Écho de presse

La loi de séparation entre les Églises et l’État en 1905

le 08/12/2021 par Isabelle Chalier
Le Rire : journal humoristique ; Charles Léandre; F. Juven, 20 mai 1905 - source : Gallica-BnF

Votée le 3 juillet 1905, la loi de séparation des Églises et de l’État proclame dans l'article deux que "La République ne reconnaît, ni ne salarie, ni ne subventionne aucun culte". Elle divise alors la France, et bien sûr la presse. 

Au cours du XIXe siècle on assiste à une certaine renaissance du catholicisme français avec la multiplication des congrégations religieuses notamment grâce à la loi Falloux en 1850 et grâce à la liberté de l’enseignement. En 1876 en France, les enseignants religieux étaient plus nombreux que les laïcs et il y avait plus d’élèves dans l’enseignement religieux que dans l’enseignement public. Or, sous la IIIe République, les relations entre l’Église et l’État se dégradent. L’Église catholique se montre hostile à la République et les républicains comme Gambetta et Ferry opposent la laïcité au cléricalisme. Cette volonté de laïcisation de l’État se traduit par les lois Ferry sur l’école.

En aggravant les tensions entre la gauche républicaine et la droite cléricale, l’affaire Dreyfus rend aussi nécessaire une telle loi. De plus, la loi de 1901 sur les associations oblige les congrégations à suivre les mêmes règles que les associations laïques. Le gouvernement d’Émile Combes soutenu par le Bloc des gauches qui a remporté les élections de 1902 fait d’ailleurs appliquer strictement cette loi. Les relations entre l’Église et l’État se dégradent considérablement.

Préparée à partir de 1903, la loi de 1905, dont les initiateurs sont Jean Jaurès et Aristide Briand, est votée par la Chambre des députés le 3 juillet 1905 par 341 voix pour et 233 contre. Fort logiquement L’Humanité du 4 juillet 1905 se félicite de ce vote et raille « une opposition sans grandeur ni puissance » : 

 

« Ce grand débat sur la séparation des Eglises et de l’Etat est arrivé à son épilogue, à sa conclusion logique et certaine, à l’heure de la décisive sanction. C’est la séance que rendra solennelle un vote historique. Une opposition sans grandeur ni puissance a épuisé ses manœuvres chétives et ses intrigues puériles. Elle n’a plus que le souffle nécessaire à une protestation superficielle et vaine. »

À l’inverse le même jour, Le Gaulois, conservateur et antidreyfusard, prend position contre la loi. Il la juge inopérante et estime que les économies réalisées seront minimes : « Il faudra que l’État prenne à son compte les œuvres charitables que le clergé ne pourra plus désormais soutenir ». Il énonce les risques de troubles sociaux, les « colères » et les « haines contre le régime ». Pour finir Le Gaulois compte sur le Sénat pour rejeter la loi : 

« On lui reprendra d’une main ce qu’on lui donnera de l’autre, car il faudra que l’Etat prenne à son compte les œuvres charitables que le clergé ne pourra plus désormais soutenir. […]

L’Eglise sera peut-être appauvrie par la loi de séparation, mais son autorité, son influence en seront notablement accrues. Les républicains du Bloc viennent de se mettre en route vers l’inconnu. Bon voyage; je souhaite que le Dieu qu’ils méconnaissent et qu’ils outragent leur envoie le repentir pour leur épargner la culbute. »

L’Univers (5 juillet 1905), journal catholique qui s’était pourtant rallié à la république après l’affaire Dreyfus, met en scène à l’occasion du vote une curée avec des chiens qui se partagent la dépouille de l’Église : 

«  Dans la cour des communs, la meute hurlante, flairant sa part de la proie capturée, couvre de ses aboiement joyeux et gloutons les cris des valets, qui trainent sur le pavé sanglant les dépouilles immondes de la noble bête. Encore las de leur course, les poils raidis et collés de sueur et de poussière, la gueule baveuse et féroce, les yeux sanguinolents, les chiens se ruent à la curée.

Chacun veut planter ses crocs dans les entrailles de la victime et emporter son morceau à pleines dents. Ils se poussent, se heurtent, se querellent se mordent et se battent, malgré le fouet et les appels du surveillant qui préside à ce hideux festin. »

Le Sénat finit par adopter la loi le 9 décembre 1905. Le clergé français s’inquiète évidemment des conséquences. Ainsi l’évêque de Marseille, auquel Le Figaro donne la parole, rappelle qu’il est « soumis aux ordres du Pape et à l’interprétation qu’il fera de la loi » : Pie X décide de la dénoncer comme une injure. 

Malgré les résistances, elle entre en vigueur le 1er janvier 1906.

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