Long Format

La médecine contre la masturbation, héritage des Lumières

le par - modifié le 05/02/2021
le par - modifié le 05/02/2021

Le XIXe siècle européen est traversé par une crainte de l’onanisme : sujet innommable, le plaisir solitaire est principalement vilipendé par la science, qui l’accuse d’altérer la santé, de corrompre l’esprit, ou de nuire à la société entière.

« La masturbation, comme le suicide, vient d’Angleterre »

« Importante découverte médicale », assure une réclame parue dans L'Echo de la montagne en 1878 : « Guérisons remarquables de la débilité nerveuse et physique, de l'impuissance et toutes les maladies qui se rattachent aux voies urinaires, aux mauvaises habitudes de collège, etc. ».

Comprenez avant tout : la masturbation, que l’auteur nomme ici, dans le titre de son ouvrage Le Vice suicidal. L’auteur de cette brochure suisse met pour nous involontairement en exergue une connexion profonde, qui se trouve en partie à l’origine de la transformation monstrueuse d’un péché véniel en maladie mortelle. Pour retrouver ce point de départ, il faut d’abord traverser les Alpes et la Manche.

Archives de presse

La Guerre d’Espagne à la une, 1936-1939

Reportages, photo-journalisme, interviews et tribunes publiés à la une à découvrir dans une collection de journaux d'époque réimprimés en intégralité.

En savoir plus

À l’instar du suicide, la nouvelle perception anxiogène de la masturbation au XVIIIe siècle est venue d’Angleterre – tout comme les mots pour désigner ces phénomènes. Ce n’est d’ailleurs pas une coïncidence, et les deux phénomènes sont, historiquement, intimement liés.

Le mot anglais suicide débarqua dans le royaume de France au XVIIIe siècle pour y rester – nous l’utilisons encore. Parallèlement, l’attention des savants se porta à la même époque sur une autre forme dramatique d’auto-destruction : l’abus sexuel de soi-même. Ce qui fut considéré comme une maladie prit plusieurs noms : masturbation, simplement dérivé du latin, manstupration (stupre par la main), manuélisation, chéiromanie (manie de la main), pollution de soi-même, etc. Aux XVIIIe et XIXsiècles prévalait néanmoins le néologisme d’onanisme, créé en Angleterre sous la forme d’Onania, en référence au personnage biblique Onan.

Les deux premiers fils de Juda (fils de Jacob) périrent par décision divine. Le premier, Er, parce qu’il était méchant homme. Il laissa sa veuve Tamar sans enfant. Mais on sait combien l’aînesse est importante. Juda ordonna donc au deu...

Cet article est réservé aux abonnés.
Accédez à l'intégralité de l'offre éditoriale et aux outils de recherche avancée.