Généalogie

Retracer l’histoire de sa famille : une introduction à la généalogie

le 26/01/2021 par Marie-Odile Mergnac , Mazarine Vertanessian - modifié le 14/05/2021

Dans son ouvrage Généalogie - remonter son arbre par Internet et en archives, la généalogiste Marie-Odile Mergnac indique comment retracer une histoire familiale le plus loin possible dans le temps, en franchissant, siècle par siècle, les étapes sur Internet ou en archives.

La généalogie peut être aussi passionnante qu’une enquêtre policière. C’est ce que s’applique à démontrer Marie-Odile Mergnac dans son livre qui accompagne le lecteur sur cinq siècles et l’aide à affronter les difficultés que peuvent rencontrer les généalogistes en herbe. Saviez-vous par exemple qu’il était possible de retracer le parcours de votre arrière-grand-père pendant la Première Guerre mondiale ? Que vous pouvez retrouver les brouilles de vos aïeux avec leurs voisins ? Ou même découvrir l’origine d’un ancêtre pourtant abandonné par ses parents ?

Grâce aux fonds riches – et gratuits – des archives départementales ainsi qu’à la numérisation de nombreux documents, il est possible aujourd’hui de faire revivre l’histoire de nombreuses familles.

Propos recueillis par Mazarine Vertanessian

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Retronews : À l’origine, en France, la question de la généalogie était principalement réservée à la noblesse. Comment cette passion s’est-elle transmise à l’ensemble de la population ?

Marie-Odile Mergnac : Sous l’Ancien Régime, l’aristocratie devait prouver sa noblesse par des arbres généalogiques afin d’obtenir des privilèges fiscaux auxquels le reste du peuple n’avait pas droit. C’est ainsi que la Révolution a fait l’amalgame entre généalogie et noblesse. Au XIXe siècle, la notion de privilège avait disparu mais il est resté une sorte de snobisme aristocratique. Beaucoup de familles notables ont ainsi cherché à prouver qu’elles descendaient des « meilleures » familles et ont essayé de se rattacher à la noblesse. On faisait de la généalogie par vanité.

Au XXe siècle, mais surtout à partir des années 1980, on s’est mis à la généalogie parce que c’est amusant et parce qu’on n’avait plus peur de pousser la porte des archives départementales. Rappelez-vous que, dans les années 1920, la majorité de la population avait à peine le certificat d’études. La plupart des gens n’aurait jamais osé s’approcher de ces archives. Puis, entre 1965 et 1975, lorsqu’on a construit « un collège par jour ouvré », un chiffre par ailleurs incroyable qui traduisit l’augmentation du niveau d’études, les archives départementales sont devenues des lieux de savoir où l’on s’est permis d’entrer pour faire des recherches.

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Pourquoi selon vous accordons-nous autant d’importance à la généalogie, ou plus largement à la recherche familiale ?

C'est vieux comme le monde ; on a toujours envie de mettre des mots sur les liens qui nous unissent aux autres. Le sociologue Dominique Desjeux a montré qu’il y a trois principales raisons de se mettre à la généalogie.

La première est affective. On se retrouve à une fête de famille, on tombe sur un lointain cousin avec lequel on sympathise et, la réunion familiale terminée, on creuse pour retrouver le lien qui nous unit à lui. Le second grand déclencheur, c’est quand la génération qui nous précède disparaît. On a les papiers à trier, on retrouve de vieilles photos, la généalogie permet de faire revivre une personne chère qui n’est plus. La troisième raison est purement ludique, souvent quand un professeur donne aux enfants un petit arbre généalogie à dresser.

Quel est le point de départ d’une recherche généalogique ?

On commence chez soi, en demandant aux plus anciens les vieux papiers qu’ils possèdent ou en cherchant dans les tiroirs. Mon père, par exemple, a gardé le livret de famille de ses parents et de ses grands-parents. Ceux-ci sont nés en 1870, le livret de famille nous donne donc le nom des quatre personnes de la génération du dessus, nées vers 1840.

Il faut ensuite poursuivre les recherches dans les archives de l’état civil pour remonter aux générations précédentes. Les blogs de généalogie, très actifs, permettent d’identifier des visages inconnus sur les anciennes photos de famille et nous aident à leur donner un nom.

Les cimetières sont aussi de bons fils conducteurs car, autrefois, les familles bougeaient peu. Si l’on se rend là où a été enterré un arrière-grand-parent, on découvre souvent quantité de tombes portant le même nom de famille, avec des dates et des prénoms. Certains cimetières mettent en ligne le nom des défunts anciens avec des précisions, notamment sur le lieu de provenance du corps, donc du décès.

De quelle façon peut-on utiliser les archives de presse ?

Lorsqu’on veut retrouver la vie de ses ancêtres, la presse ancienne, surtout locale, fournit un matériau extraordinaire. Il y a les rubriques liées à l’état civil, aux élections municipales, aux décès de notables, aux faits divers qui donnent quantité d’informations. Par exemple, si vos ancêtres ont fêté leurs noces d’or, cela a été certainement relaté dans les journaux locaux car c’était assez rare à l’époque. On peut aussi trouver des informations pendant les deux Grandes Guerres si on avait un ancêtre au front.

Pendant la Première Guerre Mondiale, L’Illustration a commencé à faire à partir de 1915, un tableau d’honneur qui donnait la photo des soldats qui avaient été décorés. Environ 30 000 photos ont été publiées à l’époque, c’est précieux si vous n’avez pas de portrait de votre arrière-grand père ! Idem, pendant la Seconde Guerre Mondiale, La Gazette des Ardennes était tenue par les Allemands qui publiaient chaque semaine la liste de tous les soldats qui étaient prisonniers, avec l’indication du camp où ils étaient enfermés.

Comment accéder à la presse ancienne ?

Pour accéder à cette presse, il y a plusieurs solutions. Le plus simple est de passer par Internet où les recherches sont facilitées. Sur Gallica et RetroNews, tout est interrogeable à partir de n’importe quel mot : nom de famille, titre d’une publicité, enseigne d’un magasin, adresse… L’avantage de RetroNews, c’est que l’on peut trouver des tutoriels de quelques minutes présentant des astuces pour affiner les recherches.

On peut aussi aller en bibliothèque pour feuilleter les journaux si l’on connaît déjà la date de l’événement que l’on recherche. A Paris, la Bibliothèque nationale de France est une mine d’or.

Il y a aussi ce qu’on appelle les bibliothèques patrimoniales. Il s’agit de la plus grosse bibliothèque du département. Elles contiennent tout ce qui a été édité ou imprimé dans le département au XIXe, notamment les papiers de ville. Par exemple, une association qui a publié son statut, un discours imprimé par un petit imprimeur de quartier à l’occasion d‘un mariage ou d’un décès. Certaines bibliothèques, comme celle de Rouen, ont constitué des dossiers avec des coupures de presse par entreprise, par artisan, par thème ou par nom de famille.

A quelle étape d’une recherche généalogique peut-on se servir de la presse ?

Il vaut mieux avoir déjà remonté un peu le temps via l’état civil pour connaître les noms et les lieux rattachés à votre arbre généalogique. Si vous n’avez que le nom de vos grands-parents en tête et que vous les tapez sur un moteur de recherche comme RetroNews, vous allez tomber sur une quantité d’informations que vous ne saurez pas comment relier à votre famille. Les recherches dans la presse ancienne interviennent donc plutôt dans un second temps ; elles permettent surtout de donner des pistes et des idées qu’on n’avait pas au départ.

Grâce aux archives de presse, on peut ainsi trouver des éléments sur une entreprise qu’un ancêtre aurait créée comme les prix reçus, les accidents dans une usine ou les grèves d’ouvriers. La presse permet de faire des trouvailles. Par exemple, je me suis intéressée à un ancêtre qui avait monté une entreprise de tuiles. J’étais persuadée que son affaire n’avait pas marché et avait disparu en six mois. Et en fait non ; j’ai découvert dans des articles sur RetroNews qu’une péniche transportant des tuiles de son usine avait coulé dans un canal belge, vingt ans après sa mort. Son entreprise existait donc toujours !

Dans votre livre, vous expliquez qu’avec Internet on peut retracer le parcours d’un arrière grand-père qui aurait combattu pendant la Première Guerre mondiale…

Oui, grâce à un site qui s'appelle Grand Mémorial, créé pour les commémorations de 1914-1918 et sur lequel ont été numérisées toutes les fiches matricules des soldats. Ces fiches donnent leur description physique, s’ils savaient lire ou écrire, s’ils savaient monter à cheval, jouer du piano… Mais aussi tout leur parcours militaire et leurs adresses successives jusqu’à leurs 45 ans (limite de mobilisation en cas de guerre).

Ces informations, conservées aux archives départementales, ont été numérisées et mises en ligne. Le site Grand Mémorial a vocation à récupérer et compiler ces données pour les rassembler sur une seule base. Vous y tapez un nom, un prénom et la fiche matricule de votre aïeul s’affiche. Il est aussi possible d’aller plus loin. Sur le site Mémoire des hommes du ministère de la Défense, vous pouvez ensuite consulter les « historiques régimentaires » des régiments auxquels votre grand père a été intégré : ces petits livres rédigés dans les années 1920 détaillent les moments forts du régiment en question pendant la guerre.

Quand l'un de ses parents ou de ses grands-parents a été abandonné, peut-on quand même essayer d’établir sa généalogie ?

Sous l’Ancien Régime, si vous tombiez sur un ancêtre dit « de père inconnu », il était possible de retrouver cette filiation. A partir d’Henri II en effet, si une jeune fille ou une veuve se retrouvait enceinte, elle avait l’obligation de déclarer sa grossesse, sous peine d’être exécutée en cas de décès de l’enfant à la naissance. Le but était d’éviter les infanticides. La femme enceinte faisait sa déclaration auprès d'un juge en indiquant non seulement le nom du père mais aussi dans quelles circonstances elle s’était retrouvée enceinte. Ces témoignages n’ont pas été numérisés mais ils se trouvent aujourd’hui aux archives départementales.

En revanche, au XIXe siècle, cette obligation ayant disparu, toute mention d’une naissance « de père inconnu » stoppe net votre généalogie pour cette branche. En cas d’abandon total d’un enfant au XIXe et au XXe siècle, il reste toutefois possible de consulter son dossier à l’assistance publique : vous y trouverez le parcours de l’enfant, son placement chez des parents nourriciers, jusqu'à son apprentissage et sa majorité, parfois aussi des objets, des petits mots ou même des lettres des parents donnant les raisons de l’abandon.

En matière de recherche généalogique, la situation est assez particulière pour l’Alsace et la Moselle. Pouvez-vous nous expliquer ?

L’Alsace et la Moselle étaient allemandes de 1871 à 1919. Il n’est, par exemple, pas possible de trouver la fiche matricule d’un arrière-grand-père dans les archives françaises puisqu’il servait sous l’uniforme allemand. Leur équivalent était archivé à Berlin – mais tout a brûlé en 1944 dans les bombardements... Par ailleurs, quand les Allemands sont arrivés en Moselle en 1871, ils ont obligé les personnes ayant des noms un peu trop français à le traduire et à prendre un prénom à consonance allemande.

En 1939, quand l’Alsace et la Moselle sont redevenues allemandes, ces changements de noms sont devenus obligatoires et devaient être déclarés en mairie. Les Allemands sont allés jusqu’à changer les noms sur les plaques des cimetières. Il peut donc être compliqué, dans ces régions, de retracer sa généalogie entre la fin du XIXe et la première moitié du XXe siècle.

Une dernière question : jusqu’à quand est-il possible de faire remonter son arbre généalogique ?  

En théorie, jusqu'au XVIesiècle puisque François Ier a demandé à ce que les registres paroissiaux (l’équivalent de l’Etat civil) soient dès lors tenus. A partir du XVIIe siècle, ces registres ont été rédigés en double exemplaire.

Aujourd’hui, les archives départementales possèdent le double et la mairie détient l’original. Vous pouvez aussi remonter votre arbre généalogique par les documents notariés car, sous l’Ancien Régime, huit personnes sur dix faisaient un contrat de mariage. Or les registres de notaires remontent dans certaines régions jusqu’au XIVe siècle. Mais ces documents sont généralement difficiles à lire, des  mots nous sont inconnus, l’écriture est rapide et chargée d’abréviations qu’on ne comprend plus aujourd’hui sans une formation…

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Marie-Odile Mergnac est généalogiste. Elle a publié en 2020 le livre Généalogie - remonter son arbre par Internet et en archives aux éditions Archives et Culture.