux Pyrénées, les citoyens François se donnent la main. Je me résume et je demande I°. la peine de mort contre quiconque aspirerait à la dictature. 2°. Un décret qui pose comme base de la constitution, l'unité de la représentation et l'unité de la puissance exécutrice en France.

Roberspierre prend la parole, [...] appuie les conclusions de M. Danton et descend de la tribune. [...] Marat que plusieurs fois on avoit repoussé de la tribune, à ce moment y monte [...] : Danton, ni Roberspierre, ni aucun membre de cette députation n'est coupable d'avoir aspiré à la dictature : si l'idée de la dictature est un crime, ma tête seule en doit répondre. C'est moi qui ai pensé qu'une dictature seule pouvoit sauver le peuple : que le peuple soit sauvé, et que je périsse ; je périrai avec joie.

Vergniaud a succédé à la tribune à Marat, et on a vu Vergniaud s'agiter un instant, frémir, paroitre comme oppressé d'effroi et de douleur. Je ne puis le dissimuler, a-t-il dit, il m'est pénible, douloureux, de porter la parole d'une tribune où vient de parler un homme, chargé d'un décret d'accusation [...].

Après de longues agitations, ou plutôt une longue tourmente, la convention passe sur ces querelles particulières à l'ordre du jour. Marat tire un pistolet de sa poche, et le montrant a l'assemblée, dit : Si vous m'aviez mis en état d'accusation, je me brûlois la cervelle devant vous.

Les propositions de M. Danton sont rappelées, et la première, celle qui pose pour base de la constitution que la république françoise est une, indivisible dans son pouvoir législatif et dans son pouvoir executif est décrétée.

Les ministres de la guerre et de l'intérieur ont envoyé leur démission à la convention nationale. »