Écho de presse

1901 : La chasse aux rats dans Paris

le 25/11/2021 par Priscille Lamure
le 08/08/2018 par Priscille Lamure - modifié le 25/11/2021
Hommes partant à la chasse aux rats, Agence Meurice, 1915 - source : Gallica-BnF

Au début du XXe siècle, les rats envahissent la capitale au grand désespoir des Parisiens. La municipalité se mobilise alors afin d’éradiquer ce danger sanitaire et matériel.

Au tournant du XXsiècle, les rats se mettent à pulluler dans les égouts et les ruelles de la capitale. Leur population s’étant multipliée longtemps à l’abri du regard des hommes, les rongeurs causent désormais de nombreux dégâts matériels partout à Paris – sans compter qu’ils effraient une partie de la population.

Dans la presse, qui leur consacre de plus en plus d’articles, ils sont présentés comme des animaux malfaisants, se déplaçant en hordes grouillantes et dangereuses. À la fin de l’année 1901, La Cocarde s’en alarme :

«Il paraît que depuis quelques mois, les rats se sont extraordinairement multipliés à Paris. Ils déambulent en groupes compacts dans les caves, les souterrains, les égouts, ils envahissent les maisons, les terrains vagues, partout où il y a à grignoter. Les Parisiens n’en dorment plus. [...]

[Les rats] sont légion jour et nuit, ils trottinent à travers les chambres, les couloirs, escaladent les meubles, dévastent les buffets, la bibliothèque, la cuisine.»

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Selon les observateurs, les grands boulevards constituent alors une zone à risque : il s’agit en effet du quartier le plus infesté de Paris, où l’on voit souvent « quelque rat énorme se réfugier sous un des grillages en fer qui entourent le pied des arbres ».

Le désagrément est tel que certains habitants n’hésitent pas à faire appel à la justice, comme le rapporte ce commentateur du Rappel :

« Il paraît que certains hôtels de l’avenue des Champs-Élysées sont infestés de rats, ni plus ni moins que les sous-sols des Halles, et ils causent non seulement des ravages dans les appartements, mais ils troublent la quiétude des locataires.

M. de Paumgartner, dentiste, occupant dans une de ces riches maisons un appartement de 6 600 francs a été incommodé par ces rongeurs, de si belle façon qu’il a fait appeler un huissier pour constater le travail et le charivari des rongeurs.»

Devant les risques que représente cette prolifération, Arthur Rozier, conseiller municipal socialiste du XIXe arrondissement, accorde une bourse de 5 000 francs afin de rémunérer toute personne tuant un rat dans un édifice appartenant à la ville – à raison de dix centimes pour chaque cadavre montré.

L’administration fait également appel à tout « spécialiste de la mort-aux-rats » de la capitale en vue d’organiser un concours de désinfection dans diverses écoles, musées ou gymnases. Le concours se conclut toutefois sur un échec : aucun participant n’est capable de ramener plus d’une douzaine de rats morts.

De fait, les rongeurs parias se mettent à envahir des établissements devant impérativement rester salubres. Ils font ainsi leur apparition dans plusieurs hôpitaux de Paris, notamment celui de la Pitié-Salpêtrière, qui, à l’époque, se trouve déjà dans un piètre état. Dans un paragraphe intitulé « La tyrannie des rats », La Petite République rapporte ainsi :

«Comme tous les vieux bâtiments demi-abandonnés, je dirais même tombés en ruine, l’hôpital de la Pitié n’est pas seulement destiné à l’entretien des parasites végétaux et animaux, il donne aussi asile – peut-être aussi par pitié – à une quantité innombrable de rats qui, la nuit venue, prennent véritablement possession de l’hôpital, car je ne sache pas que l’administration de l’hôpital ait jamais fait quoi que ce soit d’efficace pour les détruire.

Pendant la réfection des salles Michon et Lisfranc, les rats furent tellement étonnés d’être dérangés, qu’ils protestèrent à leur façon en s’attaquant aux tuyaux de plomb, soi-disant pour se faire les dents, d’où les inondations imprévues des salles. »

De retour de la chasse aux rats, Agence Meurice, 1920 - source : Gallica-BnF

Si les dégâts matériels causés par les rats sont nombreux, ceux-ci mettent également en danger la santé publique. On les accuse exagérément de « propager la peste ». Le constat présenté dans une interview du journal L’Aurore n’en demeure pas moins alarmant :

«Sur l’ordre du Conseil municipal, les services de l’assainissement ont procédé à des essais de destruction. Sont-ils concluants ?

– Non, m’a-t-on répondu, avenue Victoria, aux égouts. Nous avons expérimenté un grand nombre de “raticides”, cependant. […] Nous les faisons fuir ; nous ne les détruisons pas. C’est qu’ils ont de nombreuses retraites. Songez qu’il y a douze cents kilomètres d’égouts dans le sous-sol parisien, et que le rat est un animal très malin, très méfiant. Et puis nos rats se nourrissent de telles saletés! Ils sont mithridatés. […]

Nos hommes, d’ailleurs, ne se font pas faute d’en tuer le plus qu’ils peuvent. Un coup de talon de leurs grosses bottes… ça suffit. Et ils en détruisent, je vous assure. Songez que dans nos douze cents kilomètres d’égouts travaillent chaque jour plus de deux mille ouvriers : égoutiers, électriciens, plombiers, maçons, etc. [...]

Mais le plus sûr moyen d’exterminer ces vilaines bêtes – qui propagent la peste – serait encore que tout le monde leur fit chasse. »

Quant à la prime de dix centimes pour chaque rat tué, il s’agit d’un « stimulant dérisoire » selon Le Journal :

«La somme de 5 000 francs que le conseil municipal de Paris avait accordé […] est aujourd’hui à peu près dépensée, et les rongeurs pullulent de plus belle. Une prime de dix centimes par cadavre de rat ou souris apporté au service de l’assainissement n’a été également qu’un stimulant dérisoire.

On doit en conclure que, si les divers modes d’empoisonnement essayés éloignent momentanément les rats, ils ne les tuent pas, et les rongeurs continuent de se reproduire et de foisonner.

De nouvelles expériences vont être faites à l’aide d’engins et de substances jusqu’à maintenant inemployées. Puissent-elles être suffisamment prophylactiques pour prévenir la contagion de la peste!»

Le conseiller municipal Rozier demandera un nouveau crédit de 5 000 francs afin d’acheter autant d’appâts empoisonnés nécessaires à l’extermination des rongeurs.

Pour participer à l’effort général et tenter d’éradiquer l’infestation, les Parisiens se livreront de nombreuses années encore à une chasse aux rats quotidienne.

Le succès de cette mobilisation s’avérera mitigé : en 1960, quelque 200 000 rats peuplaient toujours les sous-sols de la capitale.