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Visions de l’amour entre femmes dans la presse du XIXe siècle

le par - modifié le 03/02/2021

Sujet tabou entraînant le scandale au Second Empire, le « saphisme » est de plus en plus abordé à compter de 1881 et la loi sur la liberté de la presse. Sur un mode grivois ou pudibond, les journalistes font dès lors état de ces pratiques sexuelles « dissidentes », non sans fascination.

Dans son numéro du 10 mars 1880, le journal Gil Blas imagine un savoureux dialogue entre Émile Zola et un directeur de théâtre à propos de la transposition sur la scène de Nana, l’un des plus scandaleux romans de l’auteur des Rougon-Macquart, paru en volume un mois plus tôt.

« Besogne difficile en diable que de trier dans le tas d’ordures celles qu’on pourra jeter sur la scène sans trop salir les planches. Le grand naturaliste ne se doute guère de ces difficultés. »

Comment en effet traduire visuellement la première scène, qui montre Nana quasi nue, en Vénus, au théâtre des Variétés ? On imaginera que, devenue baronne, elle participe, légèrement décolletée, à une charade. Ou celle où l’un de ses amants lui flanque « une tripotée sur les fesses » ? Il devra se contenter d’une simple paire de claques sur les joues. La suite, en revanche, s’avère plus compliquée :

« Tout marchait donc à souhait dans l’établissement du scénario, lorsqu’une énorme pierre d’achoppement tomba entre les collaborateurs. Nous voulons parler de la singulière table d’hôte de la rue des Martyrs, tenue par une vieille Sapho et fréquentée par de jeunes lesbiennes.

- Jamais, jamais cela au théâtre ! hurla le disciple.

- Vous êtes un niais ! rugit le maître. Ces mauvaises mœurs existent-elles, oui ou non ?    

- Eh ! Toute vérité n’est pas bonne à dire ! »

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On ignore quelles furent les partis-pris scéniques des adaptateurs de Nana, ou même si l’adaptation eut lieu, mais ce dialogue imaginaire souligne, sur un mode ironique, combien le lesbianisme, ici couplé à la prostitution, reste un sujet à haut risque, en cette orée de la IIIe république où n’a pas encore été votée la loi libérale sur la presse de juillet 1881. Les « turpitudes » des héros et héroïnes de Zola évoquent alors plus les dépravations du Second Empire que...

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