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Le téléphone entre Paris et Londres en 1891

le par - modifié le 05/08/2020
le par - modifié le 05/08/2020

En 1852, un premier câble direct est posé entre Calais et Douvres, permettant une liaison télégraphique rapide. Mais il faudra attendre 1891 pour que ce câble devienne sous-marin et téléphonique. Il relie alors Sangatte et Saint-Margaret. Londres est désormais à portée de voix de Paris. 

Une installation houleuse

C’est en 1838 que se sont déroulés les premiers essais de câbles sous-marins isolés au caoutchouc. Mais c’est seulement le 10 mars 1891 que le premier câble téléphonique, d’une longueur de 31 kilomètres, est immergé dans la Manche et ce par très mauvais temps. En effet à ce moment-là, une tempête effroyable sévit sur les côtes et vient entraver les opérations. Le Constitutionnel du 5 avril 1891 revient d’ailleurs sur la difficulté de poser des câbles sous-marins. Il évoque la tentative de 1866 qui a consisté à tendre un câble entre l’Angleterre et l’Amérique et la nécessité d’utiliser un navire de taille suffisante pour une telle mission. Le navire, un vapeur nommé le Monarch, parvient malgré les intempéries à le fixer d’abord à Sangatte en France puis à Saint-Margaret, du côté britannique.

Des essais concluants

Le Gaulois du 18 mars 1891 rapporte que les premiers tests ont été réalisés la veille entre Paris et Douvres et qu’ils ont été réussis. Il annonce pour le lendemain des tests entre Paris et, cette fois, Londres. Un journaliste du Matin, qui assiste à ces essais, retranscrit dans le numéro du 19 mars 1891 les échanges de compliments entre Jules Roche, ministre du Commerce, de l'Industrie et des Colonies et ses collaborateurs, en présence également de l’ambassadeur d’Angleterre, lord Lytton, tous installés auprès d’un récepteur rue de Grenelle, avec outre-Manche M. Raikes, directeur des postes anglaises. Le Britannique a rappelé les dangers qu’avaient encourus lors d’une tempête les ingénieurs et les marins français et britanniques qui à bord du Monarch se chargeaient de poser les câbles. Par contre, la rédaction du Rappel se plaint le 20 mars 1891 en disant que la lettre « convoquant pour deux heures de l’après-midi est parvenue à midi à l’administration du journal ». Personne du Rappel n’a pu donc assister aux essais et le journal souligne à l'attention de Jules Roche, qui a été journaliste, la nécessité de prévoir…

Service du téléphone à la Poste de Mulhouse ; photographie ; 1902 ; Société industrielle de Mulhouse - source : Gallica-BnF

Un événement d’une portée européenne

La nouvelle salle de téléphones de Guttenberg : demoiselles téléphonistes ; photographie ; 1912 ; Agence Meurisse - source : Gallica-BnF

La Presse du 19 mars 1891 reprend dans la rubrique « Presse étrangère » des citations de journaux comme la Pall Mall Gazette qui parle de la dernière muraille de la science moderne pour l’établissement du téléphone entre Londres et Paris. Le Siècle du 18 mars 1891 rapporte un article du Times qui met en avant le rôle politique de cette nouvelle voie de communication, « un nouveau lien d’amitié pour les deux pays, elle aidera au maintien de leurs bons rapports aussi bien que pourrait le faire un traité de commerce ou d’alliance formelle ». Il rappelle que depuis 40 ans, l’Angleterre et la France sont reliées par le télégraphe. Le Siècle termine en ajoutant, non sans un certain plaisir, que cette idée est venue des Français… La Croix du 20 mars 1891 signale qu’il n’existait qu’un seul câble téléphonique sous-marin dans le monde, celui de Montevideo à Rio de Janeiro. Il attribue l’appareil microphonique « aux savantes recherches d’un Français, M. Jules Roulez ». La ligne sera ouverte au public à partir du 30 mars et « le prince de Galles échangera ce jour-là la première conversation avec le président de la République ». L’opération est un franc succès qui inspire les pays voisins puisque selon L’Étoile belge, comme La Presse du 3 avril 1891 le rapporte, le ministère des postes belges travaillerait à une liaison téléphonique entre Bruxelles et Londres à partir de ce câble sous-marin.

Mappemonde coloniale avec les câbles télégraphiques sous-marins et les lignes de navigation, 1897, A. Dencède - source : Gallica-BnF
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