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1933 : un reporter témoigne de la grande famine ukrainienne

le par - modifié le 10/11/2021

Faussant compagnie aux autorités soviétiques supposées « l’escorter », le journaliste gallois Gareth Jones rapporte de son périple en URSS un récit de première main sur la faim atroce des populations en Ukraine. La presse française réagit à l’unisson.

Quand Gareth Jones part en URSS en mars 1933, c’est son troisième voyage au pays des Soviets. Le jeune Gallois, diplômé de Cambridge, parle parfaitement russe (Le Quotidien, 1er avril 1933), mais aussi allemand et français. Il a par ailleurs une connaissance intime de l’Ukraine de par les récits que lui en a faits sa mère. En effet, au moment où l’empire russe s'industrialisait, celle-ci a été la perceptrice de la famille de l’homme d’affaires gallois John James Hughes, le fondateur de la ville métallurgique de Iouzovka, devenue ensuite Stalino (1924-1961) puis Donetsk.

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Premiers voyages en URSS

Durant l’été 1930, Jones fait un premier voyage de trois semaines dans le Donbass à la demande de David Lloyd George, pour qui il travaille alors comme secrétaire politique. La fonction inclut des voyages… Le vieux libéral britannique, lui aussi d’origine galloise, n’est plus au pouvoir, mais il conserve toujours un fort ascendant auprès de ses pairs. Trois articles de Gareth Jones sortent anonymement dans le Times (« Two Russias », 13-16 octobre 1930). D’autres paraissent dans le News Chronicle, dans The Star et dans le Western Mail, un journal de Cardiff (6 articles entre décembre 1930 et avril 1931).

En 1931, Jones s’est fait embaucher par l’Américain Ivy Lee, le père des relations publiques. Il repart l’été suivant, pour un mois, et publie à son retour trois articles dans le Times où il fait déjà état de la famine en Ukraine et dans le Sud de la Russie (« The Real Russia », 14 au 16 octobre 1931). En plus du Western Mail, il va cette fois aussi publier anonymement son journal de voyage (Experiences in Russia in 1931 - A Diary).

De ses deux premiers séjours, on n’a a priori aucune trace dans la presse française. C’est son troisième périple, dont l’objectif est de dénoncer une famine dont il a pleinement conscience, qui va avoir un peu d'échos en France.

En 1933, Jones ne travaille plus pour Ivy Lee. Il a été licencié du fait de la crise et est d’abord retourné travailler avec Lloyd George. Le jeune homme semble se tourner de plus en plus vers le reportage. Au début de l’année 1933, avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir, il va ainsi repousser de quelques semaines son voyage en URSS pour couvrir l’actualité en Allemagne. Il arrive d’ailleurs à interviewer Goebbels et même Hitler, dans l’avion privé de ce dernier. En plus de la notoriété que ce reportage lui apporte, il apparaît dans son récit comme un antifasciste convaincu.

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