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Le Traité de Versailles en 1919

le par - modifié le 05/08/2020

Le traité de Versailles met fin officiellement à la Première Guerre mondiale le 28 juin 1919. Il cherche à réorganiser l’Europe, meurtrie par le conflit, et à y instaurer une paix durable.

La signature du traité de Versailles dans la presse française

Deux mois après l’armistice du 11 novembre 1918, la conférence de paix de Paris s’ouvre le 18 janvier 1919 avec les représentants des 27 Etats victorieux, en l'absence des vaincus. Le traité de Versailles est signé le 28 juin 1919 : il fixe les clauses de la paix entre les vainqueurs et l’Allemagne. Il est le résultat des délibérations du Conseil des Quatre, un comité restreint composé de David Lloyd George pour la Grande-Bretagne, Georges Clemenceau pour la France, Woodrow Wilson pour les États-Unis et Vittorio Orlando pour l’Italie.

C’est « une date à jamais mémorable » : « Les représentants de tous les peuples signent la paix de justice qui libère le monde » se réjouit Le Petit Parisien du 29 juin 1919. La plupart des unes célèbrent la paix avec patriotisme, certains faisant montre de sentiments particulièrement chauvins, à l'instar de L’Écho de Paris  et du Journal, mais on voit également s’affirmer un courant pacifiste dans L’Humanité.

Le Petit Journal. Supplément du dimanche, 27 juillet 1919 - source : Gallica-BnF
Le Petit Journal. Supplément du dimanche, 25 mai 1919 - source : Gallica-BnF

Des divergences entre les vainqueurs

Le Petit Journal. Supplément du dimanche, 13 juillet 1919 - source : Gallica-BnF

Wilson aspirait à mettre en application sa nouvelle diplomatie (les « Quatorze Points » énoncés le 8 janvier 1918) reposant sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et sur la sécurité collective. Après l'avoir acclamé à son arrivée, la presse déchante : l’idéalisme wilsonien déçoit à gauche et son respect des nationalités heurte la volonté française d’affaiblir durablement l’Allemagne.

Clemenceau voulait écraser la puissance allemande pour assurer la sécurité de la France en empêchant toute revanche. Mais il doit composer avec Lloyd George qui redoutait plus une hégémonie française sur le continent et la menace bolchévique à l’est. Ses revendications sont même été jugées trop conciliantes par les nationalistes ou par le maréchal Foch, à l’antigermanisme virulent.

La presse française rend compte au quotidien de l’évolution des négociations de paix. Elle reflète les attentes et les illusions de l’opinion publique et des politiques français sur la « paix française ».

Les clauses du traité de Versailles et leurs faiblesses

Orlando [i.e. Sonnino], Balfour, Clémenceau, Wilson quittent le château de Versailles, le 24 juin 1919 ; Agence Rol - source : Gallica-BnF

Le traité impose des clauses particulièrement drastique à l'Allemagne, tant militaires (démilitarisation de la rive gauche du Rhin, suppression du service militaire, limitation de son armée à 100 000 hommes, sans aviation, marine ni artillerie lourde) que territoriales (perte de 15 % de son territoire dont l’Alsace-Moselle, la Posnanie, la Haute Silésie et la séparation d'avec la Prusse Orientale par l'instauration du Corridor de Dantzig). Jugée responsable de la guerre (article 231), l’Allemagne se voit imposer des réparations de guerre.

À Versailles, la Galerie des Glaces : la table où sera signé le traité de paix ; Agence Meurisse ; 1919 - source : Gallica-BnF

Les journaux se font l’écho des nouveaux tracés des frontières. Le Matin est lucide sur l’imbrication des minorités qui rend difficile l’application du principe des nationalités. Le traité de Versailles engendre des frustrations nationalistes en Italie et en Allemagne, qui dénonce un « diktat ». D’autres traités statuent sur les clauses de paix pour l’Autriche, la Hongrie, la Turquie et la Bulgarie. La carte de l’Europe orientale est totalement bouleversée.

Le traité fonde la Société des Nations. Wilson, son principal promoteur, la voit comme un instrument de régulation des conflits et de désarmement. Mais le Sénat américain refuse de ratifier le 20 mars 1920 le traité de Versailles, ce qui compromet sa mise en application et laisse les États-Unis hors de la SDN.

Europe du traité de Versailles, 28 juin 1919 ; J. Forest ; Forest ; 1920 - source : Gallica-BnF

Georges Clemenceau (1841-1929)

Clemenceau débute en politique comme maire du 18e arrondissement de Paris en 1870. Député radical en 1876, il s’oppose à la politique coloniale de Jules Ferry. Touché par le scandale de Panama, il perd son siège de député et fonde le journal L’Aurore dans lequel il publie le « J’accuse...! » d’Émile Zola. De 1906 à 1909, il dirige le ministère de l'Intérieur. Chef du parti radical, son intransigeance n’a d’égale que ses qualités oratoires : il est surnommé « le Tigre » ou « le Tombeur de ministères ». En 1917, quand l’Union sacrée vacille, il est nommé président du Conseil et y reste jusqu’en 1920. Le « Père la Victoire » défend une ligne dure contre l’Allemagne lors du traité de Versailles.

Clemenceau, photographie de presse, Agence Meurisse, Paris, 1913 - source ; Gallica-BnF

Pour en savoir plus

 

Jean-Jacques Becker et Serge Berstein, Victoire et Frustrations (1914-1929), Nouvelle histoire de la France contemporaine, tome 12, Point Seuil, Paris, 1990.


Jean-Jacques Becker, Le Traité de Versailles, PUF, Paris, 2002.


Pierre Miquel, La Paix de Versailles et l’opinion publique française, Flammarion, Paris, 1973.


Jean-Michel Gaillard, « La nouvelle donne des relations internationales », in L’Histoire, dossier « 14-18, La catastrophe », octobre-décembre 2013 (Les collections de l’Histoire, 63).


Gallica-BnF, les Archives nationales et le Château de Versailles reviennent en vidéo sur les coulisses de la préparation du 28 juin 1919 pour découvrir, grâce à des archives inédites, comment l'Histoire s'est inscrite entre les murs du château.

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