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1930-1950 : la France découvre le blues

le par - modifié le 26/10/2021

Apparu au début des années 1920 aux États-Unis, le blues arrive en France via son cousin le jazz et les représentations de la Revue Nègre. Toutefois, il s’agit encore d’un concept polysémique flou - une danse ? un sentiment d'abattement ? - et non pas d’une musique à part entière.

Si le jazz, ou plus exactement le jazz-band, intègre le Larousse Universel en deux volumes dès 1922, le blues n'apparaît dans le Petit Larousse Illustré que quelque 30 ans plus tard, en 1951. Est-ce à dire que la France n'a découvert le blues qu'avec les années 1950 ?

Bien évidemment, non. Il n'est que de parcourir la presse d’alors pour s'en convaincre :

« Il faut (...) entendre ces blues pour comprendre tout ce qu'un esprit nourri de musique classique peut extraire de l'apport américain.

Rien n'est perdu de cette saveur nostalgique, de cet humour triste que nous goûtons dans les cadences, les mélodies et les timbres de la musique nègre. »

«  Mettons à part le Blues qui reste l'apanage des compositeurs nègres. Sorte de fox-trot lent, peu syncopé, il tire son nom d'une expression argotique nègre assez proche de notre mot ‘cafard’.

Le snobisme (il y a un snobisme du jazz) appelle indifféremment ‘Blues’ les danses du répertoire de jazz. »

« Le ‘blues’ est une vraie promenade en musique qui repose un peu des pasodoble et des one-steps (...)

Une salle qui danse le ‘blues’ est assez curieuse à regarder. On croirait assister à une projection cinématographique tournée au ralenti.

La clientèle au Casino de Deauville aime particulièrement les blues et l'extraordinaire orchestre de Billy Arnolds doit quelquefois en jouer quatre ou cinq sans arrêt. »

Ces quelques citations montrent qu'en ce début des années 1920, le blues est déjà dans l'air du temps ; mais que recouvre alors le mot ? De quoi parlent leurs auteurs ? De musique « nègre » ? De progression harmonique ? De danse ? De cafard ou de joie ? De jazz ? Le titre qui est généralement tenu pour le premier enregistrement de jazz entretient d'ailleurs l'ambiguïté puisqu'il s'intitule Livery Stable Blues.

Le terme recouvre alors des réalités très diverses qui ne correspondent pas à l’idée que nous nous faisons aujourd’hui du blues. Comme le note  Olivier Roueff, « le blues n’a alors pas d’identité scénique (encore moins discographique) en France : il est fondu dans la catégorie des ‘airs américains’, ou parfois dans celle des spirituals (chorals religieux afro-américains), simple numéro des programmes de concert ou de music-hall. »

Pour situer les citations qui ouvrent cet article, rappelons que le disque qui est généralement tenu pour le premier disque de blues, Crazy Blues par Mamie Smith, date d'août 1920, que les premiers blues par un chanteur no...

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Cet article fait partie de l’époque : Entre-deux-guerres (1918-1939)

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