Écho de presse

Philippe Henriot : la voix du traître

le 29/12/2018 par Christian Delporte
le 12/02/2018 par Christian Delporte - modifié le 29/12/2018
Philippe Henriot à son bureau de député de la Gironde en 1934, Agence Meurisse - source : Gallica-BnF

De son ascension dans les années 1930 à son assassinat par la Résistance, Philippe Henriot fut l'un des personnages clés de la collaboration – le « Goebbels français ».

Philippe Henriot, tribun de droite et homme politique, est devenu, au moment de la France de Vichy, l'un des personnages les plus glaçants de la Collaboration. Écouté tous les jours sur les ondes de Radio Paris par ses partisans comme par ses ennemis, Pétain le nomme en 1944 ministre de l'Information – « le Goebbels français ».

Nous publions sur RetroNews l'avant-propos du livre fascinant de Christian Delporte, paru chez Flammarion, au sujet de ce chantre d'un catholicisme traditionaliste devenu traître à la Nation.

Berlin, 7 juin 1944, en fin de matinée.

Nous sommes dans le vaste hall d'entrée du ministère du Reich à l'Éducation du peuple et à la Propagande, sur Wilhelmplatz. Un photographe officiel est là pour immortaliser le moment : Philippe Henriot, secrétaire d'État à l'Information et à la Propagande du gouvernement de Vichy, rencontre pour la première fois son homologue allemand, Joseph Goebbels.

L'un des clichés pris ce jour-là montre Philippe Henriot, tout sourire, les yeux fixés vers son hôte, tandis qu'un traducteur en uniforme de la Wehrmacht rapporte ses propos. L'atmosphère paraît particulièrement détendue. Au centre de la scène, le ministre français domine Goebbels de sa haute taille (1,81 m contre 1,65 m). À sa gauche, on remarque son directeur de cabinet, Charles Filippi, fidèle parmi les fidèles, qui le regarde, ébloui. Philippe Henriot est vêtu d'un costume sombre sur lequel sont épinglés deux insignes, la francisque et le gamma de la Milice, qui semblent répondre au brassard à croix gammée que porte Joseph Goebbels.

Dans quelques instants, les deux hommes monteront le grand escalier qui mène au bureau du ministre d'Hitler, avant un déjeuner amical. Le courant passe bien entre eux et, au sortir de leur entrevue, Goebbels et Henriot diront à leur entourage tout le bien qu'ils pensent l'un de l'autre.

En le raccompagnant à la porte, l'Allemand glissera à l'oreille du Français que le débarquement en Normandie, commencé la veille, n'est qu'un leurre : le bon, le vrai, le décisif se produira dans le Pas-de-Calais. Comme le Reich l'a toujours prévu…

Six mois plus tôt, début janvier 1944, Philippe Henriot, tout juste âgé de 55 ans, est devenu le maître absolu de la propagande de Vichy et la plus puissante voix de la Collaboration. Deux fois par jour, il parle à la radio. Fascinés par son éloquence, même ses plus farouches ennemis l'écoutent quotidiennement. Les collaborationnistes l'encensent, les résistants le redoutent. Pour la première fois depuis 1940, la propagande du régime semble porter sur l'opinion. « Enfin un homme capable de broyer la propagande anglaise », se réjouissent les uns, tandis que les autres déplorent : « Quel dommage qu'un pareil tribun n'ait pas choisi le bon camp ! » Au-delà même du poste ministériel qu'il occupe, c'est le fanatisme de sa parole qui les conduit tous à le comparer à Goebbels.

Friedrich Grimm, conseiller à l'ambassade d'Allemagne à Paris, proche d'Hitler et du ministre de la Propagande du Reich, connaît bien Philippe Henriot : en 1943, ils ont parlé dans les mêmes meetings. En avril 1944, il déclare : « Avant lui, on n'écoutait que Londres, maintenant on écoute aussi régulièrement ses émissions. […] On l'appelle le Goebbels français ».

En l'entendant, observe Jean Tracou, directeur du cabinet civil de Pétain, « on pense à Léon Daudet et surtout à Goebbels, dont l'éloquence s'apparente à la sienne ». Sur les ondes de la France libre...

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Cet article fait partie de l’époque : Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

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